Damien : la sagesse des aînés pour rebondir décembre 16 2007
Publié par Paul Gypteau in : Portraits , ajouter 1 commentaireDamien a grandi en enchaînant les passages dans des familles d’accueil puis dans des foyers d’hébergement. A 21 ans, il a saisi la main que lui a tendue Luc, un ami de vingt ans son aîné. Nouvelle donne et nouveau départ, il a rejoint récemment les compagnons d’Emmaüs. Portrait d’une gueule d’ange à la poigne d’acier.
Les problèmes familiaux, il connaît. La débrouille aussi. A 21 ans, Damien ne compte plus les galères qu’il a traversées. « Je suis en foyer depuis tout petit, mais je m’en sortais tout seul. J’avais mon argent, mon compte à la banque et mes amis », explique-t-il. En panne de projets, il rejoint l’armée qu’il a rapidement quittée quand il a appris que sa mère était gravement malade. « J’ai pété les plombs après avoir perdu ma maman, ensuite j’ai appris que j’avais des petits frères et sœurs, ça m’a poussé à avancer, mais certains jours je baisse encore les bras. »
Une chape de plomb s’abat alors sur lui. Il sombre et fréquente « des amis » qui ne l’aident pas à s’en sortir. Mature et lucide, il en tire les conclusions. « Aujourd’hui je sais que je ne peux pas continuer à vendre du shit, voler, arracher des sacs à main. C’est pas comme ça qu’on fait du blé. A force de faire ça, regardez dans quel état je suis » lâche-t-il.
La première personne qui m’a vraiment regardé dans les yeux, c’est lui
Damien est arrivé au centre d’hébergement Emmaüs de la rue des Pyrénées il y a trois mois. « J’ai rencontré des gens bien, surtout Luc qui est là . La première personne qui m’a vraiment regardé dans les yeux, c’est lui, cet enfoiré » ironise-t-il en donnant une tape amicale sur l’épaule de son voisin. « Lui, y a rien à dire. J’ai côtoyé beaucoup de gens, qui vous promettent monts et merveilles, mais des amis comme Luc je les compte sur les doigts d’une seule main », lâche le jeune homme aux cheveux rasés. Luc l’a épaulé. Lui aussi a connu les galères. Originaire de Martinique, il a enchaîné les petits boulots. Suite à une rupture familiale, il s’est retrouvé dans la rue durant un an et demi. Il s’en sort peu à peu et travaille depuis huit mois en tant qu’agent d’accueil.
Cette rencontre avec Luc a fait grandir Damien. « J’ai 20 ans de plus que lui. Un jeune, si tu lui donnes des conseils, il t’écoute. Je lui ai parlé franchement, comme un petit frère et il m’a écouté. Je lui ai dit que s’il continuait comme ça, il était par terre. C’est un ami à moi. Je le considère » confie Luc. Puis il se retourne vers Damien, « y a pas intérêt que je te retrouve ici dans 2 semaines ! »
La machine à projets est en route
Les efforts de Damien ont fini par payer. Il y a trois semaines, il est parti de bonne heure le matin pour rejoindre les compagnons d’Emmaüs d’un centre d’hébergement de Rouen. « Je passe d’un statut d’hébergé à celui de compagnon » souligne-t-il avec fierté. Une revanche ? « Oui et non. Moi j’ai trop de cœur. J’ai rencontré des compagnons qui m’ont pris pour un con. Quand j’ai quelqu’un dans la gueule, c’est fini. Je vais en profiter pour me rattraper ». Une pépite d’un caractère sensible coulée dans un alliage en fonte.
La machine à projets est en route. En mettant un doigt dans l’engrenage, les projets suivent. « Compagnon, ça ne sera pas mon travail tout le temps. » Il réfléchit et reprend. « J’ai envie de construire une association humanitaire. » Une vocation née après un séjour de neuf mois au Sénégal. « A côté, travailler en France c’est de la rigolade. Là -bas j’ai travaillé. Ici, un jeune veut pas ramasser les papiers par terre, parce qu’il a honte. J’ai raison ou pas ? C’est cette vision des choses qui m’a aidé à grandir. »
Il porte un regard critique sur la situation des jeunes qui partagent sa situation. « Il faut qu’ils s’en sortent. Personne n’est venu vers moi pour me dire de m’en sortir. Je le sais de moi-même. Chacun a sa mentalité. Si c’est faible, on reste à galérer. S’ils veulent s’en sortir et qu’ils écoutent les plus grands qu’eux, ils y arriveront. Faut voir la vie autrement. »
Monsieur Boumadaf : précaire mais heureux novembre 11 2007
Publié par Paul Gypteau in : Portraits , 4commentaires« La moustache, c’est la balayette d’amour »
A 82 ans, cet Algérien a posé ses valises au foyer Emmaüs Sainte-Anne, une structure autonome implantée dans le complexe hospitalier du même nom. « J’y suis arrivé il y a un mois » dit-il en sortant la petite carte bleue de la poche intérieure de sa veste, qui mentionne la date de son arrivée. Mais « Monsieur Boumadaf », comme le surnomment ses amis du foyer, n’en est pas à son premier séjour en centre d’hébergement d’urgence (CHU). « Je les connais bien, j’en ai fait beaucoup à Paris. »
Cette figure locale des foyers d’accueil ne fait pas qu’enchaîner les séjours dans les centres Emmaüs. Il collectionne aussi les conquêtes, qu’il accumule comme on enfile des perles. « Du matin au soir, je drague et je me balade » claironne notre lover du troisième âge, cheveux poivre et sel plaqués en arrière agrémentés d’une petite moustache bien taillée. « La moustache, c’est la balayette d’amour » précise-t-il. Il pétille. « A la Bastille, toutes les filles me connaissent ». Mais nul besoin de changer d’arrondissement pour trouver de « nouvelles jeunes filles ». Casanova poursuit. « Je vais souvent voir les filles à la sortie du lycée d’à côté, tout le monde me connaît depuis le temps » confie-t-il. Il invoque aussi parfois son grand âge pour user de stratagèmes tendancieux. « Une main qui glisse sur la poitrine d’une jolie fille et je m’excuse aussitôt en disant que c’est la faute de mon Parkinson ». Eclats de rire.
Il ne s’agit pas de perversité, mais d’un art de vivre. Le chéri de ses dames est émouvant et ne se « prend pas au sérieux ». Sa cravate Mickey lui confère un look aussi loufoque qu’attendrissant. (more…)


