Pèlerinage à La Mecque : les 5 conseils de la préfecture d’Ile-de-France

17 06 2008

Anti-arnaques. La préfecture d’Ile-de-France vient de publier ses conseils de prudence à destination des pèlerins à La Mecque. Elle souhaite ainsi mettre en garde contre les arnaques qui ont touché des milliers de musulmans cette année.

Conseil n°1 : “Acheter son forfait (séjour et billet d’avion) dans une agence agréée, “sans passer par un intermédiaire”

Conseil n°2 : “Préférer le paiement par chèque ou carte de crédit et en cas de paiement en liquide, demander un reçu”

Conseil n°3 : “Demander un contrat de vente du forfait, signé par le vendeur et l’acheteur”

Conseil n°4 : “Ne donner son passeport pour obtention du visa qu’à une agence agréée

Conseil n°5 : “Avant toute transaction, demander à l’agence une copie de son autorisation de vendre des produits touristiques”

La préfecture a également mis en ligne la liste des agences de voyages agréées. Cette année, le pèlerinage, qui s’effectue 70 jours après la fin du Ramadan, aura lieu début décembre.

Emmanuelle Msika



Ghaleb Bencheikh : “La persécution des chrétiens d’Algérie doit cesser”

14 06 2008

Indignation. Habiba Kouider, une Algérienne de 37 ans, s’est convertie au christianisme. Le 1er juin dernier, elle est interpellée par des policiers en civil qui découvrent plusieurs bibles dans son sac. Mise en examen pour ”prosélytisme”, elle est toujours dans l’attente du jugement, par le tribunal de Tiaret (sud ouest de l’Algérie). Le procureur a requis 3 ans de prison ferme.

Comme elle, 4 chrétiens algériens de Tiaret ont été jugés pour le même motif. Eux, ont été condamnés mardi 3 juin à des peines allant de 2 à 6 mois de prison avec sursis et des amendes de 1000 à 2000 euros pour “pratique illégale d’un culte non musulman”. Ils étaient accusés d’ avoir participé à une messe au domicile de l’un d’entre eux. Et selon les forces de sécurité, ce lieu n’était pas prévu à cet effet.

Depuis la loi de février 2006, qui durcit les conditions d’exercice du culte chrétien, les condamnations de musulmans convertis au christianisme se sont multipliées. Face à cette escalade de procès, les autorités chrétiennes du pays appellent au respect de la liberté de conscience. En France, des personnalités musulmanes expriment également leur profonde tristesse devant ces persécutions. Ghaleb Bencheikh, président de Conférence mondiale des religions pour la paix et animateur de l’émission Islam sur France 2Ghaleb Bencheikh, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix et animateur de l’émission Islam sur France 2 le dimanche matin, déplore cette radicalisation.

Pour écouter Ghaleb Bencheikh, cliquer ci-desous :

chretiens-dalgerie-04-06-08.Mp3

Pour Ghaleb Bencheikh, ce durcissement de la loi s’explique par l’arrivée, ces dernières années, de pasteurs étrangers en Algérie. Ces derniers, venus notamment des Etats-Unis, ont cherché à convertir des Algériens musulmans en leur proposant des sommes d’argent importantes et une carte verte. Cependant, pour Ghaleb Bencheikh, cela ne justifie en rien un tel traitement contre les chrétiens d’Algérie. 

Emmanuelle Msika



Le RMF arrive en tête des élections

8 06 2008

Fouad Alaoui annonce les résultats des élections du CFCMElections. Le Rassemblement des musulmans de France (RMF) arrive en tête des élections du CFCM. Le RMF, qui rassemble essentiellement des musulmans d’origine marocaine, a remporté, dimanche 8 juin, 43,20 % des voix.

L’UOIF sort également renforcée de ces élections : avec 30,20 % des voix, elle gagne 6 points par rapport aux dernières élections, en 2005. La fédération reste en tête en Ile-de-France.

Le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) obtient, lui, 12,70 % des voix et la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), 1,4 %. La Grande Mosquée de Paris ne participait pas aux élections. 41 sièges ont donc été répartis. Les 17 autres seront connus prochainement, avant l’élection du conseil d’administration.
Fouad Alaoui, vice-président de l’UOIF, s’est « réjoui » que les élections se soient passées « dans de bonnes conditions », « sans contestation déposée à ce jour ».
La participation a atteint 81 %, soit une baisse de 4 % par rapport à 2005.

