Pèlerinage à La Mecque : les 5 conseils de la préfecture d’Ile-de-France

17 06 2008

Anti-arnaques. La préfecture d’Ile-de-France vient de publier ses conseils de prudence à destination des pèlerins à La Mecque. Elle souhaite ainsi mettre en garde contre les arnaques qui ont touché des milliers de musulmans cette année.

Conseil n°1 : “Acheter son forfait (séjour et billet d’avion) dans une agence agréée, “sans passer par un intermédiaire”

Conseil n°2 : “Préférer le paiement par chèque ou carte de crédit et en cas de paiement en liquide, demander un reçu”

Conseil n°3 : “Demander un contrat de vente du forfait, signé par le vendeur et l’acheteur”

Conseil n°4 : “Ne donner son passeport pour obtention du visa qu’à une agence agréée

Conseil n°5 : “Avant toute transaction, demander à l’agence une copie de son autorisation de vendre des produits touristiques”

La préfecture a également mis en ligne la liste des agences de voyages agréées. Cette année, le pèlerinage, qui s’effectue 70 jours après la fin du Ramadan, aura lieu début décembre.

Emmanuelle Msika



L’UOIF rassemble les musulmans au Bourget

11 05 2008

Quelque 120 000 musulmans se sont réunis au Bourget pour la 25ème rencontre annuelle des musulmans de France. Organisé par l’UOIF, le plus grand rassemblement de musulmans en France s’est étendu sur quatre jours (du 8 au 11 mai), avec pour thème : la famille. Cette année, la rencontre a été marquée par la présence de Tariq Ramadan (ci-dessous) et par l’intervention du vice-président de l’UOIF, Fouad Alaoui.

A un mois des élections du Conseil français du culte musulman, celui-ci a annoncé que le “moment du changement était arrivé”. Il souhaite que le CFCM devienne “libre et indépendant”, détaché des enjeux diplomatiques. Le candidat à la succession du président sortant Dalil Boubakeur a critiqué la “léthargie” actuelle du CFCM qui “n’arrive pas à porter un projet qui satisfasse les musulmans de France”.
Ces derniers sont des dizaines de milliers à s’être déplacés samedi pour assister aux nombreuses conférences sur la famille et pour flâner parmi les stands du salon. Un aperçu de l’événement en six photos sur la journée de samedi.

 

Tariq RamadanTrès attendu. Tariq Ramadan, professeur d’islamologie et petit-fils du fondateur des Frères musulmans, Hassan El Banna, est intervenu, pour la première fois depuis des années, au rassemblement annuel de l’UOIF. Devant des fidèles en “surnombre” selon les organisateurs, les femmes à gauche, les hommes à droite, il a défendu le mariage libre. “Le mariage forcé n’est pas islamique car le mariage c’est d’abord le consentement d’un homme et d’une femme.” Pendant quarante minute, il a répété devant un auditoire captivé que le mariage devait d’abord répondre à des envies et non à une obligation. “Trop de femmes et d’hommes pensent qu’il suffit de se marier dans la foi et les principes et finissent par se déchirer. “

Une foule médusée écoute le discours de Tariq RamadanReconnaissant que certaines femmes musulmanes n’étaient pas traitées d’égal à égal avec leur mari, il a rappelé que le Prophète Mahomet avait toujours laissé “ses femmes aller au bout de leur potentialité”. Dans le couple, “il ne faut pas que l’un se développe et l’autre se perde, a-t-il ajouté. Il faut la même autonomie et le même épanouissement”.

Photos : Alexis Jacquet

Des stands de vêtements bondés, des vendeurs débordés

Fringues à foison. Dans le salon, beaucoup de musulmanes se ruent vers les stands de vêtements. Les tuniques multicolores bon marché s’arrachent. Et les exposants sont débordés, comme ceux du stand de Kadi Mode (photo) où l’affluence ne faiblit pas depuis ce matin. Plus loin, les livres et gadgets technologiques sont aussi très prisés. Les moins sollicités sont les bénévoles qui militent pour la construction de mosquées locales. Ils tentent avec difficulté de recueillir quelques pièces en haranguant les visiteurs.

Femmes voilées. Les femmes du Comité 15 mars et libertés ont tenu un discours alarmant sur les entraves à la pratique de leur religion. Constituées en association depuis la loi du 15 mars 2004 qui interdit le voile à l’école, elles ont recueilli, depuis, de nombreux témoignages de jeunes femmes exclues des lycées. Il s’agit d’une “atteinte aux libertés religieuses”, a affirmé la présidente Fatima Ayache. “Cette loi n’est qu’un début, il va y avoir un effet de contagion.” Sans nuance, elle a déploré l’existence d’un “courant généralisé et grandissant de négation religieuse”. Le Comité 15 mars et libertés a déposé, samedi, un recours contre cette loi devant la Cour européenne des droits de l’homme.

