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Logement social : le constat sévère de la Fondation Abbé-Pierre février 13 2008

Publié par Paul Gypteau in : Le buzz , ajouter 1 commentaire

fondation-abbe-pierre.jpgLa Fondation Abbé-Pierre a publié aujourd’hui son rapport sur l’état du mal-logement en France. Ce palmarès concerne uniquement les communes rattachées à une agglomération de plus de 50.000 habitants, que la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) — applicable depuis 2002 – oblige à proposer au moins 20 % de logements sociaux dans leur parc locatif d’ici à 2020. Et à quelques semaines des municipales, le constat est sévère.

Sur les 720 communes passées au microscope de la Fondation, 60 % n’ont pas respecté l’objectif fixé sur la période 2002-2006. Pire, 9 % n’ont même rien mis en oeuvre durant ces 5 ans. Parmi les plus mauvais élèves, le rapport place en tête de liste la ville de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), suivi de Neuilly-sur-Seine (seulement 2,6 % de logements sociaux) et de Hyères.

Parmi les communes modèles, le document de 4 pages fait figurer Montauban, Annecy et Dijon. Le nombre de logement sociaux contruits par chacune d’elles a été plus que doublé par rapport à l’objectif initial. Paris arrive en cinquième position avec 20.100 logements financés, soit 2.500 de plus qu’annoncé en 2002. 

“Le laxisme” de l’Etat

Présentant le rapport à la presse, le délégué général de la Fondation Patrick Doutreligne a dénoncé “le laxisme” de l’Etat et a plaidé pour que les préfets puissent accorder les permis de construire lorsque les maires sont défaillants.

Fillon annonce 250 millions pour les sans-abri et les mal-logés janvier 30 2008

Publié par Paul Gypteau in : Le buzz , ajouter 1 commentaire

François Fillon a annoncé hier une enveloppe de 250 millions d’euros pour 2008 ainsi qu’un plan pluriannuel pour tenter de résoudre les problèmes des sans-abri et des mal-logés.

Fait marquant de cette annonce, la création d’un poste de préfet chargé de coordonner sur le terrain “toutes les actions de lutte contre les problèmes des sans-abri”, a déclaré le premier ministre. Cette annonce fait suite au rapport rendu par le député UMP des Yvelines Etienne Pinte, chargé mi-décembre d’étudier les moyens pour que “plus personne ne soit contraint de dormir dans la rue”. Sa mission est d’ailleurs prolongée dans ce but jusqu’en juin.

François Fillon a avancé l’objectif de construire 20 000 logements à loyer accessible, sur les 60 000 prévus chaque année d’ici 2012, et 9 000 places de maisons relais.

Du côté des associations, on se déclare très déçu par le chèque que le gouvernement est prêt à mettre sur la table. Elles avaient en effet évalué les besoins entre 1,5 et 1,7 milliards d’euros. Pour témoigner de leur mécontentement, un collectif a lancé un appel à une journée nationale de mobilisation le 21 février prochain, réunissant Les Enfants de
Don Quichotte
, Emmaüs, la Fondation Abbé-Pierre, le Secours Catholique et le Secours populaire.

A lire sur le sujet deux articles du Monde. “Sans-abri : la rue, y tomber, en sortir” qui s’intéresse notamment au problème de l’engorgement des foyers d’accueil d’urgence des SDF, ainsi qu’un éclairage sur le rôle du “Superpréfet” chargé de coordonner le “chantier prioritaire” des sans-abris.

Une jeunesse sans adresse janvier 10 2008

Publié par Paul Gypteau in : Dans les foyers , 2commentaires

Aujourd’hui en France, un SDF sur 4 a moins de 25 ans. “Envoyé Spécial” s’intéresse ce soir à ce sujet et décortique un problème passé sous silence. “Sans travail, sans logement et sans famille, ils sont la frange la plus précarisée, la plus démunie et la plus fragile de la jeunesse française”, annonce la chaîne dans le synopsis de l’émission.

Ce soir 10 janvier, à 20h50, sur France 2. Un reportage de Jérémie Drieu et Emmanuel Morel.

Centres d’hébergement : les sans-papiers en sursis janvier 10 2008

Publié par Paul Gypteau in : Dans les foyers , 1 commentaire seulement

Les sans-papiers ne sont plus les bienvenus dans les centres d’hébergement d’urgence qui privilégient désormais la réinsertion et le long terme. Au grand dam des travailleurs sociaux.

