Accueil des réfugiés : précision de la préfecture août 28 2008
Publié par Paul Gypteau in : Le buzz, Dans les foyers , ajouter 1 commentaireDans notre édition du 19 août, nous évoquions la saturation des centres d’hébergement en indiquant que « les demandeurs d’asile n’étaient plus les bienvenus dans le Maine-et-Loire », à la suite d’un arrêté pris par le préfet en juillet. Et nous précisions que la suspension des domiciliations dans le Maine-et-Loire « ne respectait pas la convention de Genève relative au statut des réfugiés ».
La préfecture conteste cette analyse. Elle tient à préciser que « ce dispositif est géré par l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations. Dans un contexte de saturation des structures locales d’hébergement, le bon sens est alors d’interrompre les domiciliations demandées par les demandeurs d’asile et de les accompagner en les orientant vers les structures disponibles sur le territoire national. Dans le département, la recherche d’une solution d’hébergement garanti pour les demandeurs d’asile est une ligne constante en tous points conforme aux engagements pris par la France dans les conventions et traités internationaux ».
(Ouest-France, le 21 août 2008)
Sans-abri : les centres d’accueil vont craquer ! août 28 2008
Publié par Paul Gypteau in : Dans les foyers , ajouter 1 commentaire-
Ça va exploser. Lancé début 2007, le plan d’accueil pour les sans-abri a fermé des places d’urgence. Chaque soir, les foyers refusent du monde.
Le constat est alarmant. « On laisse des gens dehors », lâche Jean-François Fribault. En juillet, le centre d’hébergement d’urgence et de réinsertion sociale (CHRS) des Petites-Maisons, situé dans la Doutre, a refusé 72 demandes d’hébergement. Autant que tous les refus de l’année 2007 cumulés. Le directeur de l’Abri de la Providence, dont dépend le centre, est dépité.
Tout bascule en janvier 2007 suite au très médiatique mouvement des Enfants de Don Quichotte. Le gouvernement lance alors son « plan d’action renforcé pour les sans-abri ». Il s’agit de convertir des places d’accueil d’urgence en place de stabilisation, plus pérennes.
L’infirmier psy toujours attendu
L’objectif est d’héberger les sans-abri jusqu’à plusieurs mois, le temps qu’ils reprennent le chemin de l’autonomie. Sur les 37 lits des Petites-Maisons, 20 sont devenus des places de stabilisation. Le plan d’action renforcé est allé un peu vite en besogne. « C’est un entonnoir : les demandes arrivent à flot mais on ne sort des foyers qu’au compte-gouttes », résume Jean-François Fribault. « Ça ne peut fonctionner qu’à condition que le circuit soit fluide, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. »
Le manque de moyens ne permet pas d’ouvrir de lits supplémentaires. Suite à la mise en place du plan, la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS) a versé 110 000 € à la structure.
Trop peu pour atteindre les objectifs. « Le montant des subventions ne correspond pas aux services qu’on offre, explique Jean-François Pasquier, éducateur au foyer. D’accord, le plan a quand même du bon, puisque le foyer ouvre plus tôt, mais le week-end par exemple, de trois éducateurs, on est passé à deux. »
Le non-remplacement des contrats aidés n’arrange rien à l’affaire. Un poste d’infirmier psychiatrique devait aussi être créé mais la place est toujours vacante. « Et pourtant, le poste existe ! »
Un bus aménagé en chambres
L’ambiance entre collègues en pâtit aussi. « Le travail d’équipe est mis à mal. On consacre moins de temps à la coordination entre services. On a du mal à s’harmoniser avec le 115 par exemple. Parfois, les réunions se tiennent à trois alors qu’on est dix », poursuit-il.
