Le film anti-islam diffusé sur la toile

28 03 2008

Islamophobie. Il l’annonçait depuis novembre, il est passé à l’acte jeudi. Le député néerlandais de 44 ans, Geert Wilders, a diffusé sur le site d’échange de vidéos LiveLeak son court-métrage anti-islam intitulé “Fitna” (discorde). Il attaque sans concession la religion musulmane en répétant que l’islam est une “culture arriérée”, “incompatible avec la démocratie” et “fasciste”. Il s’amuse à comparer le Coran à Mein Kampf.

La vidéo, déjà reprise sur You Tube, diffuse des images des attentats terroristes à New York, à Madrid et à Londres, d’exécutions sommaires ou de textes du Coran justifiant des châtiments. Les journaux néerlandais se disent cependant “soulagés”, estimant que le film “va beaucoup moins loin que ce que nombreux redoutaient. Il ne déchire pas de pages du Coran et le livre saint n’est pas brûlé”, écrit le quotidien de gauche De Volkskrant.

D’extrême-droite, Geert Wilders est le leader du Parti de la liberté (PVV) au Pays-Bas. Le Premier ministre Jan Peter Balkenende “regrette” cette diffusion et se désolidarise d’une telle provocation. “Le film amalgame islam et violence, nous rejetons cette interprétation”, a-t-il-déclaré. Le gouvernement néerlandais craint surtout une vague de colère dans le monde musulman, à l’image de celle provoquée par la publication des caricatures du prophète Mahomet.

Des responsables de médias jordaniens ont déjà réagi. Ils souhaitent poursuivre Geert Wilders devant la justice jordanienne. Zakaria al cheikh, le porte-parole du collectif de défense du prophète, à appelé les dirigeants arabes qui se réunissent samedi à Damas à “dénoncer les campagnes hostiles envers l’islam et à revoir leurs relations avec les pays où ces campagnes sont lancées, notamment le Danemark et les Pays-Bas”. L’Iran a également dénoncé un film qui “démontre la poursuite d’une vendetta de la part de citoyens occidentaux contre l’islam et les musulmans”.

Emmanuelle Msika



La Thaïlande veut devenir une « cuisine halal » pour le monde

26 03 2008

Tendance. La Thaïlande veut exporter son système de certification “halal” en France, a affirmé mercredi la délégation du Royaume de Thaïlande, pays invité d’honneur au salon “Halal Expo” à Paris.

Délégation du Royaume de Thaïlande à Halal ExpoDepuis 40 ans, la Thaïlande a développé un système de pointe dans la certification des produits halal. Dans ce pays composé de six millions de musulmans (10 % de la population répartie dans les cinq provinces du sud), il existe un seul système qui permet de certifier qu’un produit est halal : le HAL-Q. Chaque matière première est traitée en amont dans un laboratoire spécialisé. “Nous faisons des vérifications physiques, organiques et chimiques”, explique le docteur Winai Dahlan, directeur du “Halal Science Center”, un laboratoire et centre d’analyse spécialisé sur l’alimentation halal. La qualité halal est ensuite certifiée par le Comité islamique central de Thaïlande.
Les laboratoires thaïlandais travaillent sous forme de réseau, ce qui permet d’adopter un système d’évaluation unique. Ce n’est pas le cas de la France, le marché est donc à développer. “On recherche des laboratoires français partenaires qui souhaitent faire ce type d’analyses et de certification”, expose Winai Dahlan. Pour ce faire, le docteur travaille avec la France depuis maintenant un an : « Nous collaborons surtout avec les mosquées de Lyon, d’Evry et de Paris », affirme-t-il.

En France, les produits halal sont de plus en plus appréciés par les consommateurs. Cette année, le salon a doublé son nombre de stands halal, d’après Antoine Bonnel, directeur du salon « Foods and Goods » dont fait partie « Halal Expo ». Il en compte désormais 70. Les produits sont surtout plus diversifiés et originaux : “le baby food, les plats cuisinés comme les nems, les produits de marque”, illustre Antoine Bonnel. Une kyrielle de nouvelles tendances.

