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Thomas Sankara, l’homme intègre octobre 31 2007

Publié par anto in : Histoire(s) , 14commentaires

“Je m’élève ici au nom de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération, réellement. Sur cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi. Mais seuls quelques-uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux. Eh bien, je me fais le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils peuvent se faire entendre. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger.” Thomas Sankara, lors de la 39ème session de l’Assemblée Générale des Nations-Unies, le 4 octobre 1984.

Thomas Sankara

 

4 Août 1983. Un coup d’état militaire renverse le président burkinabé Jean-Baptiste Ouédraogo. Thomas Sankara, ancien premier ministre emprisonné, accède à la présidence.

 

Jeunesse. Né en 1949 à Yako dans une famille catholique peul-mossi, il fait ses études à Bobo-Dioulasso et embrasse très tôt une carrière militaire. Il suit une formation d’officier à Magadascar et assiste à la révolution qui renverse le régime néocolonialiste. Là, naît sa conviction “d’une révolution démocratique et populaire”. Peu de temps après, en 1976, il devient commandant du centre commando de Pô et fait la connaissance de celui qui deviendra son bras droit et son “frère”, Blaise Compaoré. Avec lui et Henri Zongo, il crée le Regroupement des Officiers Communistes.

Septembre 1981. Entrée remarquée au gouvernement (secrétaire d’Etat à l’Information) et sortie fracassante un an plus tard au cri de “Malheur à ceux qui baillonent le peuple”.

7 novembre 1982. Nouveau coup d’Etat. Le médecin militaire Ouédrago accède au pouvoir et Thomas Sankara devient premier ministre en janvier 1983. Le 17 mai, il est limogé et mis aux arrêts, quelques jours après la visite de Guy Penne, le “Monsieur Afrique” de François Mitterrand. Blaise Compaoré, déjà, résiste à Pô où il forme militairement des partisans. La suite est connue. Un certain 4 août (1983), il marche sur Ouagadougou avec 250 hommes et libère Thomas Sankara. Celui-ci devient président, porté au pouvoir par la ferveur populaire.

 

Son programme est ambitieux. Lutter contre la corruption, offrir l’éducation à tous, améliorer le statut de la femme (”la moitié du ciel”), transformer le système agricole et réformer en profondeur son pays. Premier acte symbolique : la Haute-Volta, nom choisi par l’ancien pays colonisateur, la France, devient le Burkina Faso, “Le pays des hommes intègres”. Mais la révolution ne se fait pas sans heurt et Thomas Sankara use de son autorité. Les résistances sont nombreuses face à l’énergie du jeune dirigeant progressiste. Les chefs de clans voient leurs pouvoirs féodaux réduits et au sein même des dirigeants, des dissensions entre modérés et radicaux se font entendre. Des Comités de Défense de la Révolution sont créés, qui feront parfois régner une terreur peu conforme à l’idéal sankariste.

 

Inquiétudes étrangères. Sa politique, anti-impérialiste, tiers-mondiste, panafricaine, internationaliste et socialiste, bouleverse l’échiquier international. Les accrochages avec François Mitterrand sont nombreux. Son charisme et son succès font de l’ombre à certains “vieux” dirigeants africains. Thomas Sankara se sait menacé mais il ne fait rien. Il n’y aura ni purges ni exécutions de traitres présumés. Il y aura “simplement” un nouveau coup d’Etat, le 15 octobre 1987, fomenté par Blaise Compaoré, son “frère” de toujours. Thomas Sankara décède de “mort naturelle”, sous les balles. A ce jour, aucune enquête n’a été menée, malgré la récente condamnation du Comité des droits de l’homme des Nations Unies.

 

Film de 22min sur la vie de Thomas Sankara