 

Les coulisses de la conférence de presse

Les locaux du CFCMLes résultats devaient être annoncés à 21 heures. A 22h30, Fouad Alaoui, entouré d’autres représentants de fédérations, fini par se manifester. Las d’attendre, plusieurs journalistes avaient déjà quitté la salle. La conférence de presse s’est déroulée au siège du CFCM : un local toujours en chantier, à peine éclairé par des lampes sur pied branchées à la dernière minute. Visiblement, le CFCM n’a toujours pas investi les lieux (voir article CFCM, adresse inconnue).

Emmanuelle Msika



Chems-Eddine Hafiz : “Les élections, talon d’achille du CFCM”

7 06 2008

Réaction. Les élections du Conseil français du culte musulman (CFCM) ont lieu demain. Mais elles sont entachées par la décision de la Grande Mosquée de Paris, l’une des 4 principales associations de musulmans, de ne pas y participer. De son côté, la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF) a décidé de ne pas donner de mot d’ordre à ses délégués.

Chems-Eddine Hafiz, secrétaire général de la Grande Mosquée de Paris et membre du conseil d’administration du CFCMChems-Eddine Hafiz, secrétaire général de la Grande Mosquée de Paris et membre du bureau du CFCM, souhaite la suppression de ces élections. Pour lui, elles ne font qu’intensifier les divisions entre les musulmans.

Cliquer ci-dessous pour l’écouter :

Chems-Eddine Hafiz, membre du CFCM, avocat de la Grande Mosquée de Paris

 

A la veille des élections, trois candidats sont en lice : Fouad Alaoui, vice-président de l’UOIF ; Mohamed Moussaoui, vice-président du Rassemblement des musulmans de France (RMF) et Haydar Demiryurek, représentant le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF).

Non favori, l’actuel président Dalil Boubakeur (Grande Mosquée de Paris) a fini pas se retirer de la course après deux mandats. La Grande Mosquée a décidé de soutenir le candidat marocain, Mohamed Moussaoui (RMF).

Ce dimanche, quelque 5000 délégués vont devoir élire les cadres des 25 conseils régionaux des culte musulman. Réunis en assemblée générale, ces derniers éliront à leur tour, le 22 juin, la quarantaine de membres du conseil d’administration.

Emmanuelle Msika



Brigitte Bardot condamnée pour haine raciale

3 06 2008

Dérapage. Brigitte Bardot a été condamnée à 15 000 euros d’amende par le tribunal de Paris mardi 3 juin pour incitation à la haine envers la communauté musulmane. En 2006, l’ancienne actrice avait envoyé une lettre à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, lui demandant que les moutons tués lors de l’Aïd el-Kebir soient assommés avant d’être saignés. “Il y en a marre d’être menés par le bout du nez par toute cette population qui nous détruit, détruit notre pays en imposant ses actes”, avait-elle écrit.

Les associations antiracistes (Mrap, LDH et Licra) avaient poursuivi l’ancienne actrice pour “provocation à la discrimination ou à la haine raciale” envers la population musulmane. Depuis 1997, c’est la quatrième fois que Brigitte Bardot est condamnée pour de tels propos.

Emmanuelle Msika



L’orientalisme confiné aux caves des musées parisiens

1 06 2008

Art. L’orientalisme a fait irruption au musée d’Orsay. Mais les jours sont comptés avant que ces tableaux ne disparaissent à nouveau dans les réserves du musée. Représentatives du courant artistique du 19e siècle qui s’est intéressé aux cultures turques, maghrébines et arabes, ces œuvres ont été sorties et présentées au public à l’occasion de la nuit des musées, le 17 mai dernier.

Pour cet événement, Stéphane Guégan, chef du service culturel du musée d’Orsay, et sa collègue Rosa Djaoud avaient conçu un parcours orientaliste d’une dizaine d’œuvres encore exposées. Certains tableaux n’avaient pas vu le jour depuis vingt ans, comme Esclave d’amour et lumière des yeux (ci-dessous). Esclave d’amour et lumière des yeux, d’Etienne Dinet

Cette œuvre d’Etienne Dinet, peinte vers 1900, est restée très célèbre jusque dans les années 1930-1940, avant d’être totalement déconsidérée et qualifiée de “vulgaire” ou “kitsch”. Converti à l’islam dans les années 1910, Etienne Dinet a vécu entre la France et l’Algérie, partagé entre deux cultures. La plupart de ses tableaux ont été peints à ses retours d’Algérie. En France, sa palette riche et raffinée a laissé quasi indifférent.

