Ils étaient 300 à se rassembler toute la journée de samedi dernier contre les centres de rétention. Parmi eux, des membres du RESF, de la Ligue de droits de l’homme, et du comité pour la régularisation des sans-papiers.

Des manifestations similaires se sont déroulée dans toute l’Europe. Motif : la future nouvelle directive européenne sur l’immigration (de son vrai nom “directive relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des resortissants des pays tiers en séjour irrégulier”). Elle prévoit notamment que la durée légale de rétention pourrait s’étendre jusqu’à 18 mois.

Ce qui signifie une allongement en France, où la rétention ne peut excéder 32 jours.

Une pétition en ligne a été lancée. Elle a recueilli plus de 27.000 signatures, parmi lesquelles celles de 300 représentants politiques.

(crédit vidéo : http://adonnart.free.fr )

ELOI, pour “éloignement” des étrangers en situation irrégulière.

Le 30 décembre dernier, le gouvernement créait par décret le fichier ELOI . Le principe de cette base de données informatisée est de regrouper un certain nombre de données relatives aux immigrés en situation irrégulière frappés d’une mesure d’expulsion ou d’assignation à résidence. Le but est simple : créer un “arsenal contre l’immigration clandestine”, comme l’expliquait le 4 janvier dernier le journal Le Monde. Les personnels de la préfecture, de la police et dela gendarmerie.

ELOI n’est pourtant pas un nouveau né. Comme le rappelle sur son blog l’avocate bordelaise Michèle Bauer, son histoire est pour le moins mouvementée. En juillet 2006, le gouvernement De Villepin crée un décret similaire. Des associations de défense des étrangers déposent alors un recours devant le Conseil d’Etat en mars 2007, qui annule le décret. Le gouvernement doit alors revoir sa copie et proposer un texte inattaquable par les associations sur le plan juridique.

Fin 2007, c’est chose faite, la nouvelle version du fichier ELOI est acceptée à la fois par le Conseil d’Etat et la CNIL (commission nationale informatique et libertés).

Mais il fait toujours l’unanimité contre lui parmi les associations qui avaient dénoncé la précédente mouture. La principale raison de leur inquiétude : les données recueillies par l’administration peuvent être conservées trois mois. Mais dans le cas de parents et enfants, la durée de vie du fichier s’allonge à trois ans.

RESF a dénoncé à ce sujet une “course au chiffre pour 2008″ et a tenu à “ne pas souhaiter une bonne année au ministre de l’ Intérieur”. Autre sujet d’inquiétude selon un article du JDD publié dimanche dernier, la présence dans ce fichier de données concernant l’aide aux étrangers en situations irrégulières. Une tendance à la criminalisation des soutiens aux sans-papiers qui, selon le RESF, ou le Gisti, tendent à se généraliser.

M.B.

Nicolas César travail pour plusieurs médias aquitains : Sud radio, Objectif Aquitaine ou Aqui!. En tant que journaliste, il s’intéresse à la question des sans-papiers. En tant que citoyen aussi. Entretien.

Marie Bolinches : A quelle occasion avez-vous traité le sujet des sans-papiers à Bordeaux?

Nicolas César : La dernière fois, c’était pour Aqui!. J’ai fait un article sur la libération de Kébé Talibé. Il se trouve d’ailleurs dans une situation incompréhensible : pour l’expulser, l’administration avait besoin du feu vert des autorités ivoiriennes qui n’est jamais venu. Même s’il n’est plus en centre de rétention, reste sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français. Il faut quand même savoir que Kébé Talibé est intégré dans la société, sa femme est française et il parle parfaitement français.

M.B : On vous sent assez impliqué sur ce thème, cela ne pose-t-il pas un problème pour dans votre métier?

N.C : Oui, c’est un sujet qui me tient à coeur. Ecrire un article sur les sans-papiers c’est une façon de m’insurger contre la politique de Nicolas Sarkozy. De toute façon, le journalisme objectif n’existe pas. Il suffit de lire Libération pour comprendre que c’est un journal de gauche. Mais en tant que journaliste, mon rôle est d’informer les gens, alors j’évite les jugements de valeurs. Je n’ai pas vocation, sauf si j’écrivais un éditorial, à dire ce que je pense.

M.B : Quelles sont vos sources?

