Elections du CFCM, la Grande Mosquée refuse d’y participer

3 05 2008

La Grande Mosquée de ParisElections. La Grande Mosquée de Paris refuse de participer aux élections du Conseil français du culte musulman (CFCM), prévues le 8 juin prochain. Elle a qualifié d’”iniques” les critères de représentativité de l’organe représentatif des musulmans de France, lors d’une conférence de presse samedi 3 mai. Elle conteste surtout le mode de désignation des délégués qui votent pour la constitution des Conseil régionaux du culte musulman (CRCM), étape préliminaire aux élections du CFCM.

Le nombre de délégués est calculé en fonction de la surface des lieux de culte : 1000 m² donne droit à 10 délégués. La Mosquée de Paris estime que cela profite surtout à “des lieux de culte récemment édifiés, en périphérie urbaine voire dans les campagnes, qui ont des surfaces importantes” et favorise “l’émergence d’une représentativité qui ne reflète en rien la sociologie de l’islam”. En conséquence, elle “ne peut admettre de se voir reléguée à un rôle secondaire et une place insignifiante, voire fantomatique”.

Dalil Boubakeur, le président du CFCM, a par ailleurs rappelé que cela fait “des années” qu’ils dénoncent “ces critères de représentativité comme injustes”. De son côté, le ministère de l’Intérieur, qui souhaite que toutes les instances musulmanes participent à ces élections, a affirmé à l’AFP que ces critères sont fixés par le CFCM lui-même. Il a ajouté que, depuis 2003, “aucune initiative” n’avait été prise par sa présidence pour les modifier.

Emmanuelle Msika



Les filles voilées parlent

28 04 2008

Les filles voilées parlentTémoignages. Elles ont toutes choisi de porter le voile. Sans soumission ni pression. Dans Les filles voilées parlent, 44 femmes musulmanes de France racontent ce qu’elles ont vécu après la loi du 15 mars 2004, interdisant les signes religieux ostensibles dans les lieux publics. Cet ouvrage, selon l’un des auteurs, Pierre Tevanian, c’est l’histoire de “celles pour qui les mots d’ordre d’”interdiction des signes ostensibles” ou de “neutralité de l’espace public” n’ont été synonymes ni de “réaffirmation de la laïcité” ni d’”émancipation” ni de “promotion du vivre ensemble”, mais tout simplement, prosaïquement, d’humiliation, d’exclusion, d’injures ou même d’agressions.”

Celles qui ont accepté de parler sont des lycéennes expulsées, des mamans voilées “humiliées” et des femmes actives “discriminées”. Extraits :

Lamia, en première au lycée de Trappes (Yvelines) : Dans le règlement intérieur, ils avaient écrit “interdiction de tout couvre-chef”, mais en fait c’était : “couvre-chef interdit aux musulmanes”. Au début de l’année, ils faisaient la chasse aux bandeaux, aux casquettes et à tout couvre-chef, mais dès qu’ils se sont débarrassés de nous, ils ont laissé des filles porter des bandeaux. Ils ont même accepté des grandes boucles d’oreilles en forme de croix. Ça passait inaperçu, alors que pour nous, il y avait des radars à l’entrée, qui nous attendaient toute la journée.

Etre enfermée pendant deux mois dans une salle, sans profs, sans travail, sans conseils, c’est une pression énorme. On voit les jours passer, on prend du retard, avec le proviseur qui demande sans arrêt : “Alors, vous l’enlevez ?” C’est dur.

Keltoum, au lycée de Mantes-la-Jolie (Yvelines) : La manière dont on nous a traitées et dont on nous a parlé m’a vraiment blessée, agressée, humiliée. Nous enfermer dans une salle à l’écart, comme des bêtes enragées, nous priver de scolarité (alors que c’était l’année du bac), subir menaces et pression de la part de l’équipe pédagogique, tout cela a été psychologiquement très dur.

Melaaz, lycéenne à Paris : J’ai perdu toute confiance en moi : car lorsque la société entière et les médias nous montrent comme des filles soumises, fragiles et “marginales”, on finit forcément par le croire et par s’auto-exclure de la société. On perd tout espoir en l’avenir. C’est une véritable blessure psychologique, impossible à cicatriser.