En revanche, ses œuvres ont été très prisées par les collectionneurs arabes, comme celles d’autres peintres français de l’orientalisme : Théodore Chassériau, Jules-Alexis Muenier, Gustave Guillaumet ou Léon Belly. “Les collectionneurs arabes ont joué un rôle décisif, confirme Stéphane Guégan. Ils ont permis d’avoir une autre approche en montrant que ces tableaux ne sont pas des caricatures du monde arabo-musulman.” Le regard des occidentaux sur ces artistes a commencé à changer dans les années 1980. Pour preuve : aujourd’hui, leurs œuvres deviennent presque inaccessibles en salle de ventes.

Le lendemain du Ramadan, d’Etienne Dinet, 1895Mais dans les salles d’exposition, elles restent très discrètes. Aucun espace n’est consacré à l’orientalisme au musée d’Orsay, par exemple, alors que ses réserves comportent une centaine d’œuvres consacrées. “Ces collections sont mal étudiées et mal exploitées par les historiens de l’art en France”, explique Stéphane Guégan. Il y a un déficit de recherche et d’intérêt pour le domaine.”

Contrairement aux pays européens et aux Etats-Unis, l’orientalisme n’est pas considéré comme une catégorie en France. Pélerins allant à La Mecque, Léon Belly, 1861“Il serait tant de s’y mettre, estime Stéphane Guégan. L’orientalisme n’est pas là pour régler le problème des banlieues mais pour contribuer à faire changer le discours et la vision de l’islam.” Depuis peu, le musée d’Orsay a un nouveau directeur, Guy Cogeval. Un changement de direction qui ouvre de nouvelles perspectives à l’art orientaliste.

Emmanuelle Msika

 

Quelques tableaux à voir actuellement au musée d’Orsay :

Etienne Dinet. Esclave d’amour et lumière des yeux ; Légende arabe
Léon Belly. Pélerins allant à La Mecque
Théodore Chassériau. Chefs de tribus arabes se défiant au combat
Jules-Alexis Muenier. Le port d’Alger
Pierre-Auguste Renoir. La mosquée, fête arabe ; Le ravin, paysage algérien
Gustave Guillaumet. Laghouat, Sahara algérien
Henri Regnault. Exécution sans jugement sous les rois maures de Grenade

Un site intéressant sur la peinture orientaliste : http://orientaliste.free.fr



Toilettes à la musulmane

19 05 2008

Insolite. Il a inventé les toilettes modernes. Tarek Shaaban a voulu faciliter la vie des musulmans en créant les “toilettes-bidet 2 en 1“. Tarek Shaaban présente les toilettes-bidet 2en1Il s’agit de wc munis d’une petite douche installée directement sur le bord intérieur. Très pratique pour faire ses ablutions. “Les musulmans utilisent généralement une bouteille d’eau placée à côté des toilettes pour se laver. Mais c’est difficile à utiliser, notamment pour les enfants”, explique Tarek Shaaban. Et pour le confort, l’usager pourra régler la température de la douchette jusqu’à 38°.

Tarek Shaaban n’a pas fini de surprendre. Il a déjà déposé le brevet de sa prochaine invention : les toilettes économiques dont la chasse d’eau sera remplie à partir de l’eau sale de la douche.

Emmanuelle Msika



L’UOIF rassemble les musulmans au Bourget

11 05 2008

Quelque 120 000 musulmans se sont réunis au Bourget pour la 25ème rencontre annuelle des musulmans de France. Organisé par l’UOIF, le plus grand rassemblement de musulmans en France s’est étendu sur quatre jours (du 8 au 11 mai), avec pour thème : la famille. Cette année, la rencontre a été marquée par la présence de Tariq Ramadan (ci-dessous) et par l’intervention du vice-président de l’UOIF, Fouad Alaoui.

A un mois des élections du Conseil français du culte musulman, celui-ci a annoncé que le “moment du changement était arrivé”. Il souhaite que le CFCM devienne “libre et indépendant”, détaché des enjeux diplomatiques. Le candidat à la succession du président sortant Dalil Boubakeur a critiqué la “léthargie” actuelle du CFCM qui “n’arrive pas à porter un projet qui satisfasse les musulmans de France”.
Ces derniers sont des dizaines de milliers à s’être déplacés samedi pour assister aux nombreuses conférences sur la famille et pour flâner parmi les stands du salon. Un aperçu de l’événement en six photos sur la journée de samedi.