Alors, face à la crise, les structures s’organisent. Aux Petites-Maisons, un projet de reconstruction du foyer est à l’étude, pour faire passer le nombre de lits de 37 à 43. Coût du projet : 1,5 million d’euros. La réponse des pouvoirs publics est attendue avant l’hiver. Plus audacieux, un projet de réaménagement d’un ancien bus en six chambres individuelles s’achèvera à la fin du mois. En attendant, les sans-abri qui ne trouvent pas de place dans les foyers restent à la rue.
Paul GYPTEAU.
(Ouest-France, le 19 août 2008)
Les demandeurs d’asile ne sont plus les bienvenus août 28 2008
Publié par Paul Gypteau in : Le buzz, Dans les foyers , ajouter 1 commentaireLes centres d’hébergement sont saturés. Les demandeurs d’asile en paieraient-ils les pots cassés ?
Pour décongestionner les foyers, le préfet du Maine-et-Loire a suspendu les demandes de domiciliation.
Cette formalité permet de donner une adresse aux demandeurs d’asile, point de départ pour enclencher leurs démarches administratives. « Compte tenu de l’impossibilité d’offrir un hébergement sur place, la préfecture décide de suspendre la domiciliation des nouveaux demandeurs d’asile entrant dans le département » expliquait-on le 16 juillet. Les services du préfet ajoutaient que tout était mis en oeuvre pour leur offrir un hébergement « dans d’autres départements ». Ces réfugiés ne peuvent plus non plus émettre de demandes d’hébergement dans les foyers d’accueil.
« Pourtant, domiciliation ne veut pas dire hébergement ! », tonne Jean-François Fribault, directeur de l’Abri de la Providence. Selon d’autres professionnels du social, c’est aussi une manière de fermer la vanne d’immigration dans le département et d’envoyer un signal aux passeurs.
Reste que cette mesure ne respecte pas la Convention internationale de Genève relative au statut des réfugiés, dont la France est signataire.
(Ouest-France, le 19 août 2008)
Jennifer : « Dès que je m’en sors, je fonce ! » août 28 2008
Publié par Paul Gypteau in : Portraits, Dans les foyers, Interviews , ajouter 1 commentaire« Je m’en souviendrai toujours. C’était l’hiver 2006. En rentrant du sport ce soir-là, ma mère m’a dit de prendre mes affaires et de partir de la maison. Tout ça à cause d’une histoire d’argent où je n’y suis pour rien. Du jour au lendemain, c’était l’incompréhension. J’ai passé 15 jours dans la rue à Montreuil-Juigné, à côté de chez moi, il faisait très froid. Je ne connaissais pas encore le 115 à cette époque.
Puis je suis arrivée au foyer des Petites-Maisons pour ne pas devenir une charge pour ma meilleure amie qui m’hébergeait. J’avais l’impression d’être face à un mur. Je ne voulais parler à personne, j’avais peur de plonger avec les autres qui étaient ici. Peur des échecs et du regard des autres. Avec le recul je réalise que je dois beaucoup aux éducateurs et aux autres résidents. Certains ont été comme une seconde famille pour moi. Quand on est sans nouvelles de ses proches pendant deux ans, ça fait du bien.
Mon aventure a fait naître le goût des autres. Je commence à être connue ici. Quand les demandeurs d’asile viennent me voir plutôt que les animateurs, ça fait plaisir ! Je suis aussi présidente du conseil de la vie sociale du foyer. On réfléchit à trouver de nouvelles activités pour occuper tout le monde. Sinon, toutes les semaines se ressemblent et tous les week-ends sont pareils. On a déjà organisé des jeux, du sport et des sorties à l’extérieur. Pas mal, non ?
Aujourd’hui, j’ai terminé toutes mes démarches. J’attends le feu vert de la mission locale à la fin du mois pour suivre une formation. J’ai envie de travailler dans le commerce ou les espaces verts et de quitter le centre pour m’installer dans un foyer de jeunes travailleurs. En attendant, je vivote. Je touche entre 120 € et 150 € par mois : ce n’est pas le grand luxe mais je fais avec.