Centres d’hébergement : les sans-papiers en sursis

Les travailleurs sociaux sont inquiets pour les sans-papiers. Le plan d’action pour l’accès au logement, voté dans le feu de l’action médiatique des Enfants de Don Quichotte en janvier 2007, a changé la donne. Il a converti de nombreux centres d’hébergement d’urgence (CHU) en centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) qui permettent un séjour plus long, allant jusqu’à plusieurs années.

Une chance pour la réinsertion des sans-abri qui peuvent se concentrer sur leurs démarches, sans avoir à se soucier d’un lit où dormir. Mais un retour de bâton considérable pour les sans-papiers. « Le but d’un CHRS est d’accompagner les hébergés sur le chemin de la réinsertion. Cela passe par la recherche d’un emploi et l’accès au logement. Or, un sans-papiers est de fait exclu du marché du travail et du logement », explique Monique (1) une assistante sociale.  Sans existence juridique et sans perspective d’évolution, les clandestins ne répondent pas aux critères des centres de stabilisation

Associations : « une consigne officieuse »

Les acteurs de terrain pointent du doigt les Directions départementales des affaires sanitaires et sociales (DDASS) qui profiteraient de ce changement de statut pour donner un coup de balai dans les centres d’hébergement. « Dans certains foyers, on frise actuellement les 60 % de sans-papiers, la DDASS nous demande de ramener ce chiffre à 10 % », déplore l’assistante sociale, amère. « Cette consigne officieuse nous a été donnée il y a quelques mois, ça va avec la politique ambiante. À terme, les services sociaux nous ont fait comprendre que des fermetures administratives étaient à craindre si on ne respectait pas cet objectif », conclut la jeune femme.

Interrogée par téléphone, la Direction régionale des affaires sanitaires et sociales (DRASS), qui gère les huit départements d’Ile-de-France, dément. « Nous ne mettons ni pression ni limite sur le nombre de personnes sans-papiers hébergées dans les CHRS», affirme un responsable, avant de préciser que les antennes départementales peuvent parfois avoir « des positions différentes »

Sur la limite de 10 % de sans-papiers avancée par les associations, la DRASS déclare ne pas être au courant : « Je ne peux pas vous dire ». L’organisme, qui a alloué 246 millions d’euros aux associations d’Ile-de-France en 2007 (CHU, CHRS et hôtels sociaux confondus), affirme ne pas intervenir dans la politique d’accueil des associations.

« On ne travaille pas avec le ministère de l’Intérieur »

« On fait attention à la durée du séjour de l’hébergé lors de sa demande de renouvellement au bout de six mois, mais on ne travaille pas avec le ministère de l’Intérieur pour vérifier si les personnes sont en situation régulière ou pas », l’organisme. « Les DDASS ne sont pas habilitées à donner ce genre de consignes seules. Elles obéissent à des directives données par le gouvernement », rétorque un autre travailleur social.

Dans les foyers et les centres d’hébergement, l’angoisse gagne. « On continuera toujours à accepter des sans-papiers, sinon ça serait contraire à notre éthique », relativise Marc (1), chef de service d’un CHRS du 20e arrondissement de Paris. D’autres sont bien plus inquiets. « Certains sans-papiers sont horrifiés. J’en viens parfois à les questionner pour savoir s’ils n’ont pas de famille dans leur pays d’origine, pour voir si je ne peux pas les convaincre de rentrer. Jamais je n’aurais pensé avoir à demander ça un jour », s’indigne une assistante sociale parisienne. « Parfois on transfère des sans-papiers de centre en centre, ce qui permet de prolonger leur séjour. Ça devient glauque. Heureusement que cette directive est suspendue pendant le plan grand froid», poursuit-elle.

Un répit temporaire. « Dès le printemps, on sera bien obligés de s’y plier. »

 (1) les prénoms ont été changés

1er janvier 2008 : le droit au logement opposable est entré en vigueur janvier 2 2008

Publié par Paul Gypteau in : Le buzz , ajouter 1 commentaire

La loi sur le droit au logement opposable (DALO) est entrée en vigueur hier. Un dossier étayé sur l’historique, le contenu du texte et ses enjeux a été mis en ligne ce soir par Le Monde. A lire ici.