 

Tariq RamadanTrès attendu. Tariq Ramadan, professeur d’islamologie et petit-fils du fondateur des Frères musulmans, Hassan El Banna, est intervenu, pour la première fois depuis des années, au rassemblement annuel de l’UOIF. Devant des fidèles en “surnombre” selon les organisateurs, les femmes à gauche, les hommes à droite, il a défendu le mariage libre. “Le mariage forcé n’est pas islamique car le mariage c’est d’abord le consentement d’un homme et d’une femme.” Pendant quarante minute, il a répété devant un auditoire captivé que le mariage devait d’abord répondre à des envies et non à une obligation. “Trop de femmes et d’hommes pensent qu’il suffit de se marier dans la foi et les principes et finissent par se déchirer. “

Une foule médusée écoute le discours de Tariq RamadanReconnaissant que certaines femmes musulmanes n’étaient pas traitées d’égal à égal avec leur mari, il a rappelé que le Prophète Mahomet avait toujours laissé “ses femmes aller au bout de leur potentialité”. Dans le couple, “il ne faut pas que l’un se développe et l’autre se perde, a-t-il ajouté. Il faut la même autonomie et le même épanouissement”.

Photos : Alexis Jacquet

Des stands de vêtements bondés, des vendeurs débordés

Fringues à foison. Dans le salon, beaucoup de musulmanes se ruent vers les stands de vêtements. Les tuniques multicolores bon marché s’arrachent. Et les exposants sont débordés, comme ceux du stand de Kadi Mode (photo) où l’affluence ne faiblit pas depuis ce matin. Plus loin, les livres et gadgets technologiques sont aussi très prisés. Les moins sollicités sont les bénévoles qui militent pour la construction de mosquées locales. Ils tentent avec difficulté de recueillir quelques pièces en haranguant les visiteurs.

Femmes voilées. Les femmes du Comité 15 mars et libertés ont tenu un discours alarmant sur les entraves à la pratique de leur religion. Constituées en association depuis la loi du 15 mars 2004 qui interdit le voile à l’école, elles ont recueilli, depuis, de nombreux témoignages de jeunes femmes exclues des lycées. Il s’agit d’une “atteinte aux libertés religieuses”, a affirmé la présidente Fatima Ayache. “Cette loi n’est qu’un début, il va y avoir un effet de contagion.” Sans nuance, elle a déploré l’existence d’un “courant généralisé et grandissant de négation religieuse”. Le Comité 15 mars et libertés a déposé, samedi, un recours contre cette loi devant la Cour européenne des droits de l’homme.

La salle de restauration à l'heure du déjeuner Déjeuner halal. La salle de restauration est pleine à craquer. On y mange sandwich halal ou fricassés et on y boit du Mecca Cola, tout en partageant sa table avec des musulmans venus de toute l’Europe. “On mange ensemble, on partage, on fait des rencontres et tout le monde est gai”, s’exclame Halima, 52 ans, venue de Roubaix.

 

“Plein de frères et sœurs”. Chez les jeunes femmes musulmanes, le même discours revient souvent : “Ici, on se sent bien”. Fanta, Amina et ses copines sont venues écouter les prédicateurs et acheter des vêtements“Une noire voilée qui marche dans les rues de Saint-Disiez (Haute-Marne), on la regarde bizarrement”, raconte Fanta Fadiga, 16 ans (photo). On entend souvent des gens nous dire de retourner dans notre pays”. “Ici, au moins, il y a plein de frères et sœurs”, ajoute son amie, Amina (photo).

C’est également le sentiment que partage Noria, 26 ans, “soulée” par les remarques récurrentes des non musulmans. “On nous scrute, on nous demande tout le temps si on n’a pas chaud sous notre voile…” Pour elle, la femme musulmane n’est asservie à aucun homme, elle n’est “soumise qu’à Dieu”.

 

Emmanuelle Msika



Elections du CFCM, la Grande Mosquée refuse d’y participer

3 05 2008

La Grande Mosquée de ParisElections. La Grande Mosquée de Paris refuse de participer aux élections du Conseil français du culte musulman (CFCM), prévues le 8 juin prochain. Elle a qualifié d’”iniques” les critères de représentativité de l’organe représentatif des musulmans de France, lors d’une conférence de presse samedi 3 mai. Elle conteste surtout le mode de désignation des délégués qui votent pour la constitution des Conseil régionaux du culte musulman (CRCM), étape préliminaire aux élections du CFCM.

Le nombre de délégués est calculé en fonction de la surface des lieux de culte : 1000 m² donne droit à 10 délégués. La Mosquée de Paris estime que cela profite surtout à “des lieux de culte récemment édifiés, en périphérie urbaine voire dans les campagnes, qui ont des surfaces importantes” et favorise “l’émergence d’une représentativité qui ne reflète en rien la sociologie de l’islam”. En conséquence, elle “ne peut admettre de se voir reléguée à un rôle secondaire et une place insignifiante, voire fantomatique”.

