Les portes des mosquées de Paris se sont ouvertes à tous le temps d’une soirée. Jeudi, l’Institut des cultures d’islam a diffusé un documentaire de 52 minutes, “Mosquées de Paris”, réalisé par les journalistes Jean-Michel Riera et Franck Hirsch. S’est ensuivi un débat entre le public et le photographe et réalisateur Jean-Michel Riera. Au Coran de tout y était.
C’est la première fois que vous travaillez sur la thématique de l’islam, qu’est-ce qui vous a motivé à réaliser ce documentaire ?
Jean-Michel Riera. C’est un sujet journalistique. On s’est intéressés au fonctionnement des mosquées, à leur espace, à leurs coûts, aux projets immobiliers… Le but n’était pas de faire une enquête, mais un portrait. Même si on n’adhère pas à tout ce qu’on a entendu lors du tournage, pour la première fois un film donne la parole à des gens qui ne l’ont jamais. C’est toujours des “experts de l’islam” qu’on entend, jamais les imams eux-mêmes. Personne n’est jamais rentré dans une mosquée de cette façon. Dans ce documentaire, on a montre de l’inédit, comme le fondateur de la mosquée Omar. On ne l’avait jamais vu à l’image avant.
Vous vous êtes rendu dans une dizaine de mosquées parisiennes, que recherchiez-vous ?
En réalité, je suis allé là-bas comme tous les autres journalistes : pour chercher de l’intégrisme et du jihadisme. Je n’ai rien trouvé. La raison est simple : il n’y en a pas. Les médias diabolisent l’islam parceque ça fait vendre. Si vous remplacez l’islam par le communisme, vous retrouvez exactement les mêmes discours que pendant la Guerre froide. Je ne suis pas spécialiste de l’islam ; ce n’est pas la religion qui m’intéresse, c’est plutôt l’épouvantail, ces personnes qu’on fabrique pour nous foutre la trouille. Je ne suis pas d’accord pour en subir les conséquences. Si l’épouvantail était réel, on en parlerait tous les jours.
Alors qu’y avez-vous trouvé ?
Des gens normaux. Des hommes qui font leur petit business dans leur coin, qui gèrent leur mosquée avec difficulté, qui sortent les poubelles, qui s’engueulent avec les voisins… La mosquée, c’est comme une boîte de nuit. ça fait du bruit, ça attire du monde, la porte de sortie est trop petite pour tant de personnes et de temps en temps des gens dealent dans les chiottes. Nous avons voulu banaliser la mosquée comme n’importe quel lieu.
Leurs portes vous ont-elles été ouvertes facilement ?
Le tournage a été difficile. On a mis plus de deux ans à le réaliser. Les responsables des mosquées se sont tellement fait étrier par les médias que maintenant, ils se méfient. Ils ne voulaient surtout pas être encore les dindons de la farce. La plupart des journalistes viennent pour poser des questions “sécuritaires” : l’Irak, le jihad, l’extrêmisme, c’est la seule chose qui les intéresse.
Comment avez-vous finalement réussi à gagner la confiance des responsables musulmans ?
Cela a a été un travail quotidien. Beaucoup de rencontres et de restos pour créer des liens de confiance. Il a fallu des heures de discussions avec chacun. Il n’y a pas une semaine où je ne suis pas allé à la mosquée, juste comme ça pour dire bonjour. Un vrai travail de relations publiques. La confiance s’est faite très très progressivement. On a commencé le tournage en mars dernier et les dernières images ont été filmées dix jours avant la diffusion. En fait, quelques tournages ont été facilités grâce à l’exposition photo que j’ai co-réalisée sur le même thème et qui a ouverte le 9 septembre dernier (à l’Institut des cultures d’islam). Cette exposition a été très bien reçue. Tous les imams sont venus la voir et se sont reconnus. Au final, on a terminé le montage du documentaire la veille de sa diffusion.
Etes-vous satisfait du résultat ?
Des gens se sont marrés en regardant le film. Pour un sujet sur l’islam, je trouvé ça plutôt bien. D’habitude les gens rentrent dormir chez eux, le fusil sous l’oreiller. En tout cas, on remercie nos proches, parceque c’est pas facile de manger halal tous les jours.
Propos recueillis par Emmanuelle Msika
Commentaires récents