« Le rapport de confiance, il ne faut pas en jouer » novembre 22 2007
Publié par jing in : Mes papiers au CFJ, Interviews , rétrolienDeux jours après l’ouverture du procès Lili, étudiante chinoise soupçonnée d’espionnage industriel chez l’équipementier Valeo alors qu’elle effectuait son stage en 2005, M. Dmytrus s’exprime en tant que chef du Cabinet Blanc, agence spécialiste en aide et en protection des intérêts de l’entreprise privée.
Dans les entreprises, les statuts des stagiaires sont souvent flous : ils sont là, ils repartent après quelques mois…on a impression qu’ils sont un peu à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. Lili est accusée au nom d’un « abus de confiance ». Quelle est la bonne gestion des stagiaires, notamment stagiaires étrangers, pour une entreprise ? Faut-il leur faire confiance en matière de données de l’entreprise ?
Dmytrus : Dans l’affaire Lili, tant qu’elle n’est pas condamnée par la justice, je crois en son innocence. Mais elle est bien l’auteur d’une appropriation de données confidentielles, ce qui est à l’encontre de l’acte confidentiel qu’elle avait signé (…) Personnellement, je suis toujours partant sur l’idée que pour les stagiaires étrangers—surtout extérieurs de l’union européenne, on doit appliquer une gestion plus rigoureuse et réglementée dans les entreprises françaises. Je ne suis ni nationaliste ni raciste, mais pourquoi prendre des stagiaires étrangers s’il y a déjà un bon profil parmi les stagiaires français ? L’affaire Lili n’est pas le premier, beaucoup d’entreprises françaises ont vécu la même histoire. Après, effectivement, c’est une question de contexte. Une entreprise qui veut développer son marché en Chine, c’est normale qu’elle prend un stagiaire chinois(e)…tout dépend du contexte. Mais sinon, je préconise les entreprises de prendre les stagiaires français. Et puis, le rapport de confiance, il ne faut pas en jouer non plus. Il est à noter que tous les accès aux informations sensibles des stagiaires doivent systématiquement précéder par la demande d’autorisation d’entreprise. À partir de ces principes-là, on peut parler de la confiance.
Peut-on parler de la défaillance du système des donnés confidentiels chez Valeo? Comment peut-on le mieux protéger ?
Dmytrus : Oui, effectivement, c’est une défaillance de la protection des données informatisées. Ce que nous préconisons, c’est que les entreprises aient une attestation de confidentialité, que l’on ne peut pas dévoiler. A chaque consultation des données, il faut l’autorisation. Il faut que les données consultables fassent l’objet d’une procédure de protection, aussi par le système de décryptage avec le mot de passe. En tout cas, pour chaque donnée sensible, l’auteur doit être le seul à avoir le code.
Si Lili était une Italienne ou une Mexicaine, aurait-elle été accusée ? Donc pour vous, est-elle une victime fantasme sur la Chine ?
Dmytrus : c’est une question liée à la politique. Je crois que si c’est le cas, c’est parce que l’affaire a eu lieu dans un contexte très concurrentiel. Surtout dans le plan économique et technique, la concurrence est mondiale, avec les contrefaçons de la Chine qui provoquent la peur des entreprises qui détiennent la technique. La méthode de fabrication, pour la société comme Valeo, elle est vitale. Mais comme je vous ai dit précédemment, tant qu’elle n’est pas condamnée, elle est pour moi innocente. (J.H)



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