Les arts de l’Islam

23 11 2007

Unique. Des chefs-d’œuvre de l’Islam sont exposés en ce moment au Musée des Arts Décoratifs à Paris. Le mot n’est pas trop fort pour des pièces uniques longtemps déconsidérées par les musées français. Les Arts Décoratifs se sont enrichis grâce aux legs de collectionneurs tels les marchands Dikran Koechlin ou Charles Vignier. Les 300 pièces exposées dans la grande nef et dans les deux allées mitoyennes viennent de tout le monde musulman, depuis le XIIIe siècle et jusqu’au XIX siècle : l’Espagne, l’Egypte, la Syrie, le Maghreb, l’Iran et l’Asie centrale.Première entrevue du prince Hömay et de la princesse Homâyun
Les œuvres provenant d’Iran et de Turquie sont les plus impressionnantes. Coup de cœur pour la célèbre miniature timouride Houmay et Houmayoun qui date de 1430-1440 (ci-contre).

Les fragments de céramique en forme d’étoiles à huit branches sont également à voir, tout comme les encadrements iraniens peints à la gouache.
En revanche, les œuvres du Maghreb sont beaucoup plus restreintes. Il faut dire que la France coloniale a admiré tardivement les arts de cette région Elles sont disposées dans la seconde allée, aux côtés des reproductions faites par des artistes français inspirés par l’orientalisme. Cette dernière partie de l’exposition manque peut-être d’éclairage historique. Elle montre surtout que les chefs-d’œuvre de l’Islam dont disposent les musées français sont très rares.

Iran 13ème siècleLes Arts Décoratifs et le Louvre ont prévu de rassembler leurs collections en 2010 dans un nouveau département consacré aux arts de l’Islam.

Infos pratiques : “Purs décors? Chefs-d’oeuvre de l’Islam aux Arts Décoratifs”. Jusqu’au 13 janvier 2008. Musée des Arts Décoratifs. 107 rue de Rivoli. Paris 1er.

Emmanuelle Msika



Parcours d’un jeune converti à l’Islam

18 11 2007

Témoignage. C’était un jeudi, au printemps dernier. Jeune blond aux yeux bleus, Abdallah récitait sa chahada (profession de foi) devant l’imam de la mosquée de Bobigny. Cette conversion à l’Islam était « une formalité » : « Je me suis converti mais dans mon cœur je l’étais déjà, raconte-t-il, il n’y a pas eu un avant et un après. »

Le jeune homme de 23 ans préfère taire son nom français car ses parents ne sont pas encore au courant. Depuis trois ans, Abdallah (« serviteur de Dieu ») pratique la religion musulmane en toute discrétion : il fait ses cinq prières par jour, il va à la mosquée et il se réunit chaque jeudi et samedi soir avec les membres de la confrérie soufie Tidjaniya. Le soufisme, un mouvement spirituel de l’Islam fondé sur l’amour de Dieu, est devenu sa voie.

 

chahada
la chahada

 

“Au début, je voulais être moine bouddhiste”

Abdallah a commencé à s’interroger sur la religion à l’adolescence. Il a dévoré de nombreux livres sur le bouddhisme avant de s’intéresser à l’hindouisme, au judaïsme puis au christianisme. Finalement, c’est à l’Islam qu’il s’est accroché. Il y voit une religion complète où il ne manque rien : « un cadre rigoureux, des règles strictes, une spiritualité forte », affirme-t-il. Difficile pour lui aujourd’hui d’expliquer davantage son attirance pour la religion musulmane et le soufisme en particulier. Il sait juste qu’il « ne pense qu’à Dieu ». Il jongle alors chaque jour entre sa foi, ses études et surtout ses parents

Abdallah

Abdallah vient d’une famille catholique au nord de Paris. Baptisé, il a même suivi les cours de catéchisme. Aujourd’hui, l’étudiant en fac de droit à Sceaux (Hauts-de-Seine) est hébergé par ses grands-parents en banlieue parisienne. Sa famille est ouverte d’esprit et connaît son attirance pour l’Islam mais pour l’instant, il estime qu’il est trop tôt pour leur parler de sa conversion : « ils ne savent pas que je fais la prière mais ils ont vu mes livres et m’en achètent parfois », explique-t-il. Une fois, sa mère a même cuisiné de la viande halal pour lui faire plaisir.