Damien : la sagesse des aînés pour rebondir décembre 16 2007

Publié par Paul Gypteau in : Portraits , ajouter 1 commentaire

Damien a grandi en enchaînant les passages dans des familles d’accueil puis dans des foyers d’hébergement. A 21 ans, il a saisi la main que lui a tendue Luc, un ami de vingt ans son aîné. Nouvelle donne et nouveau départ, il a rejoint récemment les compagnons d’Emmaüs. Portrait d’une gueule d’ange à la poigne d’acier.

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Les problèmes familiaux, il connaît. La débrouille aussi. A 21 ans, Damien ne compte plus les galères qu’il a traversées. « Je suis en foyer depuis tout petit, mais je m’en sortais tout seul. J’avais mon argent, mon compte à la banque et mes amis », explique-t-il. En panne de projets, il rejoint l’armée qu’il a rapidement quittée quand il a appris que sa mère était gravement malade. « J’ai pété les plombs après avoir perdu ma maman, ensuite j’ai appris que j’avais des petits frères et sœurs, ça m’a poussé à avancer, mais certains jours je baisse encore les bras. »

Une chape de plomb s’abat alors sur lui. Il sombre et fréquente « des amis » qui ne l’aident pas à s’en sortir. Mature et lucide, il en tire les conclusions. « Aujourd’hui je sais que je ne peux pas continuer à vendre du shit, voler, arracher des sacs à main. C’est pas comme ça qu’on fait du blé. A force de faire ça, regardez dans quel état je suis » lâche-t-il.

La première personne qui m’a vraiment regardé dans les yeux, c’est lui

Damien est arrivé au centre d’hébergement Emmaüs de la rue des Pyrénées il y a trois mois. « J’ai rencontré des gens bien, surtout Luc qui est là. La première personne qui m’a vraiment regardé dans les yeux, c’est lui, cet enfoiré » ironise-t-il en donnant une tape amicale sur l’épaule de son voisin. « Lui, y a rien à dire. J’ai côtoyé beaucoup de gens, qui vous promettent monts et merveilles, mais des amis comme Luc je les compte sur les doigts d’une seule main », lâche le jeune homme aux cheveux rasés. Luc l’a épaulé. Lui aussi a connu les galères. Originaire de Martinique, il a enchaîné les petits boulots. Suite à une rupture familiale, il s’est retrouvé dans la rue durant un an et demi. Il s’en sort peu à peu et travaille depuis huit mois en tant qu’agent d’accueil.

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Cette rencontre avec Luc a fait grandir Damien. « J’ai 20 ans de plus que lui. Un jeune, si tu lui donnes des conseils, il t’écoute. Je lui ai parlé franchement, comme un petit frère et il m’a écouté. Je lui ai dit que s’il continuait comme ça, il était par terre. C’est un ami à moi. Je le considère » confie Luc. Puis il se retourne vers Damien, « y a pas intérêt que je te retrouve ici dans 2 semaines ! »

La machine à projets est en route

Les efforts de Damien ont fini par payer. Il y a trois semaines, il est parti de bonne heure le matin pour rejoindre les compagnons d’Emmaüs d’un centre d’hébergement de Rouen. « Je passe d’un statut d’hébergé à celui de compagnon » souligne-t-il avec fierté. Une revanche ? « Oui et non. Moi j’ai trop de cœur. J’ai rencontré des compagnons qui m’ont pris pour un con. Quand j’ai quelqu’un dans la gueule, c’est fini. Je vais en profiter pour me rattraper ». Une pépite d’un caractère sensible coulée dans un alliage en fonte.

La machine à projets est en route. En mettant un doigt dans l’engrenage, les projets suivent. « Compagnon, ça ne sera pas mon travail tout le temps. » Il réfléchit et reprend. « J’ai envie de construire une association humanitaire. » Une vocation née après un séjour de neuf mois au Sénégal. « A côté, travailler en France c’est de la rigolade. Là-bas j’ai travaillé. Ici, un jeune veut pas ramasser les papiers par terre, parce qu’il a honte. J’ai raison ou pas ? C’est cette vision des choses qui m’a aidé à grandir. »

Il porte un regard critique sur la situation des jeunes qui partagent sa situation. « Il faut qu’ils s’en sortent. Personne n’est venu vers moi pour me dire de m’en sortir. Je le sais de moi-même. Chacun a sa mentalité. Si c’est faible, on reste à galérer. S’ils veulent s’en sortir et qu’ils écoutent les plus grands qu’eux, ils y arriveront. Faut voir la vie autrement. »

“Après la rue” récompensé décembre 9 2007

Publié par Paul Gypteau in : Le buzz , 3commentaires

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“Après la rue” a été récompensé par les Rencontres du blog d’expression locale, organisées ce vendredi 7 décembre à Alençon. Après le vote des internautes et la décision du jury, ce blog a été primé dans la catégorie Social et Santé. Une mention spéciale a été décernée au blog de l’UPI d’Alençon.

