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L’arche de Zoé, “l’Afrique de Papa” et Thomas Sankara décembre 10 2007

Publié par anto in : Comme un écho sankariste dans l'actualité... , rétrolien

Manifestation anti-sarko au Tchad

L’arche de Zoé, dont les membres ont été arrêtés au Tchad le 25 octobre dernier, était une association humanitaire comme les autres. Mais en jouant la carte de l’illégalité, elle est devenue un symbole. Celui de la relation de la France à l’Afrique, qui n’a pas beaucoup changé depuis cinquante ans.

Cinq enfants sur 103, seulement, étaient soudanais. Les bandages et le sang sur leurs têtes étaient factices. Tout le monde autour de l’association, présidée par Eric Breteau, ignorait leurs véritables intentions, sauf peut-être les autorités françaises. Mais au-delà des détails sordides, ce qui compte vraiment, c’est la charge symbolique portée par l’affaire de l’Arche de Zoé.

Les pays africains sont-ils encore des colonies françaises ? C’est en tout cas le sentiment qui a parcouru les populations africaines en voyant débarquer, sur leur sol, une bande de sauveteurs déterminés à faire sortir des enfants pour les “enlever” en France. Les réactions, et manifestations, ont d’ailleurs été vives.

Des enfants dont l’origine réelle importait moins que l’origine supposée. Pour la plupart, ils n’étaient pas des enfants soudanais en danger de mort mais des enfants comme il y en a des millions sur le continent africain. Des enfants que des parents bien intentionnés ont laissés partir, “pour leur offrir une vie meilleure” en France, selon Amely James Koh Bela, présidente de l’association Mayina. “Ils croient au mythe de l’homme blanc qui va les sauver.” Elle rajoute que ce phénomène n’est pas nouveau et ne s’arrête pas à l’Arche de Zoé. “Cela fait plusieurs années que je vois, en Afrique, les ONG agir sans précautions et avoir affaire à des intermédiaires locaux douteux”.

La colère populaire a d’ailleurs été accentuée par certaines déclarations de Nicolas Sarkozy, promettant de ramener les accusés français “quoi qu’ils aient fait”, faisant peu de cas de la justice indépendante d’un pays souverrain. Malgré la clarté des accords judicaires franco-tchadiens qui expliquent que “l’extradiction est refusée si les infractions ont été commises en tout ou partie sur le territoire de l’Etat requis”…

Certaines pressions auraient même été exercées par le président tchadien Idriss Deby, grand ami de la France, sur la justice de son pays, plus précisement sur un procureur trop pointilleux…

Reliquat colonial. Au-delà de l’Arche de Zoé, dont le but était manifestement de venir en aide à des populations en souffrance, cette affaire est révélatrice d’un subconscient collectif encore marqué par l’héritage colonial. L’Afrique n’aurait-elle pas complètement gagné son indépendance? Peut-on imaginer des français tentant de faire sortir illégalement cent enfants d’un pays ailleurs qu’en Afrique?

L’état de l’Afrique. Même si “l’Afrique de Papa”, c’est à dire la Françafrique, n’existe plus selon les mots de Rama Yade, l’affaire de l’Arche de Zoé met en lumière quelques-unes de ses survivances. Ce système d’influence a pu subsister grâce à la volonté française, bien sûr, mais aussi grâce à celle de quelques dirigeants africains. Et c’est là qu’entre en scène Thomas Sankara, lui qui s’était battu pour un vrai panafricanisme et la fin de la subordination de l’Afrique à la France. Vingt ans après sa mort, rien n’a vraiment changé. Les hommes politiques africains qui ont oeuvré contre lui sont pour la plupart encore au pouvoir ou y ont placé leurs progénitures. Il y a comme un écho sankariste dans l’affaire de l’Arche de Zoé. Elle n’a pu avoir lieu que parce que des hommes comme Thomas Sankara ont disparu.

Petit bonus vidéo. L’avis d’Eric Zemmour, qui n’est pas vraiment un gauchiste…

Quelques articles de la presse africaine:

http://www.afrik.com/article12822.html

http://www.afrik.com/article12842.htmlle12822.html

http://www.afrik.com/article12845.html

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