Le CFCM, adresse inconnue

31 01 2008

Caisses vides. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) existe depuis plus de cinq ans, et il n’a toujours pas de siège. La dernière réunion du conseil d’administration s’est tenue dimanche dans une salle prêtée par la Mosquée de Paris. C’est presque une habitude. “Au début, on louait des salles dans les hôtels, mais aujourd’hui on n’a plus les moyens”, explique Chems-Eddine Hafiz, délégué général du CFCM.

Officiellement, il existe bien une adresse : 270 rue Lecourbe, dans le XVe arrondissement. Ces locaux ont gracieusement été mis à disposition par la mairie de Paris. Seul problème : ils sont insalubres. Et les travaux à engager sont trop couteux pour le CFCM.

Les regards se tournent désormais vers la Fondation pour les oeuvres de l’Islam, créée en 2005 pour répondre aux contraintes financières de l’Islam de France.

Emmanuelle Msika



Premier cours à la Catho pour les futurs imams

29 01 2008

La rentrée. L’Institut catholique de Paris a ouvert mardi sa formation “Religion, laïcité, interculturalité” destinée notamment aux futurs cadres religieux musulmans : responsables associatifs, culturels, religieux, mais surtout imams et aumôniers. 21 élèves de l’institut religieux rattaché à la Mosquée de Paris s’y sont inscrits dont 17 futurs imams. “La Catho ouvre ses portes, quelle chance pour nous musulmans”, s’est exprimé Djelloul Seddiki, directeur de la formation à la Grande Mosquée. Si on veut parler d’un islam de France, il ne faut plus que cela soit un slogan. Il y a urgence. L’imam doit être formé à la française.”

De gauche à droite : Bernard Godard (Bureau des cultes), Olivier Bobineau, Djelloul Seddiki
Sous la responsabilité du sociologue des religions Olivier Bobineau, cette formation sécularisante vient compléter l’enseignement religieux des futurs imams. Elle comporte des cours d’histoire, de culture générale et de droit. Une manière de “favoriser leur bonne intégration républicaine”, déclarait le recteur de la Mosquée de Paris et président du CFCM, Dalil Boubakeur, en octobre dernier, à l’annonce de ce cycle de cours.

De gauche à droite : Bernard Godard (Bureau des cultes), Olivier Bobineau, Djelloul Seddiki

 

Emmanuelle Msika



A l’origine de l’alphabet arabe

27 01 2008

Histoire. Les Phéniciens sont les grands inventeurs de l’alphabet. Cette civilisation, à découvrir à l’Institut du monde arabe, est à l’origine de quasiment tous les systèmes alphabétiques. Marins, marchands, artisans, les Phéniciens ont connu leur apogée vers 1100 avant JC sur un territoire correspondant au Liban actuel, la Phénicie, qui se composait d’un ensemble de cités tournées vers la mer. On y a retrouvé des tablettes d’argile gravées, premiers témoignages de cette écriture. C’est l’Abbé Barthélémy en 1758 qui a déchiffré cet alphabet composé de 22 lettres dont la lecture linéaire se faisait de droite à gauche, comme en arabe.

La comparaison avec les 29 lettres arabes est flagrante. Exemple avec la première lettre, aleph, qui signifie boeuf. Aleph était d’abord représentée par une tête de boeuf. Puis le dessin a été simplifié. En arabe, aleph est devenu alif.

Les tableaux ci-dessous soulignent les autres ressemblances. 

L’alphabet phénicien : 

bœuf (’aleph = /’/) aiguillon (lamed = /l/)
maison (beth = /b/) eau (mem = /m/)
chameau (gimel = /g/) poisson (nun = /n/)
porte (daleth = /d/) poisson (sâmekh = /s/)
[ = /h/] œil (‘ain = /‘/)
clou (waw = /w/) bouche (pe = /p/)
arme (zain = /z/) [san = /s/]
[heth = /h/] [qoppa = /q/]
[thet = /t/] tête (resh = /r/)
bras (yodh = /j/) dent (sin = /s/)
paume (kaph = /k/) croix (tau = /t/)

Alphabet arabe (à lire de droite à gauche) :

Alphabet arabe, à lire de droite à gauche

Le phénicien s’est répandu en Orient et en Occident. Il a également été le précurseur de l’alphabet grec, araméen ancien, palmyrénien, syriaque et hébreu.

A voir : La Méditerranée des Phéniciens. De Tyr à Carthage. A l’Institut du Monde arabe jusqu’au 20 avril 2008. Tous les jours sauf le lundi.

Emmanuelle Msika



Année 1429 - Année 2008

17 01 2008

L’année 1429 dans le calendrier hégirien a commencé le 10 janvier. En ce premier mois, mouharram, le calendrier musulman à la cote dans les librairies arabes de la capitale. Calendrier musulman 2008 - 1429Les heures de prière des grandes villes françaises y sont mentionnées.

Dans ce calendrier où la lune est la mesure des mois (à chaque nouveau croissant démarre un nouveau mois), une année dure 354 ou 355 jours par an.

Patience, Les années hégirienne et grégorienne devraient être concordantes en 20 874.

Emmanuelle Msika



Vivre en harmonie entre sa foi et son portefeuille

13 01 2008

Les musulmans ne devraient pas être clients des banques modernes car elles ne sont pas conformes aux principes défendus par l’Islam. C’est ce qu’affirme un courant conservateur né dans les pays du Golfe Persique. Cette idée émerge en France où des débats commencent à s’organiser. Exemple dimanche, boulevard Belleville, dans le XIe arrondissement de Paris : trois cadres bancaires, Kader Merbouh, Rachid Afoufou et Farid Dahmna ont présidé une conférence dans la librairie Tawhid. Leur mission : sensibiliser les musulmans au fonctionnement de la finance islamique, « fondée sur la foi et non sur l’argent ».