Merci aux visiteurs qui ont voté pour moi ainsi qu’aux organisateurs de ces Rencontres. Merci également aux hommes et aux femmes qui, fragilisés par la rue, acceptent de me faire partager leurs expériences et leurs parcours.

Dédié à la réinsertion, j’espère que ce blog permet de sensibiliser les internautes à la problématique de l’exclusion sociale.

Voici le palmarès par catégorie

Un centre d’hébergement, comment ça marche ? décembre 4 2007

Publié par Paul Gypteau in : Dans les foyers , ajouter 1 commentaire

Retour au centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) d’Emmaüs, rue des Pyrénées dans le 20e arrondissement de Paris. J’avais rencontré plusieurs hébergés lors de mes précédents passages au foyer. Cette fois, c’est Souleymane Bâ, le chef de service qui me reçoit, pour m’expliquer le fonctionnement du foyer.

Souleymane Bâ - Chef de service

Avant de devenir un centre de stabilisation (CHRS) en octobre dernier, le foyer de la rue des Pyrénées a d’abord été un centre d’hébergement d’urgence. Mais quelle est la différence entre ces deux statuts ? « Dans le cas d’un CHU, on reste dans l’optique de l’urgence. Dans un foyer de réinsertion, on peut séjourner de 6 mois à un an » explique Souleymane Bâ, le chef de service du centre de 46 ans, qui œuvre chez Emmaüs depuis 1992. Ce n’est toutefois pas un objectif à terme, car la finalité du passage dans l’établissement est bien sûr d’en sortir.

Les personnes accueillies se trouvent déjà dans une dynamique d’insertion et cheminent vers l’autonomie. Tous n’ont pas connu la rue avant d’arriver ici. Beaucoup ont d’abord posé leurs valises dans des structures d’urgence temporaires. « Un CHRS est beaucoup plus sympa, les conditions de vie sont plus agréables. Par exemple, on place deux hébergés par chambres, voire en chambres individuelles dans certains cas » souligne le responsable du centre, fine moustache et veste en velours marron qui recouvre une chemise rayée. Mais la place est chère et les sollicitations nombreuses. « On reçoit jusqu’à 20 appels par jour ».

Parmi les 54 hébergés que compte le centre, la majorité travaille. Missions d’intérim, CDD à temps partiel et quelques rares CDI comptent parmi les emplois exercés. Beaucoup se qualifient eux-mêmes de ‘travailleurs pauvres’ : leur activité salariée ne leur permet pas de présenter suffisamment de garanties aux bailleurs lorsqu’ils cherchent un logement.

Quelle porte de sortie après ces longs mois de flottement passés au foyer ? S’ils sont nombreux à trouver des logements par eux-mêmes en déposant des demandes auprès des organismes sociaux, d’autres sont aiguillés vers des structures sociales. Les maisons relais et les résidences sociales, où l’on peut rester plus de deux ans, font partie du dispositif. Le demandeur peut aussi s’orienter vers un hôtel social – Emmaüs en gère plusieurs – qui ont des capacités d’accueil plus importantes. Ils peuvent à ce titre bénéficier de l’allocation de logement temporaire (ALT) et l’aide personnalisée au logement (APL).

Le centre d’hébergement : retour à la responsabilisation

L’apprentissage de la responsabilisation passe par une contribution financière à hauteur des moyens de chacun. « Chaque hébergé verse 15 % de ses propres revenus et s’occupe de l’entretien de sa chambre » explique Souleymane Bâ. Quand on parle d’insertion, elle ne concerne pas que le monde professionnel. Le foyer a aussi dû tordre le cou aux préjugés entretenus par le voisinage. ‘Oui à l’ouverture de foyers sociaux, mais pas à côté de chez soi’ résume l’idée que beaucoup se font. « Les relations avec les gens du coin sont vitales, on fait les courses à la supérette d’à côté. C’est une manière de se débarrasser des idées reçues ».

Karine Cornument - Travailleur social

Comme tout CHRS, celui de la rue des Pyrénées accompagne les hébergés et déploie aussi sa pléiade d’acteurs de terrain. Deux travailleurs sociaux s’entretiennent avec les nouveaux arrivants dès leur arrivée. « Il y a d’abord une phase d’observation de six jours, pour s’assurer que la structure correspond bien au profil de l’hébergé, ajoute Souleymane, puis le contrat est signé au septième jour. » Le bilan est ensuite tiré toutes les deux semaines.