N.C : L’AFP [Agence France Presse, la première agence de presse française], pour les cas comme celui de Kébé Talibé. Après, les avocats et les associations nous contactent également. Les avocats restent la meilleure des sources, avec eux on peux avoir facilement accès aux dossiers. A moi ensuite, en tant que journaliste de déterminer ce qui est susceptible d’intéresser nos lecteurs.

M.B : Et du côté des sources institutionnelles?

N.C : la préfecture a communiqué sur Kébé Talibé, mais ça reste un cas exceptionnel.

M.B : Comment traite-t-on la question des sans-papiers? Y a- t- il des contraintes particulières?

N.C : C’est un sujet qui demande un travail de recoupement et de vérification plus important. Il faut vraiment faire attention à ce que l’on écrit, on ne peut pas se permettre de se tromper. Souvent on traite cette question à travers des témoignages, ou dans les faits divers. En matière de protection des sources, par exemple, les précautions sont les mêmes que dans cette rubrique. Je ne donne ni le nom, ni le prénom des personnes interviewées, souvent à leur demande. C’est valable pour les sans-papiers mais aussi pour les militants, qui pourraient être fichés et avoir des ennuis. De toute façon, le nom et le prénom n’apportent pas grand chose au lecteur en terme d’information.

32 jours. C’est le temps que Kébé Talibé aura passé en centre de rétention administrative. Il s’agit en fait de la durée maximum légale. Le responsable juridique du collectif des sans-papiers de Montreuil avait été arrêté à la gare de Bordeaux Saint Jean à la Toussaint, alors qu’il rendait visite à sa famille.

- Talibé Kébé - France3 Aquitaine -

Le site Internet de France 3 Aquitaine précise que la Côte d’Ivoire a refusé ” la délivrance du laisser passer consulaire, empêchant la procédure de reconduite à la frontière”.

La décision était attendue depuis plusieurs semaines par les militants des différentes associations de défense des sans papiers. Un comité spécifique s’était même créé pour l’occasion. Hier, la dernière manifestation s’était déroulée dans les rues de la capitale girondine, prenant la forme d’un “parcours thématique” autour des lieux représentatifs du “Bordeaux des sans-papiers” : tribunal de grande instance, centre de rétention, préfecture, ANAEM, Air-France (l’entreprise transporte les sans-papiers lors de leur expulsion), la place des Quinconces et les quais (en mémoire du passé esclavagiste de Bordeaux), et l’hôtel de ville.

Le quotidien des sans-papiers
, dans sa section radio propose depuis peu aux internautes d’écouter une interview de Kebe Talibé. Il y raconte son arrestation et son vécu au centre de rétention.

Là bas si j’y suis, émission de Daniel Mermet diffusée sur France Inter en semaine à partir de 15 heures s’intéressait jeudi et vendredi à la question des centres de rétention, avec un reportage en deux parties de Pascale Pascariello intitulé “Eloignement forcé”.

Mardi 20 novembre

« Libérez Kebe, et tous les sans papiers ». Le cri du cœur vient des abords du palais de Justice. Au départ scandé par une trentaine de militants, il est ensuite repris par le camion d’un des principaux syndicats, lors de son passage devant l’édifice. Alors que le cortège des enseignants, cheminots et des autres salariés en grève défile, les militants en faveur du droit des sans papiers lancent des slogans, tractent et hissent les banderoles. « Pour moi toutes les revendications d’aujourd’hui sont liées », explique Maryse, du comité de soutien pour Kebe Talibe et du collectif de soutien aux sans papiers. « Ils sont une main d’ oeuvre exploitée, bon marché. Ce problème fait partie des revendications salariales ». Sabrina, elle, est venue ce matin, à l’origine pour soutenir la grève de l’enseignement public. Mais la jeune femme de 28 ans « tenait à être là aussi pour les sans papiers », une population que l’on doit « encore plus soutenir », selon elle. Pour Sabrina, c’est une dérive de plus de la politique du gouvernement actuel. Pour Maryse, le problème est ancien déjà : « Depuis des décennies, les populations sont matraquées d’informations sur les politiques d’immigration restrictives, alors nous, on essaye de lutter ».

Ils sont venus pour Kebe Talibe, mais aussi pour tous les autres, ceux dont le cas est peu ou pas médiatisé. « Kebe est devenu un symbole, parce qu’il est lui même à la tête d’un collectif de sans-papiers. Mais tous les jours, des anonymes sont arrêtés ou placés en rétention », tient à rappeler François.