Infos pratiques. “Halal Expo”, le Salon de l’alimentation halal. Le 26 et 27 mars 2008. De 9h à 17h. Porte de Versailles - Hall 4.

Emmanuelle Msika



Pourquoi il a quitté l’islam

23 03 2008

Accusations. Dans une lettre adressée à son journal italien, l’éditorialiste du Corriere della Sera, Magdi Allam, accuse l’islam de violence. L’ex-musulman, baptisé samedi soir par le pape Benoît XVI, explique les raisons de sa conversion au catholicisme.

Magdi Allam, éditorialiste Correire della Sera“J’ai dû prendre acte que, au delà (…) du phénomène des extrémistes et du terrorisme islamique au niveau mondial, la racine du mal est inhérente à un islam physiologiquement violent et historiquement conflictuel”, écrit-il. 

Né au Caire, le journaliste a fait ses études en Italie où il vit encore aujourd’hui. Sceptique sur sa religion, il a surtout critiqué publiquement l’islamisme et l’extrémisme musulman. “En Italie il y a des milliers de convertis à l’islam qui vivent sereinement leur foi (…) mais aussi des milliers de musulmans convertis au christianisme qui sont contraints de cacher leur nouvelle foi par peur d’être assassinés par les terrorismes islamistes, déclare Magdi Allam.  Le journaliste du Corriere della Sera a reçu de multiples menaces de mort pour ses prises de position. Il vit sous protection depuis cinq ans.

Emmanuelle Msika



La formation des imams dans l’impasse

6 03 2008

L’Institut catholique de Paris vient d’ouvrir ses portes aux imams. Cette initiative de l’Etat s’est faite en marge du Conseil français du culte musulman (CFCM). Paralysé par les rivalités internes, l’organe représentatif des musulmans de France n’a jusqu’à présent pas réussi à mettre en place une formation pour ses imams. Enquête.

Rentrée des classes : le 29 janvier dernier. Ce jour-là, vingt-cinq futurs cadres religieux musulmans ont inauguré la formation « Religion, laïcité et interculturalité » à l’Institut catholique de Paris. Parmi eux, dix-sept futurs imams vont suivre cet enseignement laïc destiné à compléter les cours théologiques reçus à la Mosquée de Paris, dans son Institut Al-Ghazali. Pendant six mois, des enseignants de la Catho les initieront au droit des religions, à l’histoire des idées républicaines, aux droits de l’homme ou encore aux politiques publiques d’intégration et de citoyenneté. Une première en France, où l’islam est la religion de cinq millions de fidèles. L’objectif, selon le directeur de la Catho, Pierre Cahné, est de « favoriser l’intégration, en transmettant l’ensemble des valeurs, des codes et des comportements qui régissent la société française. »

Curieusement, aucun média n’a été autorisé à participer à ce premier cours, afin de « préserver les étudiants ». Les protéger de quoi ? En réalité, la formation des imams est un sujet sensible.

L’islam est la deuxième religion de France, on recense officiellement plus de 1000 imams. Difficile d’avoir des chiffres précis car, contrairement au prêtre dans la religion catholique, un imam n’est pas investi par une autorité religieuse supérieure. Sa formation peut donc être universitaire, confrérique ou simplement autodidacte. C’est le cas de Mohammed G., 49 ans, qui a étudié le Coran huit heures par jour pendant dix ans en Algérie, avant de devenir imam en France. « J’étais dans une mosquée au nord de Paris, raconte-il, des fidèles ont posé des questions à l’imam qui piétinait un peu. J’ai répondu à sa place. L’imam lui-même m’a alors demandé de venir prêcher le vendredi. » En France, l’imam autodidacte n’est pas une exception. Les instituts de formation n’ont jamais réussi à faire autorité, elles manquent cruellement de moyens et de visibilité. Avec les cours dispensés à la Catho, l’Etat s’est engouffré dans la brèche. Un moyen pour lui de canaliser ces cadres religieux.