Sfane, Montreuil-sous-Bois : J’avais des tas de projets, mais la société me rejette ! Je voulais devenir une scientifique, mais avec un foulard, est-ce possible ? […] On ne s’est jamais adressé à nous pour savoir pourquoi le foulard était si important pour nous, et pourquoi ça nous faisait si mal de l’enlever.

Naima, lycéenne à Orly (Val-de-Marne) : Voile = symbole de l’inégalité entre l’homme et la femme ? Mais pour qui nous prend-on ? Pour des arriérées qu’il faut civiliser parce que nous ne savons pas, nous, que nous sommes des femmes, et que nous n’avons pas à nous rabaisser devant les hommes ? […] J’ai envie de crier, car tout cela s’est passé sans que nous n’ayons rien pu faire. Nos souffrances, on s’en fout.

Malika, mère de deux enfants, interdite d’accompagnement scolaire pour port de voile, Montreuil-sous-Bois : Quel regard les autres enfants vont-ils porter sur cet enfant dont la maman n’a pas “le droit” d’accompagner ? Quel regard l’enfant va-t-il porter sur cette école qui choisit entre les “bonnes” et les “mauvaises” mamans ? Quel regard va-t-il porter sur sa mère ? Mon fils a beaucoup souffert de me voir exclue.

Infos pratiques : Les filles voilées parlent, Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian. Edition La fabrique, 2008. 18 euros.

Emmanuelle Msika



La reine Rania de Jordanie : “Nous devons nous débarrasser des stéréotypes”

7 04 2008

Paix. Engagée pour la paix entre les peuples, la Reine Rania Al-Abdullah de Jordanie, était à la Sorbonne dimanche matin, invitée de la Cité de la Réussite.

Dans un discours porteur d’espoir, elle a appelé l’Occident et l’Orient à se rapprocher. “Nous voulons chacun améliorer nos relations respectives, mais personne ne s’en rend compte”, a souligné l’épouse du roi Abdallah II de Jordanie. Elle a souhaité briser les préjugés sur la religion musulmane trop souvent dévoyée à l’Ouest. Un islam pacifique, qui, a-t-elle dit, est dissocié des extrémistes, “ceux qui prétendent à tort agir au nom de l’islam” et incompatible avec les crimes d’honneur, qui sont “inacceptables”.

La reine Rania Al-Abdullah de Jordanie à la Sorbonne“Nous devons nous débarrasser des stéréotypes”, s’est-elle exclamée. “Bien sûr, il y a toujours la peur de l’inconnu, et la première réaction face à cela est l’appréhension, l’éloignement, l’isolement. Mais il faut faire un effort. De l’autre côté de ces craintes, il y a la liberté. Je veux montrer les qualités de cette partie du monde qui est la mienne.”

Rania de Jordanie, devenue la plus jeune reine du monde en 1993, est engagée dans de nombreuses organisations de bienfaisance, en faveur des enfants (à l’Unicef) comme pour l’éducation des filles. “Il y a encore des défis pour les femmes”, a-t-elle reconnu. “Participer au monde politique, faire des études supérieures… Mais il y a des progrès. La femme moyenne jordanienne n’a pas la même position que la femme française mais elle a quand même des choses à dire. L’erreur est surtout de croire que toutes les femmes du monde arabe rencontrent les mêmes problèmes.”

Les porteurs des changements à venir, ce sont les plus jeunes, selon la reine. La semaine dernière, elle a lancé une vidéo sur YouTube pour encourager le dialogue interculturel. Ce dimanche, elle a interpellé les plus jeunes : “C’est à vous de décider si vous voulez que ce monde soit divisé. Vous pouvez devenir les champions de la paix, faire tomber les barrières de peur et de méfiance.” Convaincue que l’acceptation du multiculturalisme se fera grâce aux nouvelles générations, elle a souhaité leur rappeler, qu’avant tout, “l’islam est une vibrante mosaïque de cultures”.

Emmanuelle Msika

Photo : Alexis Jacquet



Les nouveaux jardins de la Grande Mosquée

5 04 2008

Végétation. La Grande Mosquée fait peau neuve. Ses jardins viennent d’être rénovés après trois ans de vide végétal. Pour la première fois, la mosquée de Paris a réussi à concilier art du jardin arabe et climat parisien.