 

Vivre sa religion en privé. Même ses amis non musulmans ne savent pas : « je n’ai pas honte mais c’est personnel. On n’est pas musulman pour le crier. L’Islam c’est entre toi et Dieu et personne d’autre », dit-il. Chaque matin, avant les cours, il se lève pour faire ses ablutions et la prière de l’aube. Un geste qui n’est pas encore naturel : « je sais que c’est bien mais j’ai envie de faire autre chose. Petit à petit, ça va devenir un plaisir », espère-t-il. Il lui arrive encore de douter et de se dire que « tout ça ne sert à rien» mais ses doutes sont éphémères. Après la fac, il rattrape les prières manquées pendant la journée et fréquente la mosquée dès qu’il peut avec ses amis musulmans. « J’ai encore du mal à y aller tout seul », murmure-t-il. Dans la salle de prière, le regard des autres le gène : Abdallah est timide et n’aime pas attirer l’attention. Le jeune homme qui ne connaît pour l’instant que trois sourates du Coran veut se fondre dans la masse en devenant un musulman aguerri. Il pense déjà à faire le grand voyage religieux : le pèlerinage à la Mecque.

 

Emmanuelle Msika



Quand la religion s’invite dans les stades

17 11 2007

Aïe. France-Maroc : c’était l’affiche du match de foot amical vendredi 16 novembre au Stade de France. Mais la rencontre a été ternie par le sifflement de la Marseillaise. Les Bleus ont été déconcertés, raconte Mickaël Landreau dans le journal “20 minutes” : “Contre le Maroc, on se demandait si on jouait à domicile. C’est particulier parce que, lors d’une finale de Coupe du monde, ils [les Marocains] sont derrière les Français. C’est normal qu’ils soutiennent leur équipe, qu’ils soient fiers de leur nationalité, mais ce qui est dommage, c’est de ne pas respecter la Marseillaise.”

Dans un stade aux couleurs du Maroc, beaucoup de Français d’origine marocaine sont venus soutenir l’équipe adverse ce soir-là. Lors de la lecture de la feuille de match, des joueurs tricolores ont été sifflé. Pas tous cependant. Pour Franck Ballanger, journaliste à France Inter présent lors de la rencontre, les supporters ont applaudi tous les joueurs musulmans et sifflé les autres : “Avec un collègue de RFI, on cherchait pourquoi ils applaudissaient untel et pas untel. Au début, on pensait qu’ils acclamaient les binationaux. Mais quand ils ont applaudi Ribéry (qui n’est pas d’origine marocaine, NDLR), on a compris : il est musulman.” La religion s’introduit-elle dans les stades? Ce qui est sûr, c’est que l’Islam crée un fort sentiment communautaire.

Néanmoins, il y a un joueur non musulman qui a été applaudi vendredi soir : Lilian Thuram. Ses prises de position sur les banlieues depuis l’automne 2005 contre Nicolas Sarkozy et ses propos en faveur des jeunes issus de l’immigration ont influencé favorablement le public.

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Emmanuelle Msika



Le compagnon électronique du pèlerin musulman

16 11 2007

Décalé. Le pèlerinage (hadj) commence à la fin du mois et cette année, le pèlerin est roi. Une boutique en ligne spécialisée leur facilite le voyage en mettant en vente pour la première fois “le compagnon électronique” du pèlerin musulman. Muni de ce boîtier semblable à un audioguide tout en couleurs, le croyant est sûr de réciter les bonnes invocations (dou’a) au bon moment. Le pèlerin a juste à appuyer sur la touche correspondant au lieu où il se trouve : il écoute les invocations en arabe et les répète.

Un bonus pour les musulmans qui hésitent à franchir le pas vers ce grand voyage religieux, l’un des cinq piliers de l’Islam.

Infos pratiques : Le compagnon électronique du pèlerin sur IqraShop.com - 39,00 euros.

 

Emmanuelle Msika



“Le Coran, les prêcheurs et les dollars”

8 11 2007

Les télécoranistes sont des stars du petit écran : ils animent des émissions ou des congrès retransmis à la télévision, ils parlent avec le public, donnent des réponses sur l’interprétation de l’Islam, sont à la pointe de la révolution numérique. Un professionnalisme qui peut rapporter beaucoup d’argent.

Jeudi Investigation diffuse le 8 novembre « Le Coran, les prêcheurs et les dollars », un documentaire réalisé par Thierry Derouet. Rares sont les journalistes qui se sont penchés sur cet aspect étonnant de l’Islam. Mordu de reportages à l’étranger, Thierry Derouet a enquêté pendant un an sur ces orateurs musulmans atypiques.