 

Des musulmans à la Catho

Le 4 janvier 2006, Didier Leschi, chef du Bureau des cultes au Ministère de l’Intérieur, contacte Olivier Bobineau, spécialiste des religions à la Catho. La Sorbonne et Assas viennent de refuser, sous couvert de laïcité, d’accueillir des imams sur les bancs de la fac. « Elles ont peur des barbus, critique Olivier Bobineau. Pas la Catho. » L’homme a ses réseaux, il accepte de porter le projet. Après deux ans de travail et de réflexion, il propose enfin un programme d’enseignements laïcs destiné aux cadres religieux musulmans : aumôniers, dirigeants d’associations et imams. Reste à trouver une autorité musulmane capable de soutenir le projet : le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, se porte volontaire. Le diplôme universitaire « Religion, laïcité et interculturalité » est sur les rails. « 80 % des imams des quelque 2000 lieux de culte viennent de l’étranger et parlent arabe alors que 90 % des fidèles sont francophones », s’exclame Djelloul Seddiki, formateur à l’Institut Al-Ghazali (Mosquée de Paris). « Pour ne pas prôner la polygamie, par exemple, l’imam, qui guide la prière et conseille les fidèles, « doit être formé à la française. »

 

Rivalités et imbroglio

La Grande Mosquée n’a pourtant pas réussi à convaincre les autres fédérations du CFCM de la rejoindre dans ce projet ambitieux. Certaines le rejettent, comme l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). « Il faut que le culte musulman sorte de la subordination. Pourquoi ces personnes ne viendraient-elles pas donner des cours dans nos instituts ? » interroge Lhaj Thami Breze, président de l’UOIF. Il ne faut pas que le CFCM devienne un outil de l’Etat français. » Mais pour Olivier Bobineau, l’UOIF s’y oppose surtout car c’est « le projet de Boubakeur».

Avec la mise en place de ce projet, les dissensions au sein du CFCM apparaissent au grand jour. Créé en décembre 2002, le conseil du culte musulman est composé de sept fédérations et cinq grandes mosquées, chacun représentant une communauté ou une tendance particulière. « Le problème, soutient Olivier Bobineau, c’est que beaucoup de responsables musulmans ne vivent pas pour l’Islam mais de l’Islam. Autrement dit, pour l’argent. Mais ont-ils le choix aujourd’hui ? » Le CFCM n’a pas réussi à dépasser les intérêts communautaires. « Il n’a pas de véritables objectifs et ne fait que réagir aux événements : le voile, les caricatures, les otages… » surenchérit Lhaj Thami Breze. Le CFCM avait pourtant mis en place une commission « formation » pour les imams et cadres religieux. Mais elle ne siège plus depuis 2005, notamment en raison des rivalités entre deux composantes qui se disputent la représentation des Marocains : le Rassemblement des musulmans de France (RMF) et la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF).

 

Des formations éclatées et chimériques

En France, il existe déjà depuis plusieurs années des formations pour les imams. Mais aucune collaboration ne se fait entre les différents établissements. En 1992, l’UOIF a créé l’Institut européen des sciences humaines dans la Nièvre et à Saint-Denis. La Mosquée de Paris, elle, gère l’Institut Al-Ghazali. L’Institut de la Pensée islamique - un centre indépendant de recherche sur l’islam contemporain - a également pour ambition de créer une formation pour les imams. Son président, Mohammed Mestiri n’hésite pas à décrire l’Institut Al-Ghazali comme une : « formation qui ne peut pas marcher car il n’y a pas de diversité. Ils sont algériens, leurs référents et objectifs viennent d’Algérie et ils ont tendance à recruter des enseignants non pas sur leurs compétences mais sur leur origine. » Aucune collaboration ne se fait entre les différents établissements.

