L’@utisme

Le blog sur l’autisme et les troubles envahissants du développement (TED).

PHILIPPE GRIMBERT :”COMPRENDRE POURQUOI L’AUTRE FAIT PEUR AUX AUTISTES”

Posted by estelle on juin 13th, 2008

Philippe GrimbertEcrivain connu pour son roman Un secret, Philippe Grimbert est aussi psychanalyste. Il travaille avec des adolescents autistes dans deux instituts médico-éducatifs (IME), à Asnières et Saint-Cloud. Avec son expérience et après la publication du plan autisme 2008-2010, il commente la prise en charge de l’autisme en France.

Vous travaillez avec des adolescents autistes depuis trente ans. Que pensez-vous du plan autisme ?

Philippe Grimbert : Je regrette que le plan autisme n’insiste pas davantage sur la diversité des réalités que recouvre le mot ‘autisme’. Il comprend un très large éventail de situations : de certains autistes dits de Kanner, qui vivent des angoisses disproportionnées et avec qui le contact est impossible à l’autiste Asperger, appelé de haut niveau, qui a des capacités d’apprentissage supérieures à la moyenne.
La diversité des formes d’autisme explique que la question de l’accompagnement fasse débat parmi les parents, les psychologues et les psychiatres. Les tenants des méthodes comportementalistes, qui insistent sur l’intégration des autistes en milieu ordinaire et leur stimulation, s’opposent aux partisans des prises en charge psychanalytiques ou psychothérapeutiques, qui examinent la relation entre les parents et l’enfant ainsi que le rapport de l’enfant avec le monde qui l’entoure. On ne dit pas assez que les deux démarches peuvent être complémentaires.

En tant que psychanalyste, que pensez-vous des nouvelles méthodes comportementales, notamment la méthode ABA, très sollicitées par les parents d’enfants autistes ?

Philippe Grimbert : Les nouvelles méthodes comportementales, type ABA, ont beaucoup de succès parce qu’elles donnent une sorte de marche à suivre pour aider les autistes. Elles offrent une réponse à la grande détresse de familles, qui se sentent impuissantes devant l’autisme. Surtout, elles produisent des résultats visibles et quantifiables, ce qui est rassurant pour les parents. Ils observent, par exemple, que leur enfant répète de mieux en mieux un mot ou qu’il montre la bonne image pour demander un objet.
Certes ces méthodes permettent de donner un cadre aux autistes mais je suis très réservée quant à leur efficacité comme outil d’apprentissage. On a l’impression que les enfants ne comprennent pas le sens du mot qu’on leur fait répéter, ni la signification de gestes mémorisés par habitude.

En quoi consiste votre travail de psychanalyste avec les autistes ?

Philippe Grimbert : Mon expérience me prouve qu’il faut comprendre ce qui se passe dans la tête des enfants autistes pour les aider. La psychanalyse ou la phénoménologie le permettent.
Le point commun entre tous les autistes est qu’ils entretiennent un rapport particulier au monde. D’où l’idée qu’ils sont enfermés dans une bulle, qui les coupe du monde. Les autres, au mieux les laissent indifférents, au pire les effrayent. J’essaye d’identifier pourquoi ‘l’autre’ fait peur à l’autiste, pour ensuite tenter de le rassurer en rétablissant un contact.
On peut utiliser plusieurs techniques : un travail avec le corps par la relaxation, une thérapie par la musique, qui consiste à s’habituer à la voix humaine par l’écoute de mélodie, la kinésithérapie ou encore l’amélioration de la psychomotricité pour que l’autiste prenne conscience des limites de son corps. Dans les instituts d’Asnières et de Saint-Cloud, nous mêlons ces méthodes sans la plupart du temps y ajouter un traitement chimique.
Le psychanalyste travaille aussi beaucoup avec la famille. Il n’est pas question de rejeter toute la faute sur la mère comme avec les théories de Dolto ou Bettelheim [selon lesquelles la première relation avec la mère serait tellement terrifiante pour l’enfant qu’il s’enfermerait]. Si l’enfant a une relation au monde perturbée, il se coupe de l’extérieur pour se protéger et devient indifférent aux autres. Les parents, qui ne comprennent pas cette absence de sentiment, culpabilisent ou prennent peur, ce qui entretient la terreur de l’enfant et le conduit à s’isoler encore plus. La psychothérapie aide les parents à extérioriser leurs sentiments vis-à-vis de leur enfant et peut aller jusqu’à la prise de conscience d’une réaction de rejet. C’est une expérience extrêmement violente et la seule solution pour reconstruire la relation ensuite. Un tel travail sur soi peut prendre des années mais il a fait ses preuves.

Comment concilier les deux méthodes ?

Philippe Grimbert : Les tenants des deux courants se font des reproches mutuels. D’un côté, les comportementalistes accusent les psychanalystes de mettre les enfants autistes dans une pièce pour les observer, sans rien faire pour les aider, sauf à culpabiliser les mères. De l’autre, les psychiatres et les psychanalystes déplorent une méthode ABA, plus proche du dressage que de l’éducation. Le système de récompenses qu’elle prône me choque. La satisfaction doit venir d’un mieux-être de l’enfant et pas du plaisir de recevoir un bonbon après chaque exercice réussi.
Face à l’emballement pour les méthodes d’inspiration Teacch, je rappelle que tous les autistes ne peuvent pas être intégrés dans la vie ordinaire ni dans une classe de primaire. Certains de mes jeunes patients se mordent, poussent des cris ou tombent dans des crises d’angoisse terribles. Il leur faut des années pour arriver à supporter le contact physique ; certains ne le pourront jamais. Il faut adapter la prise en charge aux particularités de chacun.

Peut-on compter sur la recherche scientifique pour apporter des solutions ?

Philippe Grimbert : Nous sommes fascinés par le fonctionnement des autistes. Nombreux sont ceux qui voudraient percer leur secret. Je pense que nous faisons fausse route en cherchant le gène de l’autisme ou la zone du cerveau concernée. Les causes de l’autisme sont multiples : génétique, environnementale, psychique. Nous devons encore découvrir comment ces facteurs se combinent pour aboutir à un autisme.

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