Personnage emblématique de cette mouvance : Amr Khaled, télécoraniste égyptien. Costume-cravate, grand orateur, discours moderne, efficace et sans notes, il est à l’image des télévangélistes américains. On le voit parcourir l’Egypte, la Jordanie, le Koweït, la Grande-Bretagne, l’Indonésie. Il est même l’invité d’une émission diffusée sur la chaîne américaine CNN. Ses prêches attirent des centaines de milliers de musulmans dont beaucoup de femmes, voilées ou non. Partout, ses discours se ressemblent, il prône « l’intégration avec le monde occidental tout en restant fidèle à la tradition musulmane ».

Derrière ces prêches, très séducteurs, se cache une véritable stratégie marketing. Le reportage montre des télécoranistes convertis à la logique du business. La télé attire les dollars. Les prêcheurs se font connaître grâce à ce média et deviennent des icônes pour leur public. Certains se servent de cette célébrité pour monter leurs business : organiser des stages de management, ouvrir des librairies islamiques, développer le Coran sur téléphone portable… Un verset incompris ? Facile, il suffit d’envoyer un sms à 20 centimes d’euros et il est commenté aussitôt. Lancé il y a 5 ans, le Coran cellulaire compte déjà 200 000 abonnés. La rentabilité est à l’honneur, ce qui donne un mélange étrange entre le capitalisme et l’Islam.

 

Plus surprenant encore : La « Star Ac’ de la prédication ». 20 concurrents s’affrontent chaque semaine sur un thème de prêche imposé. Le gagnant de la finale repart avec un an de salaire, un pèlerinage à La Mecque et la possibilité de faire une carrière de télécoraniste. Il y a aussi les émissions pour tout-petits comme « l’Ecole des fans » indonésienne, « Lativi » : chaque dimanche après-midi, des enfants de 5 à 12 ans sont invités à réciter un prêche sur un thème donné. L’un d’eux, haut comme trois pommes et déjà grand orateur, lance :

« Envoyez vos sms pour moi et la semaine prochaine, inch’Allah, on se retrouvera. »

Qui a dit que l’Islam n’était pas une religion moderne ?

 

Thierry Derouet

« Le Coran, les prêcheurs et les dollars », Jeudi 8 novembre à 23h10 sur Canal+. Thierry Derouet, Bonobo Productions pour Jeudi Investigation.

Thierry Derouet

 

 

 

Emmanuelle Msika

 



Aux couleurs de l’Islam

1 11 2007

Les couleurs de l’Islam sont chargées de significations. Leur symbolique a été inspirée en grande partie par la vie du Prophète ou des coutumes locales. Trois couleurs se distinguent :

D’abord, le vert. Symbole de l’espoir, de la vie, du paradis et de la nature. Il est généralement identifié comme « la couleur de l’Islam », celle privilégiée par le Prophète Mahomet. Les reliures du Coran sont souvent teintées de vert. Tout comme de nombreuses décorations en céramique, les coupoles des mosquées et les drapeaux. On raconte même que certains musulmans rigoristes refuseraient le vert sur les tapis afin de ne pas porter atteinte à la dignité de l’Islam en marchant dessus.

Chez une minorité de musulmans, c’est le blanc la couleur de l’Islam. Le blanc comme synonyme de pureté et symbole du Prophète qui a porté des vêtements de cette couleur. Selon un hadith, « Dieu aime les vêtements blancs et il a créé le paradis blanc ». C’est aussi la couleur du linceul, de la consécration pendant le pèlerinage et de la vie. Les musulmans des pays les plus chauds, comme l’Arabie saoudite, portent souvent des tuniques blanches.

Troisième et dernière couleur très significative de l’Islam : le noir. Il fait d’abord référence à la Pierre noire de la Kaaba (l’édifice central de la Mecque). Il est aussi écrit que le Prophète avait un vêtement noir le jour de la conquête de la Mecque. Mais cette couleur peut aussi être maléfique : elle est notamment symbole de deuil pour les chiites. En Iran, le noir est funeste, c’est la couleur de la cape des mollah et du tchador des femmes. Surtout, il ne faut pas oublier qu’en terre d’Islam, le corbeau est maudit.

Il n’y a pas une seule couleur de l’Islam, mais des couleurs de l’Islam. Il n’y a pas une communauté musulmane mais des musulmans. l’Islam est multiple.

Ce blog se fera l’écho des petits et grands moments de l’actualité musulmane à Paris. Reportages sur la vie religieuse, zoom sur les fêtes, découverte des multiples pratiques de l’Islam. Pas de regard partisan ici, juste de l’observation : un blog témoin du foisonnement de la vie musulmane dans la capitale.