Jardins de la grande mosquéeDepuis l’entrée de la mosquée, par la place du Puits de l’Ermite, les jardins de la cour d’honneur se laissent entrevoir. D’influence hispano-mauresque, ils sont conçus comme un havre de paix préservé. Des fontaines, des bassins et des canaux axiaux agrémentent la cour et les rayons du soleil se réfléchissent sur les murs blancs qui l’entourent. Mais ce qui fait tout le charme de ces jardins, c’est la végétation, tout juste replantée, comme les glycines, le figuier, le magnolia, les grenadiers ou l’ensemble de jeunes fruitiers. « Tout était déséquilibré, les mosaïques fissurées, le carrelage fracassé et beaucoup de plantes n’ont pas survécu au climat », déplore Zoubir Salhi, des services généraux de la Grande Mosquée. « Il a fallu retrouver des essences et des arbres pour faire un jardin de type hispano-mauresque tout en tenant compte du climat parisien », ajoute-il.

Les jardins de la Grande MosquéeÀ l’origine de ce travail, une historienne des jardins de France : Isabelle Levêque, qui s’est plongée dans les archives du lieu. Une étape indispensable pour préserver la culture musulmane. Elle s’est aussi inspirée de modèles étrangers, comme l’Alhambra, pour retrouver les ornements et plantations traditionnels : bordures de parterres, grands arbres, plantes en pot et cyprès d’Italie.

Les glycines, le long des galeries, sont les seuls vestiges conservés dans la cour d’honneur. Tout ce qui n’avait « pas de sens dans ce jardin », comme le laurier, le chêne ou les bambous, a été éliminé. L’administration de la mosquée n’a pas non plus souhaité planter d’arbres fruitiers, pour éviter que les visiteurs ne viennent y cueillir les fruits. Pourtant, on aperçoit des orangers dans des pots de terre, car un retraité, habitué de la Grande mosquée, est venu les planter discrètement. « On ne les a pas déterrés pour ne pas lui faire de la peine », explique Zoubir Salhi, irrité. « Mais je pique une colère quand j’arrive le lundi et que je trouve une nouvelle plante ! » Et cela arrive souvent, car dans ces jardins, chacun aime apporter sa pierre.

Emmanuelle Msika



Le film anti-islam diffusé sur la toile

28 03 2008

Islamophobie. Il l’annonçait depuis novembre, il est passé à l’acte jeudi. Le député néerlandais de 44 ans, Geert Wilders, a diffusé sur le site d’échange de vidéos LiveLeak son court-métrage anti-islam intitulé “Fitna” (discorde). Il attaque sans concession la religion musulmane en répétant que l’islam est une “culture arriérée”, “incompatible avec la démocratie” et “fasciste”. Il s’amuse à comparer le Coran à Mein Kampf.

La vidéo, déjà reprise sur You Tube, diffuse des images des attentats terroristes à New York, à Madrid et à Londres, d’exécutions sommaires ou de textes du Coran justifiant des châtiments. Les journaux néerlandais se disent cependant “soulagés”, estimant que le film “va beaucoup moins loin que ce que nombreux redoutaient. Il ne déchire pas de pages du Coran et le livre saint n’est pas brûlé”, écrit le quotidien de gauche De Volkskrant.

D’extrême-droite, Geert Wilders est le leader du Parti de la liberté (PVV) au Pays-Bas. Le Premier ministre Jan Peter Balkenende “regrette” cette diffusion et se désolidarise d’une telle provocation. “Le film amalgame islam et violence, nous rejetons cette interprétation”, a-t-il-déclaré. Le gouvernement néerlandais craint surtout une vague de colère dans le monde musulman, à l’image de celle provoquée par la publication des caricatures du prophète Mahomet.

Des responsables de médias jordaniens ont déjà réagi. Ils souhaitent poursuivre Geert Wilders devant la justice jordanienne. Zakaria al cheikh, le porte-parole du collectif de défense du prophète, à appelé les dirigeants arabes qui se réunissent samedi à Damas à “dénoncer les campagnes hostiles envers l’islam et à revoir leurs relations avec les pays où ces campagnes sont lancées, notamment le Danemark et les Pays-Bas”. L’Iran a également dénoncé un film qui “démontre la poursuite d’une vendetta de la part de citoyens occidentaux contre l’islam et les musulmans”.