Mon regard sur le monde autour de moi a changé. Je ne comprends toujours pas pourquoi mes amis m’ont lâchée. Juste parce qu’ils avaient honte d’avoir une amie SDF. C’est dégueulasse ! Tous, sauf ma meilleure amie. Je lui dois beaucoup.
Mon rêve aujourd’hui ? Aller rendre visite à ma grand-mère dans le sud et d’arriver la tête haute pour lui montrer que j’ai réussi à m’en sortir. Dès que je m’en sors, je fonce ! »
Recueilli par P.G.
(Ouest-France, le 19 août 2008)
Une soirée dans un foyer d’hébergement d’urgence août 28 2008
Publié par Paul Gypteau in : Dans les foyers , ajouter 1 commentaire17 h 30, mercredi dernier, cour des Petites-Maisons, à Angers. La porte du centre d’hébergement d’urgence s’ouvre. Jean-François Pasquier, Fayçal et Pascal, trois éducateurs en poste ce soir-là, se préparent à accueillir les sans-abri qui demandent le couvert, une douche et un toit. Un peu de chaleur humaine, aussi.
« Ce soir, c’est plutôt calme, constate Jean-François, adossé à la façade du bâtiment. Parfois il y a la queue à l’entrée. » Une demi-heure plus tard, la porte se ferme. Fin de l’accueil.
18 h 15. Dans le bureau, un nouvel arrivant s’assied. Sergueï (1) est Tchétchène, il a 22 ans. Il plonge la main dans son sac et sort son titre de séjour, délivré par l’Office de protection des réfugiés et des apatrides. « Une femme ? », demande Fayçal. « Célibataire » répond le garçon dans un français hésitant. Ses yeux clairs illuminent un visage d’enfant trop vite propulsé dans la misère. « Déjà venu ? ». Silence. « Première fois. » Fayçal note. « OK, je te mets chambre 4. Je vais t’accompagner. »
18 h 30. Un résident toque à la porte. « Vous savez s’il y a un foyer à Noyant ? »
La soirée est calme. « C’est trompeur, ça peut virer à tout moment », confie Fayçal. « Il faut gérer des situations différentes et déjouer les conflits. On fait attention à mixer les groupes pour qu’aucun ne devienne dominant », complète Jean-François.
19 h. Dans la salle à manger, la télé est allumée. Au menu ce soir : avocats mayo, poulet haricots verts, flans et café. C’est le moment clé de la soirée pour la plupart de ces hébergés qui ont passé la journée à errer dans la rue ou à mener leurs démarches administratives.
19 h 20. La salle se vide. Direction la petite cour intérieure. Cigarette à la main, certains jouent à la belote. D’autres sont assis par terre et discutent dans plusieurs langues. C’est une tour de Babel, la misère ne connaît pas de frontières. Posé sur la table, le portable d’une jeune fille crache un son saturé. « À quoi sert le bonheur s’il n’est pas partagé ? » scande pour la énième fois un rappeur. Morceau suivant : Mika. Un carton dans les boîtes cet été. Refrain : « Love, love me. » Un rythme strass et paillettes branché. Mais pour eux, un décalage bien singulier quand on sait qu’ils devront quitter le foyer à 8 h 30 au plus tard le lendemain matin. « Love, love me. »
(1) Le prénom a été changé.
Paul GYPTEAU.
(Ouest-France, le 19 août 2008)
Photo Trottoir : 7 sans-abri parisiens photographient leur quotidien avril 28 2008
Publié par Paul Gypteau in : Dans les foyers , ajouter 1 commentaireDurant 4 jours, 7 sans-abri parisiens ont eu carte-blanche pour photographier leur quotidien.
Après une première présentation à Paris mi-avril, leurs clichés seront exposés en province puis au Parlement européen à l’automne.
Extraits en images.
