Parcours d’un jeune converti à l’Islam

18 11 2007

Témoignage. C’était un jeudi, au printemps dernier. Jeune blond aux yeux bleus, Abdallah récitait sa chahada (profession de foi) devant l’imam de la mosquée de Bobigny. Cette conversion à l’Islam était « une formalité » : « Je me suis converti mais dans mon cœur je l’étais déjà, raconte-t-il, il n’y a pas eu un avant et un après. »

Le jeune homme de 23 ans préfère taire son nom français car ses parents ne sont pas encore au courant. Depuis trois ans, Abdallah (« serviteur de Dieu ») pratique la religion musulmane en toute discrétion : il fait ses cinq prières par jour, il va à la mosquée et il se réunit chaque jeudi et samedi soir avec les membres de la confrérie soufie Tidjaniya. Le soufisme, un mouvement spirituel de l’Islam fondé sur l’amour de Dieu, est devenu sa voie.

 

chahada
la chahada

 

“Au début, je voulais être moine bouddhiste”

Abdallah a commencé à s’interroger sur la religion à l’adolescence. Il a dévoré de nombreux livres sur le bouddhisme avant de s’intéresser à l’hindouisme, au judaïsme puis au christianisme. Finalement, c’est à l’Islam qu’il s’est accroché. Il y voit une religion complète où il ne manque rien : « un cadre rigoureux, des règles strictes, une spiritualité forte », affirme-t-il. Difficile pour lui aujourd’hui d’expliquer davantage son attirance pour la religion musulmane et le soufisme en particulier. Il sait juste qu’il « ne pense qu’à Dieu ». Il jongle alors chaque jour entre sa foi, ses études et surtout ses parents

Abdallah

Abdallah vient d’une famille catholique au nord de Paris. Baptisé, il a même suivi les cours de catéchisme. Aujourd’hui, l’étudiant en fac de droit à Sceaux (Hauts-de-Seine) est hébergé par ses grands-parents en banlieue parisienne. Sa famille est ouverte d’esprit et connaît son attirance pour l’Islam mais pour l’instant, il estime qu’il est trop tôt pour leur parler de sa conversion : « ils ne savent pas que je fais la prière mais ils ont vu mes livres et m’en achètent parfois », explique-t-il. Une fois, sa mère a même cuisiné de la viande halal pour lui faire plaisir.

 

Vivre sa religion en privé. Même ses amis non musulmans ne savent pas : « je n’ai pas honte mais c’est personnel. On n’est pas musulman pour le crier. L’Islam c’est entre toi et Dieu et personne d’autre », dit-il. Chaque matin, avant les cours, il se lève pour faire ses ablutions et la prière de l’aube. Un geste qui n’est pas encore naturel : « je sais que c’est bien mais j’ai envie de faire autre chose. Petit à petit, ça va devenir un plaisir », espère-t-il. Il lui arrive encore de douter et de se dire que « tout ça ne sert à rien» mais ses doutes sont éphémères. Après la fac, il rattrape les prières manquées pendant la journée et fréquente la mosquée dès qu’il peut avec ses amis musulmans. « J’ai encore du mal à y aller tout seul », murmure-t-il. Dans la salle de prière, le regard des autres le gène : Abdallah est timide et n’aime pas attirer l’attention. Le jeune homme qui ne connaît pour l’instant que trois sourates du Coran veut se fondre dans la masse en devenant un musulman aguerri. Il pense déjà à faire le grand voyage religieux : le pèlerinage à la Mecque.

 

Emmanuelle Msika