Emmanuelle Msika



La Thaïlande veut devenir une « cuisine halal » pour le monde

26 03 2008

Tendance. La Thaïlande veut exporter son système de certification “halal” en France, a affirmé mercredi la délégation du Royaume de Thaïlande, pays invité d’honneur au salon “Halal Expo” à Paris.

Délégation du Royaume de Thaïlande à Halal ExpoDepuis 40 ans, la Thaïlande a développé un système de pointe dans la certification des produits halal. Dans ce pays composé de six millions de musulmans (10 % de la population répartie dans les cinq provinces du sud), il existe un seul système qui permet de certifier qu’un produit est halal : le HAL-Q. Chaque matière première est traitée en amont dans un laboratoire spécialisé. “Nous faisons des vérifications physiques, organiques et chimiques”, explique le docteur Winai Dahlan, directeur du “Halal Science Center”, un laboratoire et centre d’analyse spécialisé sur l’alimentation halal. La qualité halal est ensuite certifiée par le Comité islamique central de Thaïlande.
Les laboratoires thaïlandais travaillent sous forme de réseau, ce qui permet d’adopter un système d’évaluation unique. Ce n’est pas le cas de la France, le marché est donc à développer. “On recherche des laboratoires français partenaires qui souhaitent faire ce type d’analyses et de certification”, expose Winai Dahlan. Pour ce faire, le docteur travaille avec la France depuis maintenant un an : « Nous collaborons surtout avec les mosquées de Lyon, d’Evry et de Paris », affirme-t-il.

En France, les produits halal sont de plus en plus appréciés par les consommateurs. Cette année, le salon a doublé son nombre de stands halal, d’après Antoine Bonnel, directeur du salon « Foods and Goods » dont fait partie « Halal Expo ». Il en compte désormais 70. Les produits sont surtout plus diversifiés et originaux : “le baby food, les plats cuisinés comme les nems, les produits de marque”, illustre Antoine Bonnel. Une kyrielle de nouvelles tendances.

Infos pratiques. “Halal Expo”, le Salon de l’alimentation halal. Le 26 et 27 mars 2008. De 9h à 17h. Porte de Versailles - Hall 4.

Emmanuelle Msika



Pourquoi il a quitté l’islam

23 03 2008

Accusations. Dans une lettre adressée à son journal italien, l’éditorialiste du Corriere della Sera, Magdi Allam, accuse l’islam de violence. L’ex-musulman, baptisé samedi soir par le pape Benoît XVI, explique les raisons de sa conversion au catholicisme.

Magdi Allam, éditorialiste Correire della Sera“J’ai dû prendre acte que, au delà (…) du phénomène des extrémistes et du terrorisme islamique au niveau mondial, la racine du mal est inhérente à un islam physiologiquement violent et historiquement conflictuel”, écrit-il. 

Né au Caire, le journaliste a fait ses études en Italie où il vit encore aujourd’hui. Sceptique sur sa religion, il a surtout critiqué publiquement l’islamisme et l’extrémisme musulman. “En Italie il y a des milliers de convertis à l’islam qui vivent sereinement leur foi (…) mais aussi des milliers de musulmans convertis au christianisme qui sont contraints de cacher leur nouvelle foi par peur d’être assassinés par les terrorismes islamistes, déclare Magdi Allam.  Le journaliste du Corriere della Sera a reçu de multiples menaces de mort pour ses prises de position. Il vit sous protection depuis cinq ans.

Emmanuelle Msika



La formation des imams dans l’impasse

6 03 2008

L’Institut catholique de Paris vient d’ouvrir ses portes aux imams. Cette initiative de l’Etat s’est faite en marge du Conseil français du culte musulman (CFCM). Paralysé par les rivalités internes, l’organe représentatif des musulmans de France n’a jusqu’à présent pas réussi à mettre en place une formation pour ses imams. Enquête.