Une jeunesse sans adresse janvier 10 2008
Publié par Paul Gypteau in : Dans les foyers , 2commentairesAujourd’hui en France, un SDF sur 4 a moins de 25 ans. “Envoyé Spécial” s’intéresse ce soir à ce sujet et décortique un problème passé sous silence. “Sans travail, sans logement et sans famille, ils sont la frange la plus précarisée, la plus démunie et la plus fragile de la jeunesse française”, annonce la chaîne dans le synopsis de l’émission.
Ce soir 10 janvier, à 20h50, sur France 2. Un reportage de Jérémie Drieu et Emmanuel Morel.
Centres d’hébergement : les sans-papiers en sursis janvier 10 2008
Publié par Paul Gypteau in : Dans les foyers , 1 commentaire seulementLes sans-papiers ne sont plus les bienvenus dans les centres d’hébergement d’urgence qui privilégient désormais la réinsertion et le long terme. Au grand dam des travailleurs sociaux.
Les travailleurs sociaux sont inquiets pour les sans-papiers. Le plan d’action pour l’accès au logement, voté dans le feu de l’action médiatique des Enfants de Don Quichotte en janvier 2007, a changé la donne. Il a converti de nombreux centres d’hébergement d’urgence (CHU) en centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) qui permettent un séjour plus long, allant jusqu’à plusieurs années.
Une chance pour la réinsertion des sans-abri qui peuvent se concentrer sur leurs démarches, sans avoir à se soucier d’un lit où dormir. Mais un retour de bâton considérable pour les sans-papiers. « Le but d’un CHRS est d’accompagner les hébergés sur le chemin de la réinsertion. Cela passe par la recherche d’un emploi et l’accès au logement. Or, un sans-papiers est de fait exclu du marché du travail et du logement », explique Monique (1) une assistante sociale. Sans existence juridique et sans perspective d’évolution, les clandestins ne répondent pas aux critères des centres de stabilisation
Associations : « une consigne officieuse »
Les acteurs de terrain pointent du doigt les Directions départementales des affaires sanitaires et sociales (DDASS) qui profiteraient de ce changement de statut pour donner un coup de balai dans les centres d’hébergement. « Dans certains foyers, on frise actuellement les 60 % de sans-papiers, la DDASS nous demande de ramener ce chiffre à 10 % », déplore l’assistante sociale, amère. « Cette consigne officieuse nous a été donnée il y a quelques mois, ça va avec la politique ambiante. À terme, les services sociaux nous ont fait comprendre que des fermetures administratives étaient à craindre si on ne respectait pas cet objectif », conclut la jeune femme.
Interrogée par téléphone, la Direction régionale des affaires sanitaires et sociales (DRASS), qui gère les huit départements d’Ile-de-France, dément. « Nous ne mettons ni pression ni limite sur le nombre de personnes sans-papiers hébergées dans les CHRS», affirme un responsable, avant de préciser que les antennes départementales peuvent parfois avoir « des positions différentes »
Sur la limite de 10 % de sans-papiers avancée par les associations, la DRASS déclare ne pas être au courant : « Je ne peux pas vous dire ». L’organisme, qui a alloué 246 millions d’euros aux associations d’Ile-de-France en 2007 (CHU, CHRS et hôtels sociaux confondus), affirme ne pas intervenir dans la politique d’accueil des associations.
« On ne travaille pas avec le ministère de l’Intérieur »
« On fait attention à la durée du séjour de l’hébergé lors de sa demande de renouvellement au bout de six mois, mais on ne travaille pas avec le ministère de l’Intérieur pour vérifier si les personnes sont en situation régulière ou pas », l’organisme. « Les DDASS ne sont pas habilitées à donner ce genre de consignes seules. Elles obéissent à des directives données par le gouvernement », rétorque un autre travailleur social.