La salle de restauration à l'heure du déjeuner Déjeuner halal. La salle de restauration est pleine à craquer. On y mange sandwich halal ou fricassés et on y boit du Mecca Cola, tout en partageant sa table avec des musulmans venus de toute l’Europe. “On mange ensemble, on partage, on fait des rencontres et tout le monde est gai”, s’exclame Halima, 52 ans, venue de Roubaix.

 

“Plein de frères et sœurs”. Chez les jeunes femmes musulmanes, le même discours revient souvent : “Ici, on se sent bien”. Fanta, Amina et ses copines sont venues écouter les prédicateurs et acheter des vêtements“Une noire voilée qui marche dans les rues de Saint-Disiez (Haute-Marne), on la regarde bizarrement”, raconte Fanta Fadiga, 16 ans (photo). On entend souvent des gens nous dire de retourner dans notre pays”. “Ici, au moins, il y a plein de frères et sœurs”, ajoute son amie, Amina (photo).

C’est également le sentiment que partage Noria, 26 ans, “soulée” par les remarques récurrentes des non musulmans. “On nous scrute, on nous demande tout le temps si on n’a pas chaud sous notre voile…” Pour elle, la femme musulmane n’est asservie à aucun homme, elle n’est “soumise qu’à Dieu”.

 

Emmanuelle Msika



Aïd el-Kebir, fête de partage

29 12 2007

Aïd el-Kebir, jour de fête chez Madame Ba. Congé et repas en famille.<br /> Crédit photo : Bo Zhang

Porte d’Ivry. Mme Ba, d’origine mauritanienne, a invité famille et amis pour célébrer l’Aïd. Tandis que les hommes sont allés prier à la Grande Mosquée de Paris à 9 heures, les femmes se sont réunies pour préparer et partager le repas.

Crédit photo : Bo Zhang

 

Aïd el-Kebir. Le 19 décembre, les familles musulmanes de la capitale ont célébré la fin du hajj (pèlerinage). L’Aïd el-Kebir, également appelée Aïd al-Adha, ou fête du sacrifice, commémore la soumission d’Ibrahim à Dieu. Ibrahim avait prouvé son dévouement à Allah en étant prêt à sacrifier son fils Ismaël.

Depuis, la religion musulmane recommande aux familles qui en ont les moyens de sacrifier un mouton (ou bélier, chèvre, mouton) en l’égorgeant sur le flanc gauche et en tournant sa tête vers La Mecque. Le sacrifice, interdit chez soi, se fait dans les abattoirs, principalement situés aux abords de la capitale.

Des personnalités sont venues rendre hommage aux musulmans de France à la Grande Mosquée de Paris. Parmi eux, la ministre de la Justice, Rachida Dati, qui a promis des “mesures concrètes” pour lutter contre les discriminations. Elle a également mis sur la liste des priorités la question de l’aumônerie musulmane pénitentiaire (voir article du 16 décembre). Le Président sénégalais, Abdoulaye Wade, et l’ambassadeur d’Algérie à Paris, Missoum Sbih, ont agréablement surpris les fidèles en participant à la prière.

 

Emmanuelle Msika



Vol Paris-Médine

5 12 2007
Title

Dimanche 2 décembre, 9 heures à l’aéroport Charles de Gaulle.

Des musulmans en route pour le pèlerinage.

Extrait.



Premiers départs pour La Mecque

5 12 2007

À l’aéroport de Roissy dimanche matin, les pèlerins font leurs adieux à leur famille avant de s’envoler vers l’Arabie Saoudite. Crainte et excitation se lisent sur les visages.
Cette année, environ 40 000 musulmans entreprennent le pèlerinage (hajj) sur la terre natale du Prophète Mahomet.

Départ des pèlerins Aéroport Charles de Gaulle

 

Reportage. Les premiers pèlerins sont arrivés vers 6 heures dimanche matin à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle pour le vol prévu Paris-Médine à 11h45. Vêtus de leur tunique blanche, le vêtement traditionnel pour le pèlerinage, hommes et femmes affluent vers le comptoir d’enregistrement des bagages de la compagnie Saudi Arabian Airlines.

Les familles sont là, autour des pèlerins. Elles font des photos de groupe, certaines s’embrassent avec émotion, d’autres filment le départ. On entend des youyous au loin. En majorité, les voyageurs ce matin ont plus de 50 ans car certains ont dû économiser des années pour pouvoir y aller. Les grandes agences de voyage spécialisées demandent environ 3 000 euros par personne. Halima a déboursé, elle, 3290 euros, repas non compris : « Celui qui a les moyens et la santé doit faire le pèlerinage », affirme-t-elle. On le fait généralement qu’une fois dans sa vie, mais quelques-uns y vont à la place de leurs proches qui ne peuvent s’y rendre. Pour Mohammed Auinh, c’est la quatrième fois : « La première, je l’ai fait pour moi, la deuxième pour ma mère qui est trop âgée pour se déplacer, la troisième pour mon père décédé. Aujourd’hui, c’est pour mon grand-père. Mes parents n’en avaient pas les moyens. »

Les raisons du départ ne sont pas toujours évidentes : pour certains, c’est une obligation, pour d’autres, comme Moqtar, 55 ans, c’est une façon de renforcer sa foi religieuse avec sa femme Halima : « Je ne pratique pas bien la religion », dit-il les larmes aux yeux, ému. Avant de partir, il a demandé pardon à tout son entourage : voisins, famille, amis car lorsqu’il reviendra de La Mecque, il s’engage à ne plus commettre de péchés. Ce recadrage religieux est l’une des raisons pour lesquelles les musulmans font le hajj. Il n’y a pas d’âge pour partir, il y en a même qui décollent à 70 ans, à en voir deux vieilles femmes en fauteuil roulant.