 

L’Etat, médiateur fragile

Au milieu de cet imbroglio, l’Etat tente de mettre un peu d’ordre. Depuis la venue massive d’imams de l’étranger dans les années 1980, les gouvernements veulent canaliser les discours radicaux. Pour Bernard Godard, spécialiste de l’Islam au Bureau des cultes, l’urgence est d’apporter des connaissances aux imams qui n’ont pas d’instruction civique et qui ne parlent pas français (voir encadré ci-dessous). La formation à la Catho était la dernière carte à jouer pour l’Etat, après de nombreuses tentatives avortées pour la formation des imams : En 2004, Bernard Godard avait bien tenté de mettre en place un groupe de réflexion composé d’islamologues dont Mohammed Mestiri. Une première réunion a lieu à l’Institut de la Pensée islamique, en marge du CFCM. « Ils (l’Etat, NDLR) ont essayé de cacher leur bébé, dénonce Mohammed Mestiri. Ils nous ont dit : ne dites pas aux journalistes que c’est nous. On se rencontrait deux fois par mois et on disait que c’était une initiative personnelle. » Mais le secret est vite éventré : le Monde révèle l’existence de ce comité d’experts. Le CFCM est furieux de ne pas y avoir été associé. Résultat, le projet est abandonné. « C’est un manque de volonté politique », critique Mohammed Mestiri. « Faux », s’agace Bernard Godard, au Ministère de l’Intérieur. « L’Etat ne peut absolument pas prendre les choses en main si le CFCM n’est pas d’accord, c’est impensable ! »

Une déclaration contredite par les faits. La Catho n’a pas non plus recueilli l’unanimité au CFCM… Pourtant, l’Etat soutient le projet. Certes, cette université est privée et ce nouveau diplôme est « expérimental ». Mais le revers de la médaille, c’est que cette formation séduit des musulmans qui ont fait des études et qui ont peu de risques de tomber dans l’extrémisme. On est loin des beaux idéaux du Bureau des cultes : « Ça m’intéresserait plus d’avoir des gens dits fondamentalistes dans cette école », reconnaît Bernard Godard, résigné.

D’autres diplômes universitaires sur le modèle de la Catho sont en projet à Lille et à Aix en Provence. A Strasbourg, une faculté de théologie musulmane, initialement prévue pour 2008, a été repoussée à 2009. Mais la mairie (UMP) s’y oppose et des doutes subsistent. « Qui va enseigner la théologie ? demande Bernard Godard. Cette faculté a été décidée sans les musulmans. » Ces derniers risquent de ne pas l’accepter.

L’Etat est dans l’impasse et le CFCM se perd en divisions. Les autorités actuelles ne semblent pas prêtes à dépasser ces clivages d’intérêts. Seules les nouvelles générations, les musulmans nés en France, pourraient débloquer la situation en accédant aux postes de pouvoir. Elles s’agacent de plus en plus du manque de transparence de leurs aînés.

Emmanuelle Msika

 

 

Les imams en France (1)

- L’imam est celui qui guide la prière. Il est aussi celui qui écoute les fidèles. Il leur apporte ses connaissances et ses conseils. Il est nommé par l’association qui gère le lieu de culte.
- On recense officiellement plus de 1 000 imams en France. En réalité, ils devraient atteindre les 2 000.
- 555 exercent leur office journellement, 318 n’interviennent que le vendredi. 153 interviennent de manière occasionnelle.
- 465 ont plus de 50 ans.
- 31,3 % sont de nationalité marocaine, 20,2 % de nationalité algérienne, 19,8 % française et 13,6 % turque et 5 % africaine.
- Seul un tiers des imams possède une bonne maîtrise de la langue française.
- 65 % des imams sont bénévoles ou rémunérés par des oboles

(1) Chiffres du Bureau des Cultes au Ministère de l’Intérieur