Qu’est-ce qu’une banque islamique ?
Elle se distingue d’abord des banques conventionnelles par ses interdits. Elle prohibe la spéculation, l’incertitude (comme le viager), le taux d’intérêt et l’investissement sur les interdits de l’Islam (alcool, porc, jeux de hasard…).
Elle a également des principes éthiques : « elle n’investit pas dans l’armement par exemple », explique Kader Merbouh.
Enfin, la banque islamique a un rôle social. Elle investit en priorité dans le logement, les transports, le commerce et l’industrie. Elle peut collecter la zakat des clients (impôt sur la richesse au bénéfice des démunis, l’un des cinq piliers de l’Islam) pour la redistribuer aux pauvres, aux étudiants, aux hôpitaux, aux mosquées, etc.

Les banques islamiques ont-elles la cote ?
La finance islamique représente 500 milliards de dollars dans le monde, selon Farid Dahamna. C’est peu comparé à la finance conventionnelle. Son expansion repose aujourd’hui en grande partie sur l’explosion du prix du baril de pétrole dont une partie des profits alimente les circuits de la finance islamique. Trois pays se sont dotés exclusivement d’un tel système bancaire : l’Iran, le Pakistan et le Soudan. En Occident, il commence à se développer aux Etats-Unis, en Angleterre et au Canada. La première banque islamique d’Europe a vu le jour en 2004 à Londres : l’Islamic Bank of Britain (IBB). Certaines banques, comme HSBC, ont même créé des filiales musulmanes.

En France, le premier Forum de la finance islamique a été organisé le 6 décembre et certaines banques françaises, déjà sur le créneau, proposent des services financiers en accord avec l’Islam. C’est le cas d’une filiale de la BNP dans le Golfe Persique.

Y a-t-il un réel besoin pour les musulmans ?
Pour les défenseurs de la banque islamique, les musulmans de France « veulent vivre en conformité avec leur foi. Ils souhaitent une banque fondée sur la rentabilité et l’éthique, précise Kader Merbouh. Une institution financière qui n’investit pas dans n’importe quoi. »
Pourtant, en France, peu de musulmans s’interrogent sur la conformité avec l’Islam des produits financiers conventionnels. La demande est-elle forte ? « Peut-être pas tant que ça », reconnaît Boubkeur Ajdir, membre du conseil d’administration de l’Association d’Innovation pour le Développement économique et immobilier. Difficile aujourd’hui de déterminer ces besoins. Pour l’instant, les enquêtes d’opinion menées par l’association ne sont pas concluantes.

Emmanuelle Msika



Les musulmans au coeur de la bataille pour les municipales à Paris

5 01 2008

Rue Myrha à Paris, XVIIIe arrondissement, heure de la prière.Municipales. La photo est publiée cette semaine sur le site de campagne de Françoise de Panafieu. Elle montre des centaines de musulmans faisant la prière du vendredi, à l’entrée de la mosquée du XVIIIe arrondissement, rue Myrha, dans le quartier de la Goutte d’Or. “Cette image est-elle digne de Paris ?” commente la candidate à la mairie de Paris. “Chacun le sait, ces fidèles n’ont pas choisi d’être là ; ils y sont parce qu’ils n’ont pas de lieu de culte. Une situation à la fois indigne pour eux et à la fois contraire au droit, puisque la voie publique est un espace laïc qui doit rester libre pour une vie de quartier normale”, ajoute-t-elle. En pleine campagne pour les municipales, la candidate UMP a déclaré vendredi, à Télé Matin sur France 2, être favorable à la construction d’une nouvelle mosquée dans la capitale. “Aujourd’hui je constate qu’à Paris, une communauté, en tous les cas la communauté musulmane, n’a pas la possibilité d’exercer son culte de manière décente et cela donne des images comme celles que l’on voit tous les vendredis à la Goutte d’Or”, a-t-elle regretté. Le Bureau central des Cultes a confirmé à l’AFP que la mosquée de la rue Myrha était trop petite pour accueillir les fidèles le vendredi.

L’équipe de Bertrand Delanoë a aussitôt réagi à ces déclarations en attaquant “l’inaction” de l’UMP avant 2001. “Le cadre légal fixé par la loi de 1905 interdit aux collectivités territoriales, de financer directement la construction des lieux de culte”, rappelle dans un communiqué la porte-parole de campagne de Bertrand Delanoë, Anne Hidalgo. “La candidate UMP semble oublier que c’est l’actuelle municipalité qui, dès 2001, a pris à bras le corps une situation bloquée par les équipes précédentes dont Mme de Panafieu était membre.” La première adjointe au maire de Paris a évoqué les deux projets de construction de mosquée (rue de Tanger et rue Philippe de Girard, dans le XVIIIe arrondissement) et la participation à la “rénovation de la grande mosquée de Paris”. La mairie a également investi 15 millions d’euros pour financer l’Institut des cultures de l’Islam, qui doit accueillir des activités culturelles et universitaires et deux lieux de culte à partir de 2012.

Nouvelle cible de la bataille électoraliste ou vrai sujet de préoccupation, les musulmans de Paris ne peuvent que se réjouir de ces débats.

Emmanuelle Msika