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Et si on parlait de la grève? novembre 18 2007

Publié par jing in : French Politics , 3commentaires
On dit souvent que les gestes doivent primer sur les paroles. Je ne pense pas que ce soit le cas dans une grève en France, car justement les Français qui sont forts en rhétorique et en discours, manquent de distance pour parler de leurs propres problemes, car avant cela, “faisons d’abord la grève!”.

 

 

les cheminots

Grève SNCF © Bernard Bisson/Corbis Sygma

En France, on ne peut pas ne pas parler de la grève…quoique…Si, on a pleins d’autres termes pour la désigner: mouvement social, “descendre dans la rue” etc. Depuis mercredi dernier, la grève des cheminots contre les régimes spéciaux perturbe sérieusement la vie des Français, et, avec la fièvre étudiante qui vient l’accompagner, la France apparaît encore une fois comme un pays difficilement réformable. La grève en France est une culture.

Mais trop de grèves tue la grève : l’opinion approuve la réforme du gouvernement tandis que les syndicats courent le risque de payer l’impopularité. Les usagers ont ras-le-bol du dysfonctionnement du réseau de transport, les étudiants anti-blocage s’opposent aux bloqueurs…La grève et le blocage divisent le pays en deux: les Antis et les Anti-Antis. La France pendant la grève souffre d’un handicap qui l’empêche d’avancer harmonieusement, comme un cheval dont les quatre sabots avanceraient à contre-temps. Si le “ne touchons à rien” prime, pourquoi alors avoir élu Nicolas Sarkozy pour ses promesses de changer l’état actuel de la France ?

Permettre à la France de rattraper son retard sur le plan économique et redorer son image sur la scène mondiale est un souhait commun de tous les Français connus pour la fierté en leur pays. Mais si le fait que quelques choses doivent être changées fait consensus et que la réforme des régimes spéciaux est nécessaire, pourquoi ce refus de tout changement? La réforme est comme un nouveau bébé, elle ne verra jamais le jour sans la douleur de l’accouchement.

Tout cela peut-être au nom du droit de la grève et la démocratie. Mais par la méthode tranquille de la négociation, les autres nations voisines ont fait passer les réformes, tout en étant ni moins inventives ni moins démocratiques que la France. On peut se permettre de parler de l’intérêt individuel, critère cher aux droits de l’homme dans la morale occidentale : le groupe social dont l’intéret est touché par la réforme semble avoir plus de raisons d’être entendu que les autres. Mais peut-on dans ce cas parler de la démocratie et quelle est la légitimité de ces des usagers des transports ou bien des étudiants privés de cours contre leur gré ? Qui les défendra ? Et l’intérêt de l’Etat? Les Japonais qui se sacrifient pour l’intérêt de leurs entreprises ou de leur nation est peut-être un exemple extrême, mais si les Français empruntent juste un peu cet esprit et pensent aux intérêts des autres, ou encore mieux, privilégient l’intérêt collectif plutôt que personnel, la France aurait moins de mal, face aux changements, à faire bouger les choses.

La grève doit être en tout cas utilisée en dernier recours et non pas un abus pour résoudre les problèmes- si parfois c’est le cas. Quoi qu’il en soit, sur le rails du progrès, si les cheminots sont en grève, qui assure la sécurité de la France? Si même les étudiants refusent les mesures rénovatrices, quel avenir pour le pays?