Dalil Boubakeur, le président du CFCM, a par ailleurs rappelé que cela fait “des années” qu’ils dénoncent “ces critères de représentativité comme injustes”. De son côté, le ministère de l’Intérieur, qui souhaite que toutes les instances musulmanes participent à ces élections, a affirmé à l’AFP que ces critères sont fixés par le CFCM lui-même. Il a ajouté que, depuis 2003, “aucune initiative” n’avait été prise par sa présidence pour les modifier.

Emmanuelle Msika



Les filles voilées parlent

28 04 2008

Les filles voilées parlentTémoignages. Elles ont toutes choisi de porter le voile. Sans soumission ni pression. Dans Les filles voilées parlent, 44 femmes musulmanes de France racontent ce qu’elles ont vécu après la loi du 15 mars 2004, interdisant les signes religieux ostensibles dans les lieux publics. Cet ouvrage, selon l’un des auteurs, Pierre Tevanian, c’est l’histoire de “celles pour qui les mots d’ordre d’”interdiction des signes ostensibles” ou de “neutralité de l’espace public” n’ont été synonymes ni de “réaffirmation de la laïcité” ni d’”émancipation” ni de “promotion du vivre ensemble”, mais tout simplement, prosaïquement, d’humiliation, d’exclusion, d’injures ou même d’agressions.”

Celles qui ont accepté de parler sont des lycéennes expulsées, des mamans voilées “humiliées” et des femmes actives “discriminées”. Extraits :

Lamia, en première au lycée de Trappes (Yvelines) : Dans le règlement intérieur, ils avaient écrit “interdiction de tout couvre-chef”, mais en fait c’était : “couvre-chef interdit aux musulmanes”. Au début de l’année, ils faisaient la chasse aux bandeaux, aux casquettes et à tout couvre-chef, mais dès qu’ils se sont débarrassés de nous, ils ont laissé des filles porter des bandeaux. Ils ont même accepté des grandes boucles d’oreilles en forme de croix. Ça passait inaperçu, alors que pour nous, il y avait des radars à l’entrée, qui nous attendaient toute la journée.

Etre enfermée pendant deux mois dans une salle, sans profs, sans travail, sans conseils, c’est une pression énorme. On voit les jours passer, on prend du retard, avec le proviseur qui demande sans arrêt : “Alors, vous l’enlevez ?” C’est dur.

Keltoum, au lycée de Mantes-la-Jolie (Yvelines) : La manière dont on nous a traitées et dont on nous a parlé m’a vraiment blessée, agressée, humiliée. Nous enfermer dans une salle à l’écart, comme des bêtes enragées, nous priver de scolarité (alors que c’était l’année du bac), subir menaces et pression de la part de l’équipe pédagogique, tout cela a été psychologiquement très dur.

Melaaz, lycéenne à Paris : J’ai perdu toute confiance en moi : car lorsque la société entière et les médias nous montrent comme des filles soumises, fragiles et “marginales”, on finit forcément par le croire et par s’auto-exclure de la société. On perd tout espoir en l’avenir. C’est une véritable blessure psychologique, impossible à cicatriser.

Sfane, Montreuil-sous-Bois : J’avais des tas de projets, mais la société me rejette ! Je voulais devenir une scientifique, mais avec un foulard, est-ce possible ? […] On ne s’est jamais adressé à nous pour savoir pourquoi le foulard était si important pour nous, et pourquoi ça nous faisait si mal de l’enlever.

Naima, lycéenne à Orly (Val-de-Marne) : Voile = symbole de l’inégalité entre l’homme et la femme ? Mais pour qui nous prend-on ? Pour des arriérées qu’il faut civiliser parce que nous ne savons pas, nous, que nous sommes des femmes, et que nous n’avons pas à nous rabaisser devant les hommes ? […] J’ai envie de crier, car tout cela s’est passé sans que nous n’ayons rien pu faire. Nos souffrances, on s’en fout.

Malika, mère de deux enfants, interdite d’accompagnement scolaire pour port de voile, Montreuil-sous-Bois : Quel regard les autres enfants vont-ils porter sur cet enfant dont la maman n’a pas “le droit” d’accompagner ? Quel regard l’enfant va-t-il porter sur cette école qui choisit entre les “bonnes” et les “mauvaises” mamans ? Quel regard va-t-il porter sur sa mère ? Mon fils a beaucoup souffert de me voir exclue.

Infos pratiques : Les filles voilées parlent, Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian. Edition La fabrique, 2008. 18 euros.

Emmanuelle Msika