Dans les foyers et les centres d’hébergement, l’angoisse gagne. « On continuera toujours à accepter des sans-papiers, sinon ça serait contraire à notre éthique », relativise Marc (1), chef de service d’un CHRS du 20e arrondissement de Paris. D’autres sont bien plus inquiets. « Certains sans-papiers sont horrifiés. J’en viens parfois à les questionner pour savoir s’ils n’ont pas de famille dans leur pays d’origine, pour voir si je ne peux pas les convaincre de rentrer. Jamais je n’aurais pensé avoir à demander ça un jour », s’indigne une assistante sociale parisienne. « Parfois on transfère des sans-papiers de centre en centre, ce qui permet de prolonger leur séjour. Ça devient glauque. Heureusement que cette directive est suspendue pendant le plan grand froid», poursuit-elle.
Un répit temporaire. « Dès le printemps, on sera bien obligés de s’y plier. »
(1) les prénoms ont été changés
Un centre d’hébergement, comment ça marche ? décembre 4 2007
Publié par Paul Gypteau in : Dans les foyers , ajouter 1 commentaireRetour au centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) d’Emmaüs, rue des Pyrénées dans le 20e arrondissement de Paris. J’avais rencontré plusieurs hébergés lors de mes précédents passages au foyer. Cette fois, c’est Souleymane Bâ, le chef de service qui me reçoit, pour m’expliquer le fonctionnement du foyer.
Avant de devenir un centre de stabilisation (CHRS) en octobre dernier, le foyer de la rue des Pyrénées a d’abord été un centre d’hébergement d’urgence. Mais quelle est la différence entre ces deux statuts ? « Dans le cas d’un CHU, on reste dans l’optique de l’urgence. Dans un foyer de réinsertion, on peut séjourner de 6 mois à un an » explique Souleymane Bâ, le chef de service du centre de 46 ans, qui œuvre chez Emmaüs depuis 1992. Ce n’est toutefois pas un objectif à terme, car la finalité du passage dans l’établissement est bien sûr d’en sortir.
Les personnes accueillies se trouvent déjà dans une dynamique d’insertion et cheminent vers l’autonomie. Tous n’ont pas connu la rue avant d’arriver ici. Beaucoup ont d’abord posé leurs valises dans des structures d’urgence temporaires. « Un CHRS est beaucoup plus sympa, les conditions de vie sont plus agréables. Par exemple, on place deux hébergés par chambres, voire en chambres individuelles dans certains cas » souligne le responsable du centre, fine moustache et veste en velours marron qui recouvre une chemise rayée. Mais la place est chère et les sollicitations nombreuses. « On reçoit jusqu’à 20 appels par jour ».
Parmi les 54 hébergés que compte le centre, la majorité travaille. Missions d’intérim, CDD à temps partiel et quelques rares CDI comptent parmi les emplois exercés. Beaucoup se qualifient eux-mêmes de ‘travailleurs pauvres’ : leur activité salariée ne leur permet pas de présenter suffisamment de garanties aux bailleurs lorsqu’ils cherchent un logement.
Quelle porte de sortie après ces longs mois de flottement passés au foyer ? S’ils sont nombreux à trouver des logements par eux-mêmes en déposant des demandes auprès des organismes sociaux, d’autres sont aiguillés vers des structures sociales. Les maisons relais et les résidences sociales, où l’on peut rester plus de deux ans, font partie du dispositif. Le demandeur peut aussi s’orienter vers un hôtel social – Emmaüs en gère plusieurs – qui ont des capacités d’accueil plus importantes. Ils peuvent à ce titre bénéficier de l’allocation de logement temporaire (ALT) et l’aide personnalisée au logement (APL).
Le centre d’hébergement : retour à la responsabilisation
L’apprentissage de la responsabilisation passe par une contribution financière à hauteur des moyens de chacun. « Chaque hébergé verse 15 % de ses propres revenus et s’occupe de l’entretien de sa chambre » explique Souleymane Bâ. Quand on parle d’insertion, elle ne concerne pas que le monde professionnel. Le foyer a aussi dû tordre le cou aux préjugés entretenus par le voisinage. ‘Oui à l’ouverture de foyers sociaux, mais pas à côté de chez soi’ résume l’idée que beaucoup se font. « Les relations avec les gens du coin sont vitales, on fait les courses à la supérette d’à côté. C’est une manière de se débarrasser des idées reçues ».