Les plus jeunes regardent partir leurs parents avec inquiétude et fierté. Un groupe de pèlerins fait ses dernières invocations pour se protéger. Tawfik, 36 ans, accompagne sa mère Latifa, ses oncles et ses tantes. « On n’est jamais sûr de les voir revenir, j’ai peur », avoue-t-il en regardant sa mère. Le pèlerinage est un voyage éprouvant, l’an dernier la mère d’une de ses amies n’a pas survécu à la fatigue. 16 autres pèlerins sont morts fortuitement dans l’effondrement d’un immeuble à La Mecque. Mais « c’est le rêve de tout musulman d’aller à La Mecque », ajoute-t-il inébranlable. Cette année Tawfik n’a pas pu prendre ses congés pour partir.

« Inch’Allah l’année prochaine. »

 

Emmanuelle Msika



Parcours d’un jeune converti à l’Islam

18 11 2007

Témoignage. C’était un jeudi, au printemps dernier. Jeune blond aux yeux bleus, Abdallah récitait sa chahada (profession de foi) devant l’imam de la mosquée de Bobigny. Cette conversion à l’Islam était « une formalité » : « Je me suis converti mais dans mon cœur je l’étais déjà, raconte-t-il, il n’y a pas eu un avant et un après. »

Le jeune homme de 23 ans préfère taire son nom français car ses parents ne sont pas encore au courant. Depuis trois ans, Abdallah (« serviteur de Dieu ») pratique la religion musulmane en toute discrétion : il fait ses cinq prières par jour, il va à la mosquée et il se réunit chaque jeudi et samedi soir avec les membres de la confrérie soufie Tidjaniya. Le soufisme, un mouvement spirituel de l’Islam fondé sur l’amour de Dieu, est devenu sa voie.

 

chahada
la chahada

 

“Au début, je voulais être moine bouddhiste”

Abdallah a commencé à s’interroger sur la religion à l’adolescence. Il a dévoré de nombreux livres sur le bouddhisme avant de s’intéresser à l’hindouisme, au judaïsme puis au christianisme. Finalement, c’est à l’Islam qu’il s’est accroché. Il y voit une religion complète où il ne manque rien : « un cadre rigoureux, des règles strictes, une spiritualité forte », affirme-t-il. Difficile pour lui aujourd’hui d’expliquer davantage son attirance pour la religion musulmane et le soufisme en particulier. Il sait juste qu’il « ne pense qu’à Dieu ». Il jongle alors chaque jour entre sa foi, ses études et surtout ses parents

Abdallah

Abdallah vient d’une famille catholique au nord de Paris. Baptisé, il a même suivi les cours de catéchisme. Aujourd’hui, l’étudiant en fac de droit à Sceaux (Hauts-de-Seine) est hébergé par ses grands-parents en banlieue parisienne. Sa famille est ouverte d’esprit et connaît son attirance pour l’Islam mais pour l’instant, il estime qu’il est trop tôt pour leur parler de sa conversion : « ils ne savent pas que je fais la prière mais ils ont vu mes livres et m’en achètent parfois », explique-t-il. Une fois, sa mère a même cuisiné de la viande halal pour lui faire plaisir.

 

Vivre sa religion en privé. Même ses amis non musulmans ne savent pas : « je n’ai pas honte mais c’est personnel. On n’est pas musulman pour le crier. L’Islam c’est entre toi et Dieu et personne d’autre », dit-il. Chaque matin, avant les cours, il se lève pour faire ses ablutions et la prière de l’aube. Un geste qui n’est pas encore naturel : « je sais que c’est bien mais j’ai envie de faire autre chose. Petit à petit, ça va devenir un plaisir », espère-t-il. Il lui arrive encore de douter et de se dire que « tout ça ne sert à rien» mais ses doutes sont éphémères. Après la fac, il rattrape les prières manquées pendant la journée et fréquente la mosquée dès qu’il peut avec ses amis musulmans. « J’ai encore du mal à y aller tout seul », murmure-t-il. Dans la salle de prière, le regard des autres le gène : Abdallah est timide et n’aime pas attirer l’attention. Le jeune homme qui ne connaît pour l’instant que trois sourates du Coran veut se fondre dans la masse en devenant un musulman aguerri. Il pense déjà à faire le grand voyage religieux : le pèlerinage à la Mecque.

 

Emmanuelle Msika