Rentrée des classes : le 29 janvier dernier. Ce jour-là, vingt-cinq futurs cadres religieux musulmans ont inauguré la formation « Religion, laïcité et interculturalité » à l’Institut catholique de Paris. Parmi eux, dix-sept futurs imams vont suivre cet enseignement laïc destiné à compléter les cours théologiques reçus à la Mosquée de Paris, dans son Institut Al-Ghazali. Pendant six mois, des enseignants de la Catho les initieront au droit des religions, à l’histoire des idées républicaines, aux droits de l’homme ou encore aux politiques publiques d’intégration et de citoyenneté. Une première en France, où l’islam est la religion de cinq millions de fidèles. L’objectif, selon le directeur de la Catho, Pierre Cahné, est de « favoriser l’intégration, en transmettant l’ensemble des valeurs, des codes et des comportements qui régissent la société française. »

Curieusement, aucun média n’a été autorisé à participer à ce premier cours, afin de « préserver les étudiants ». Les protéger de quoi ? En réalité, la formation des imams est un sujet sensible.

L’islam est la deuxième religion de France, on recense officiellement plus de 1000 imams. Difficile d’avoir des chiffres précis car, contrairement au prêtre dans la religion catholique, un imam n’est pas investi par une autorité religieuse supérieure. Sa formation peut donc être universitaire, confrérique ou simplement autodidacte. C’est le cas de Mohammed G., 49 ans, qui a étudié le Coran huit heures par jour pendant dix ans en Algérie, avant de devenir imam en France. « J’étais dans une mosquée au nord de Paris, raconte-il, des fidèles ont posé des questions à l’imam qui piétinait un peu. J’ai répondu à sa place. L’imam lui-même m’a alors demandé de venir prêcher le vendredi. » En France, l’imam autodidacte n’est pas une exception. Les instituts de formation n’ont jamais réussi à faire autorité, elles manquent cruellement de moyens et de visibilité. Avec les cours dispensés à la Catho, l’Etat s’est engouffré dans la brèche. Un moyen pour lui de canaliser ces cadres religieux.

 

Des musulmans à la Catho

Le 4 janvier 2006, Didier Leschi, chef du Bureau des cultes au Ministère de l’Intérieur, contacte Olivier Bobineau, spécialiste des religions à la Catho. La Sorbonne et Assas viennent de refuser, sous couvert de laïcité, d’accueillir des imams sur les bancs de la fac. « Elles ont peur des barbus, critique Olivier Bobineau. Pas la Catho. » L’homme a ses réseaux, il accepte de porter le projet. Après deux ans de travail et de réflexion, il propose enfin un programme d’enseignements laïcs destiné aux cadres religieux musulmans : aumôniers, dirigeants d’associations et imams. Reste à trouver une autorité musulmane capable de soutenir le projet : le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, se porte volontaire. Le diplôme universitaire « Religion, laïcité et interculturalité » est sur les rails. « 80 % des imams des quelque 2000 lieux de culte viennent de l’étranger et parlent arabe alors que 90 % des fidèles sont francophones », s’exclame Djelloul Seddiki, formateur à l’Institut Al-Ghazali (Mosquée de Paris). « Pour ne pas prôner la polygamie, par exemple, l’imam, qui guide la prière et conseille les fidèles, « doit être formé à la française. »

 

Rivalités et imbroglio

La Grande Mosquée n’a pourtant pas réussi à convaincre les autres fédérations du CFCM de la rejoindre dans ce projet ambitieux. Certaines le rejettent, comme l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). « Il faut que le culte musulman sorte de la subordination. Pourquoi ces personnes ne viendraient-elles pas donner des cours dans nos instituts ? » interroge Lhaj Thami Breze, président de l’UOIF. Il ne faut pas que le CFCM devienne un outil de l’Etat français. » Mais pour Olivier Bobineau, l’UOIF s’y oppose surtout car c’est « le projet de Boubakeur».

Avec la mise en place de ce projet, les dissensions au sein du CFCM apparaissent au grand jour. Créé en décembre 2002, le conseil du culte musulman est composé de sept fédérations et cinq grandes mosquées, chacun représentant une communauté ou une tendance particulière. « Le problème, soutient Olivier Bobineau, c’est que beaucoup de responsables musulmans ne vivent pas pour l’Islam mais de l’Islam. Autrement dit, pour l’argent. Mais ont-ils le choix aujourd’hui ? » Le CFCM n’a pas réussi à dépasser les intérêts communautaires. « Il n’a pas de véritables objectifs et ne fait que réagir aux événements : le voile, les caricatures, les otages… » surenchérit Lhaj Thami Breze. Le CFCM avait pourtant mis en place une commission « formation » pour les imams et cadres religieux. Mais elle ne siège plus depuis 2005, notamment en raison des rivalités entre deux composantes qui se disputent la représentation des Marocains : le Rassemblement des musulmans de France (RMF) et la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF).