Comme tout CHRS, celui de la rue des Pyrénées accompagne les hébergés et déploie aussi sa pléiade d’acteurs de terrain. Deux travailleurs sociaux s’entretiennent avec les nouveaux arrivants dès leur arrivée. « Il y a d’abord une phase d’observation de six jours, pour s’assurer que la structure correspond bien au profil de l’hébergé, ajoute Souleymane, puis le contrat est signé au septième jour. » Le bilan est ensuite tiré toutes les deux semaines.
Quels sont profils qui composent cette équipe ? Le responsable du centre, deux travailleurs sociaux, cinq auxiliaires socio-éducatifs (« les permanents de nuit »). Ce sont eux qui « connaissent le mieux les hébergés ». Enfin, on retrouve aussi trois compagnons, qui « veillent sur la quiétude du centre » et s’occupe principalement de l’intendance et des ateliers.
Prendre la température, sur la pointe des pieds novembre 7 2007
Publié par Paul Gypteau in : Dans les foyers , ajouter 1 commentaire355 rue des Pyrénées. On y est. Je pousse la porte, avec 5 minutes d’avance. J’ai rendez-vous à 17h avec Souleymane Bâ, le responsable du centre.
Dans le salon, une jeune femme aux yeux bleus debout derrière le comptoir d’accueil essaie tant bien que mal de se faire comprendre par un hispanophone qui ne parle pas le français. « Esto no es posible » articule-t-elle avec un bon accent. C’est Karine, une salariée du foyer. Elle m’annonce auprès de Souleymane. Casquette noire vissée sur ses cheveux blonds, sweat foncé qui arbore les initiales ‘FBI’, jogging bleu marine et baskets aux pieds, on imagine qu’elle se prépare à aller courir. Mais c’est une activité tout aussi sportive qui occupe sa soirée.
Karine est « un peu une maîtresse de maison » selon ses mots. La jeune femme de 27 est en fait salariée de l’association. Elle est à la fois « médiatrice, négociatrice, agent d’accueil, auxiliaire socio-éducatif » et rappelle aussi parfois les « règles de citoyenneté aux hébergés ». Un vrai sacerdoce.
« Tout le monde peut être admis, papiers ou pas »
Ce foyer est l’une des quinze structures parisiennes gérées par Emmaüs. Un responsable de centre, deux travailleurs sociaux, cinq salariés et plusieurs compagnons Emmaüs veillent sur les 55 ‘accueillis’ que compte le foyer. Ils sont d’origine française, maghrébine, africaine et d’Europe de l’Est. Ces rescapés de la misère ont tous été orientés par les services sociaux avant d’atterrir rue des Pyrénées. « Tout le monde peut être admis, papiers ou pas. A condition d’avoir au moins 18 ans, de ne pas être totalement désocialisé et de ne pas présenter de pathologie » précise-t-on chez Emmaüs. Les ‘accueillis’ peuvent poser leurs valises pendant un mois. Une période renouvelable qui se prolonge parfois jusqu’à trois mois. « Une participation symbolique d’1,50 € par nuit est demandée, souligne Karine, l’hébergé dispose de deux semaines maximum pour rencontrer un travailleur social après son arrivée ». « On n’est pas dans une logique d’assistanat, on cherche à créer une dynamique. Ici, c’est une maison de vie, le but c’est d’avancer, pas de stagner. C’est un peu la pyramide de Maslow » souligne-t-elle.
Le foyer ouvre aussi ses portes durant la journée à des personnes dans le besoin qui sont de passage, « pour rester dans l’esprit de l’abbé Pierre ». C’est le cas de ce quadragénaire, « né à Issy-les-Moulineaux », que j’ai rencontré dans le salon. (more…)




