Vivre en harmonie entre sa foi et son portefeuille

13 01 2008

Les musulmans ne devraient pas être clients des banques modernes car elles ne sont pas conformes aux principes défendus par l’Islam. C’est ce qu’affirme un courant conservateur né dans les pays du Golfe Persique. Cette idée émerge en France où des débats commencent à s’organiser. Exemple dimanche, boulevard Belleville, dans le XIe arrondissement de Paris : trois cadres bancaires, Kader Merbouh, Rachid Afoufou et Farid Dahmna ont présidé une conférence dans la librairie Tawhid. Leur mission : sensibiliser les musulmans au fonctionnement de la finance islamique, « fondée sur la foi et non sur l’argent ».

Conférence sur la finance islamique à Belleville

Qu’est-ce qu’une banque islamique ?
Elle se distingue d’abord des banques conventionnelles par ses interdits. Elle prohibe la spéculation, l’incertitude (comme le viager), le taux d’intérêt et l’investissement sur les interdits de l’Islam (alcool, porc, jeux de hasard…).
Elle a également des principes éthiques : « elle n’investit pas dans l’armement par exemple », explique Kader Merbouh.
Enfin, la banque islamique a un rôle social. Elle investit en priorité dans le logement, les transports, le commerce et l’industrie. Elle peut collecter la zakat des clients (impôt sur la richesse au bénéfice des démunis, l’un des cinq piliers de l’Islam) pour la redistribuer aux pauvres, aux étudiants, aux hôpitaux, aux mosquées, etc.

Les banques islamiques ont-elles la cote ?
La finance islamique représente 500 milliards de dollars dans le monde, selon Farid Dahamna. C’est peu comparé à la finance conventionnelle. Son expansion repose aujourd’hui en grande partie sur l’explosion du prix du baril de pétrole dont une partie des profits alimente les circuits de la finance islamique. Trois pays se sont dotés exclusivement d’un tel système bancaire : l’Iran, le Pakistan et le Soudan. En Occident, il commence à se développer aux Etats-Unis, en Angleterre et au Canada. La première banque islamique d’Europe a vu le jour en 2004 à Londres : l’Islamic Bank of Britain (IBB). Certaines banques, comme HSBC, ont même créé des filiales musulmanes.

En France, le premier Forum de la finance islamique a été organisé le 6 décembre et certaines banques françaises, déjà sur le créneau, proposent des services financiers en accord avec l’Islam. C’est le cas d’une filiale de la BNP dans le Golfe Persique.

Y a-t-il un réel besoin pour les musulmans ?
Pour les défenseurs de la banque islamique, les musulmans de France « veulent vivre en conformité avec leur foi. Ils souhaitent une banque fondée sur la rentabilité et l’éthique, précise Kader Merbouh. Une institution financière qui n’investit pas dans n’importe quoi. »
Pourtant, en France, peu de musulmans s’interrogent sur la conformité avec l’Islam des produits financiers conventionnels. La demande est-elle forte ? « Peut-être pas tant que ça », reconnaît Boubkeur Ajdir, membre du conseil d’administration de l’Association d’Innovation pour le Développement économique et immobilier. Difficile aujourd’hui de déterminer ces besoins. Pour l’instant, les enquêtes d’opinion menées par l’association ne sont pas concluantes.

Emmanuelle Msika