 

Des formations éclatées et chimériques

En France, il existe déjà depuis plusieurs années des formations pour les imams. Mais aucune collaboration ne se fait entre les différents établissements. En 1992, l’UOIF a créé l’Institut européen des sciences humaines dans la Nièvre et à Saint-Denis. La Mosquée de Paris, elle, gère l’Institut Al-Ghazali. L’Institut de la Pensée islamique - un centre indépendant de recherche sur l’islam contemporain - a également pour ambition de créer une formation pour les imams. Son président, Mohammed Mestiri n’hésite pas à décrire l’Institut Al-Ghazali comme une : « formation qui ne peut pas marcher car il n’y a pas de diversité. Ils sont algériens, leurs référents et objectifs viennent d’Algérie et ils ont tendance à recruter des enseignants non pas sur leurs compétences mais sur leur origine. » Aucune collaboration ne se fait entre les différents établissements.

 

L’Etat, médiateur fragile

Au milieu de cet imbroglio, l’Etat tente de mettre un peu d’ordre. Depuis la venue massive d’imams de l’étranger dans les années 1980, les gouvernements veulent canaliser les discours radicaux. Pour Bernard Godard, spécialiste de l’Islam au Bureau des cultes, l’urgence est d’apporter des connaissances aux imams qui n’ont pas d’instruction civique et qui ne parlent pas français (voir encadré ci-dessous). La formation à la Catho était la dernière carte à jouer pour l’Etat, après de nombreuses tentatives avortées pour la formation des imams : En 2004, Bernard Godard avait bien tenté de mettre en place un groupe de réflexion composé d’islamologues dont Mohammed Mestiri. Une première réunion a lieu à l’Institut de la Pensée islamique, en marge du CFCM. « Ils (l’Etat, NDLR) ont essayé de cacher leur bébé, dénonce Mohammed Mestiri. Ils nous ont dit : ne dites pas aux journalistes que c’est nous. On se rencontrait deux fois par mois et on disait que c’était une initiative personnelle. » Mais le secret est vite éventré : le Monde révèle l’existence de ce comité d’experts. Le CFCM est furieux de ne pas y avoir été associé. Résultat, le projet est abandonné. « C’est un manque de volonté politique », critique Mohammed Mestiri. « Faux », s’agace Bernard Godard, au Ministère de l’Intérieur. « L’Etat ne peut absolument pas prendre les choses en main si le CFCM n’est pas d’accord, c’est impensable ! »

Une déclaration contredite par les faits. La Catho n’a pas non plus recueilli l’unanimité au CFCM… Pourtant, l’Etat soutient le projet. Certes, cette université est privée et ce nouveau diplôme est « expérimental ». Mais le revers de la médaille, c’est que cette formation séduit des musulmans qui ont fait des études et qui ont peu de risques de tomber dans l’extrémisme. On est loin des beaux idéaux du Bureau des cultes : « Ça m’intéresserait plus d’avoir des gens dits fondamentalistes dans cette école », reconnaît Bernard Godard, résigné.

D’autres diplômes universitaires sur le modèle de la Catho sont en projet à Lille et à Aix en Provence. A Strasbourg, une faculté de théologie musulmane, initialement prévue pour 2008, a été repoussée à 2009. Mais la mairie (UMP) s’y oppose et des doutes subsistent. « Qui va enseigner la théologie ? demande Bernard Godard. Cette faculté a été décidée sans les musulmans. » Ces derniers risquent de ne pas l’accepter.

L’Etat est dans l’impasse et le CFCM se perd en divisions. Les autorités actuelles ne semblent pas prêtes à dépasser ces clivages d’intérêts. Seules les nouvelles générations, les musulmans nés en France, pourraient débloquer la situation en accédant aux postes de pouvoir. Elles s’agacent de plus en plus du manque de transparence de leurs aînés.