« Prêts à mourir pour survivre, c’est là le paradoxe »

Pour Maryse, la condition des sans-papiers en France révèle une atteinte grave aux Droits de l’homme. « C’est la liberté de circulation qui est touchée » estime François. « Je trouve ahurissant que les multinationales occidentales pillent les richesses des pays en voie
de développement et empêchent les personnes de ces pays de venir chercher du travail ici »
ajoute-t-il. Puis il lance : « Quand on voit que ces personnes sont prêtes à mourir pour survivre, c’est là le paradoxe, et qu’après on voit comment elles sont traitées une fois ici… ». Ce « partisan de la cause, selon ses propres mots, évoque alors son histoire personnelle : « Après mes études, j’ai dû quitter ma région, très rurale, parce qu’il n’y avait pas de travail pour moi là bas. Et la situation est la même, que l’on vienne d’Afrique, d’Amérique du Sud ou du Cantal. Pourquoi faire une différence ? ».

Marie Bolinches

Talibé Kébé était un militant acitf pour le droit des sans papiers

Retour au centre de rétention administrative de Bordeaux pour Talibé Kébé.

Mercredi 31 octobre, il était arrêté par la police devant la gare Bordeaux Saint Jean, alors qu’il venait de rendre visite à sa famille. Cet Ivoirien, lui même sans papier, présidait le collectif pour le droit des sans papiers de Montreuil (93).

Arrivé en France en 2003, Talibé Kébé avait fait une première demande d’asile qui avait été rejetée. Sa deuxième demande d’asile politique auprès de la préfecture de Bobigny est toujours en cours d’examen.

Le cinq novembre dernier, l’homme a été débouté de sa demande d’annulation de reconduite à la frontière. Motif : le juge a estimé qu’ aucune régularisation n’était en cour à la préfecture de Seine Saint Denis.

Un collectif de soutien s’est créé pour l’occasion, et plusieurs manifestations ont eu lieu.

Pour la troisième fois consécutive cette année, le centre de rétention administrative de Bordeaux s’invite malgré lui dans l’actualité.

Le 31 octobre dernier, on apprenait par Metro que les militants du RESF33 avaient demandé à la préfecture d’ouvrir une enquête sur le centre de rétention administrative (CRA) de Bordeaux. Trois Nigeriannes sans papiers s’étaient plaintes auprès de la CIMADE de mauvais traitements de la part d’une officier de police. Le lendemain, France 3 Aquitaine évoquait l’affaire dans son journal :

FR3 19/20 Bordeaux - Enquête au CRA
envoyé par laissezlesgrandirici

Le premier texte relatif à l’immigration illégale est l’ordonnance du 22 novembre 1945, modifiée à maintes reprises. La dernière modification remonte à janvier 2004, elle est l’ oeuvre de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’ Intérieur. Par la suite, le texte a été en grande partie abrogé, pour devenir en novembre 2004 le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA).

Le 24 juillet 2006, une nouvelle loi modifiant le CESEDA a été adoptée. Il s’agit avant tout de ” consolider la maîtrise des flux et le processus d’intégration et lutter contre l’immigration irrégulière”.


Parmi les principales mesures, l’article 24 du projet de loi vise à “supprimer la régularisation automatique des étrangers en situation irrégulière justifiant de dix années de résidence habituelle en France”. En lieu et place : une procédure d’admission exceptionnelle au séjour.

L’ article 24 du projet de loi permet aux mineurs isolés confiés au service social de l’aide à l’enfance de bénéficier d’une carte de séjour temporaire « vie privée et familiale », “sous réserve qu’ils aient suivi une formation sérieuse et qu’ils aient fait preuve d’une volonté d’insertion dans la société française“.

Selon les articles 36 et 41, un refus de titre de séjour s’accompagne automatiquement d’une obligation de quitter le térritoire français.

Autre dimension : “La lutte contre le travail illégal est renforcée, en ciblant particulièrement les employeurs“. En vertu des articles 13 et 13 bis, les différentes administration luttant contre le travail illégal sont désormais autoriséees à échanger leurs données.

Pour lire le texte de loi dans son intégralité, cliquez donc ici…

joe_20060725_0170_0001.pdf


du texte

du son

et (peut être) de la video

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