Quels sont profils qui composent cette équipe ? Le responsable du centre, deux travailleurs sociaux, cinq auxiliaires socio-éducatifs (« les permanents de nuit »). Ce sont eux qui « connaissent le mieux les hébergés ». Enfin, on retrouve aussi trois compagnons, qui « veillent sur la quiétude du centre » et s’occupe principalement de l’intendance et des ateliers.

Jacques Deroo : « Je tire mon énergie de la rage » novembre 21 2007

Publié par Paul Gypteau in : Interviews , 5commentaires

Ancien sans-abri, Jacques Deroo est le fondateur du Village de l’espoir. Situé à Ivry-sur-Seine, ce village unique en son genre accueille des anciens SDF sur le chemin de la réinsertion. Interview.

Jacques Deroo

Comment est né ce village ?

L’idée était dans les tiroirs depuis 18 ans. Les incendies des immeubles et des hôtels à Paris en 2003 m’ont plongé dans la rage et m’ont poussé à ressortir le dossier.
Je me suis inspiré des chalets inutilisés dans les campings puis je me suis demandé pourquoi on ne pourrait pas en installer sur des terrains non constructibles inutilisés à Paris. Les pouvoirs publics et les collectivités étaient emballés par le projet, mais m’ont fait comprendre qu’ils n’en voulaient pas chez eux.

” Le Village garde toute son indépendance “

Puis les tentes du Canal St Martin sont arrivées. La merde a été exposée au grand jour : les SDF étaient visibles et les élections présidentielles approchaient. Une réponse forte était nécessaire. Jean-Louis Borloo m’a proposé d’ouvrir ce village sous le titre des « Salauds de pauvres ». L’association « Le cœur des Haltes » nous a donné le support administratif nécessaire pour porter le projet. Mais le village garde toute son indépendance. Après j’ai magouillé avec Vautrin (ex-ministre déléguée à la cohésion sociale sous l’ancien gouvernement, ndlr) et on a tout installé. En 5 semaines le terrain était viabilisé et on a installé tous les mobil-homes.

A l’origine, vous vouliez installer ces structures sur des chantiers, pourquoi ?

Pour pouvoir déplacer les mobil-homes de chantier en chantier, pour que les mecs puissent toujours avoir du boulot. Le problème est que si on avait construit plutôt que d’installer ces mobil-homes, il aurait fallu demander un permis de construire que personne ne nous aurait donné. Maintenant, on se retrouve dans une situation où un projet porté par l’UMP est mis en œuvre dans une mairie communiste, ce qui crée des problèmes.

” Je me sers de mon expérience comme d’une boîte à outils “

Vous-même avez été SDF pendant 15 mois après avoir passé plus de sept mois en prison. Quelles leçons tirez-vous aujourd’hui de votre parcours ?

Je m’en sers comme d’une boîte à outils. Un jour quelqu’un m’a tendu la main à l’Armée du Salut. J’ai été amené rapidement à diriger un centre, puis tout s’est enchaîné. Après je me suis aperçu que je pouvais aider les autres. Ça fait maintenant 23 ans. Ma femme et mes filles m’ont beaucoup aidé. Toute ma famille travaille dans le social.

Quelle est la différence entre votre collectif « Salauds de pauvres » et d’autres associations comme les Enfants de don Quichotte ?

Je suis très copain avec Augustin (Legrand, ndlr). Le seul problème est qu’il ne peut pas continuer à râler s’il ne se met pas les mains dans le cambouis. Les médias s’imaginent qu’on est en guerre, on m’a même proposé des émissions télé pour m’affronter à Augustin sur un plateau de télé. Mais nos idées sont quasiment les mêmes. Disons que moi j’applique ce que je dis, à partir du moment où j’ai les moyens de faire, je fais mon boulot.

Selon vous, comment va évoluer le village ?

Le bail a été renouvelé pour 5 ans. Le village a aujourd’hui fait ses preuves. C’est une marche pour les travailleurs pauvres qui n’ont pas les moyens d’avoir un logement. On est aussi en train de préparer des villages pour les plus cassés.
Avant la fin 2008, un village devrait ouvrir par département ainsi qu’une vingtaine en région parisienne, ce qui fait 118. Il fallait d’abord prouver que le concept était viable. C’est le cas. Vingt personnes quitteront bientôt le Village pour s’installer dans leur propre logement.