Emmanuelle Msika

 

 

Les imams en France (1)

- L’imam est celui qui guide la prière. Il est aussi celui qui écoute les fidèles. Il leur apporte ses connaissances et ses conseils. Il est nommé par l’association qui gère le lieu de culte.
- On recense officiellement plus de 1 000 imams en France. En réalité, ils devraient atteindre les 2 000.
- 555 exercent leur office journellement, 318 n’interviennent que le vendredi. 153 interviennent de manière occasionnelle.
- 465 ont plus de 50 ans.
- 31,3 % sont de nationalité marocaine, 20,2 % de nationalité algérienne, 19,8 % française et 13,6 % turque et 5 % africaine.
- Seul un tiers des imams possède une bonne maîtrise de la langue française.
- 65 % des imams sont bénévoles ou rémunérés par des oboles

(1) Chiffres du Bureau des Cultes au Ministère de l’Intérieur




Les maires priés de créer des carrés confessionnels

27 02 2008

Funéraire. La ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a demandé aux maires de favoriser la création de carrés musulmans et juifs dans les cimetières. Dans une circulaire du 19 février, elle souligne que « si le principe de laïcité des lieux publics, en particulier des cimetières, doit être clairement affirmé, il apparaît souhaitable, par souci d’intégration des familles issues de l’immigration, de favoriser l’inhumation de leurs proches sur le territoire français. »

En France, on compte 70 carrés musulmans dans les cimetières. C’est peu pour une population comprenant plus de cinq millions de musulmans. A défaut, la plupart des familles d’origine étrangère renvoient le corps du défunt dans son pays d’origine. Les autres doivent accepter une inhumation pas toujours conforme aux règles religieuses (l’orientation des tombes, la durée illimitée des sépultures, etc.).

La ministre a donc décidé de rappeler aux maires, qui assurent la police des funérailles et des cimetières, d’encourager le rapprochement des personnes de même confession. « Le développement d’espaces confessionnels me paraît être la solution à privilégier pour résoudre les difficultés qui me sont le plus souvent signalées, » a-t-elle affirmé tout en rappelant le caractère laïc des parties communes des cimetières.

Emmanuelle Msika



Confidences à Allah

24 02 2008

Confidences à Allah, de Saphia AzzeddineMonologue. Confidences à Allah est le premier roman de Saphia Azzeddine. C’est un livre léger, drôle, cru jusqu’à rendre mal à l’aise parfois.

Il dessine l’histoire d’une pauvre bergère maghrébine, Jbara. Une fille de 16 ans, socialement condamnée : elle n’a pas d’argent, pas d’éducation et vit dans un village paumé. Son seul confident, c’est Allah.

Je Lui en veux un peu à Allah de m’avoir laissée pourrir dans ce trou à rats. A droite il y a des montagnes, à gauche il y a des montagnes. Et au milieu, il y a nous, notre tente en peau de chèvre et notre troupeau de brebis.

Elle a une foi inébranlable en Allah, elle lui parle continuellement sans jamais s’y soumettre. Elle commente sa vie, perpétuel mélange de sujétion à l’homme et de liberté. Elle défie et rejette son dieu quand sa vie s’enfonce dans le miséreux. Mais pour elle, les mauvais choix ne sont que la faute des hommes. Et maudits soient ceux qui se servent de cette religion pour justifier leurs actes.

Extraits :

Un fkih c’est en général le plus idiot du village qui ne veut pas bosser pour de vrai alors un jour il décide de devenir imam. […] Les fkih ce sont des dangers publics qui bouffent gratos, qui vivent à l’œil sur le dos des pauvres et des ignorants. De vrais enfoirés que tous les pauvres gens respectent et craignent, en plus. Mon père le premier.

L’auteure conserve cette liberté d’écriture tout au long de son roman.

Le fkih, ce fils de pute, il lui a dit que la chose la plus haram du haram (péché, NDLR) c’est de ne plus être vierge. Décidément ! Dans l’absolu, moi je ne vois pas ce que ça change d’être trouée ou pas, mais apparemment ce trou-là est au centre du monde depuis des milliers d’années. Ça obsède tous les bonhommes. Et c’est même pas le leur, bordel !

Pour en savoir plus sur l’auteure, voici un entretien avec Saphia Azzeddine réalisé par les éditions Léo Sheer, le 8 janvier dernier :

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Emmanuelle Msika