” J’ai lancé un appel à 1 000 camping-cars “

Aujourd’hui je laisse leur chance aux pouvoirs publics. Si ça n’avance pas, on les attend au tournant. J’ai lancé un appel à 1 000 camping-cars de toute l’Europe sur Internet, 900 ont déjà répondu présent. J’ai l’intention de les faire passer sur les Champs Elysées. Mais j’évite d’en parler pour l’instant. Étant donné que les RG m’ont mis sur écoute, je prends mes précautions.

Quelle est votre recette de la réinsertion ?

Il faut refuser l’assistanat. Les couples qui n’ont que le RMI (610 euros) quand ils arrivent participent à hauteur de 90 euros au loyer. On ne prend en charge ni le transport ni la nourriture. Si on veut demain pouvoir les renvoyer dans un logement, ils doivent être dans les mêmes conditions.

” Je tire mon énergie de la rage “

Vous témoignez de votre parcours dans votre dernier livre « Salauds de pauvre – Une histoire d’amour » (éd. Gutenberg). D’où puisez-vous votre énergie ?

C’est la rage qui m’a fait remonter. Je suis passé au travers beaucoup de choses pour monter ce village. Quand on veut s’accrocher, on peut. Quand j’étais dans le métro, qu’on m’a craché dessus et on m’a insulté, ça m’a donné assez de rage pour que dans ma vie jamais personne ne m’empêche d’avancer. Je tire mon énergie de la rage, de la colère que j’ai constamment de voir que tous les ans on répète les mêmes conneries et que tous les ans on dit que ne les fera plus. Le village a ouvert le 27 mars, deux jours avant on avait balancé des cocktails Molotov dans mon appartement (l’enquête est toujours en cours, ndlr). On a été les premiers SDF du village. C’est dur.

Pourquoi avoir refusé la mission que vous a proposée Christine Boutin ?

Je ne suis pas un énarque. Je veux rester qui je suis, dans mon milieu. Je suis à l’aise dans ce village, qu’est-ce que je j’irais faire dans un bureau ? Augustin s’est retrouvé dans la même position. Tout ce qu’on voulait c’était le faire taire mais la stratégie était réfléchie. S’il disait oui, on aurait dit qu’il s’était fait acheter. S’il disait non, le gouvernement lui aurait reproché de râler mais de ne rien vouloir faire. Il a finalement refusé.

” Je connais bien les médias et je sais les téléguider “

Votre projet a pris une ampleur médiatique considérable. Quelles relations entretenez-vous avec la presse ?

La seule chose qui fait peur aux pouvoirs publics c’est les médias. Je suis harcelé en permanence. Depuis le début de l’année j’ai dû donner environ 1 500 interviews. Mais il faut savoir ce qu’on veut. Ou je les envoie balader au risque qu’ils m’envoient balader quand j’aurai besoin d’eux, ou je joue le jeu en mettant le village en permanence devant les caméras. Je n’ai jamais refusé une seule interview. Aujourd’hui je connais bien les médias et je sais les téléguider.

Etes-vous satisfait de l’évolution de la situation des SDF en France ?

Je suis très content que ce village ait ouvert. Heureux, loin de là. C’est une petite goutte d’eau dans un océan. Comment on pourrait être content quand on sait que 7 000 personnes dorment toutes les nuits dans les rues de Paris ? Je ne suis même pas certain qu’on ait envie de les aider.

Avez-vous reçu un écho favorable de la part du public ?

Le public trouve que les initiatives envers les sans-abri sont excellentes mais préfèrent qu’on monte les projets chez les autres. Si on ouvre un centre d’hébergement dans Paris, les gens vont hurler.

Des gens pointent du doigt votre mégalomanie, que leur répondez-vous ?

J’ai toujours dit que j’avais un ego démesuré. C’est indispensable pour montrer qu’on a toujours raison.

Prix du blog d’expression locale novembre 16 2007

Publié par Paul Gypteau in : Le buzz , 1 commentaire seulement

Prix du blog d'expression locale

Pour la 2e année, les Rencontres nationales du blog d’expression locale récompensent les meilleurs blogs d’actualité. L’opération est destinée à favoriser les échanges entre les blogueurs locaux.

Ce blog est en lice dans la catégorie “Social et santé”. Votez pour moi… jusqu’au 30 novembre !