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Interview Issaka Traoré janvier 26 2008

Publié par anto in : Interviews , rétrolien

Issaka Herman Traoré est protéïforme : journaliste indépendant au Burkina Faso, analyste politique, écrivain, membre fondateur de la Coalition pour la Défense de la Dignité Africaine, spécialiste du développement et de la coopération internationale, membre de plusieurs réseaux nationaux, continentaux et internationaux et organisateur de l’Etrange Rencontre. Sankariste et membre du comité d’organisation de la célébration du 20ème anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara, il a accepté de répondre à nos questions.

Pourquoi et comment vous êtes vous intéressé à Thomas Sankara?

Je suis un ancien pionnier de la révolution d’Août 1983. Et comme on disait dans le temps: “Qu’est ce qu’un pionnier? Réponse: Le pionnier est le plus jeune militant organisé de la révolution! Qu’est ce que le pionnier aime le plus? Réponse: Le pionnier aime sa patrie, et qui aime sa patrie, aime les autres! Pionnier: Osez lutter, Savoir vaincre! Vivre en révolutionnaire, mourir en révolutionnaire, les Armes à la main! La patrie ou la mort nous vaincrons!”
Je m’intéresse donc à Thomas Sankara en tant qu’ancien pionnier, et les pionniers étaient les continuateurs de la Révolution. Même si le camarade président a été assassiné par l’impérialisme, il est de notre devoir militant de continuer la lutte pour laquelle il a été assassiné. Depuis Août 1983, je me suis, comme tous les jeunes Burkinabè de mon époque, intéressé à Thomas Sankara à travers la RDP (Révolution Démocratique et Populaire). Aujourd’hui je le fais à travers le Sankarisme.

Quels sont les grandes avancées réalisées par Thomas Sankara? Et quelles sont ses erreurs?

La première et de loin la plus importante est l’éveil des consciences du peuple Burkinabè, des peuples d’Afrique et de tous les laissés pour compte de cette planète. A travers ses actions et ses paroles, le capitaine Thomas Sankara a montré à tout ce monde que leur avenir et bien être dépendaient d’eux mêmes et de personne d’autre. Comme il le disait lui même: ” L’esclave qui ne peut pas assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort….”
Au plan agricole, social et économique, il a réalisé de grandes œuvres que je ne pourrais finir de citer ici.
Des erreurs, toute oeuvre humaine en comportent. La plus importante et la plus fatale pour lui aura été de croire en l’amitié humaine. Cela lui a coûté la vie et anéanti l’élan de développement de tout un peuple. La seconde, et politique, aura été le fait d’avoir voulu démocratiser une révolution avec plusieurs partis de gauche. La lutte de leadership des responsables civils politiques a grandement contribué à son assassinat.
Et enfin, il était trop rapide et visionnaire alors que la masse populaire ne percevait pas tout le temps le sens de son combat. Ce petit fossé de compréhension et de mise en phase avec le peuple, il l’a compris à mon avis tardivement. Les ennemis du peuple avaient déjà exploité cette situation pour intoxiquer une partie du peuple.

En quoi Thomas Sankara est-il différent des autres hommes politiques?

Les différences sont énormes : sa formation politique et idéologique, sa probité morale, son souci du bien être du peuple et des opprimés de toute la planète, sa bonne gestion des affaires et biens publics, son panafricanisme et son sens pratique de la solidarité internationale révolutionnaire. Et enfin sa capacité à mobiliser tout un peuple autour de ses intérêts sans démagogie.

Quels sont vos moyens d’actions pour parler de Sankara?

Personnellement c’est à travers les mouvements sankaristes, aussi bien de la société civile que politique. Mais aussi à travers des écrits, des communications orales ou en animant des sites web dédiés à l’homme. Notamment le site du 20ème anniversaire.

Comment jugez-vous l’état actuel du Burkina?

Je disais dans une interview à un journal de gauche américain qu’en regardant et analysant le Burkina Faso d’aujourd’hui on constate que toutes les conditions sont réunies pour une deuxième révolution dans notre pays. Car les causes qui ont conduit à la révolution du 4 Août 1983 sont là : mauvaise gestion des biens publics et paupérisation grandissante tandis qu’une minorité oligarchique s’installe. Pour parfaire le tout, le népotisme a pris le dessus sur le mérite au travail. Les détournements sont devenus une vertu. Chacun se sert en fonction de la responsabilité qu’il occupe. Tant pis pour la collectivité, pourvu qu’on devienne soit même riche. C’est ça le Burkina Faso d’aujourd’hui, malheureusement.

La liberté de la presse est-elle une réalité?

Elle est une réalité dans la mesure où des journaux indépendants spécialisés dans l’analyse critique ou l’investigation paraissent régulièrement. Nous n’avons pas de journalistes dans les prisons. Mais tout cela a été possible grâce au sacrifice suprême d’un grand journaliste d’investigation: Norbert Zongo, assassiné et brûlé en décembre 1998. Son assassinat est fortement lié aux investigations que faisait son journal, lesquelles investigations aboutissaient presque toujours à la présidence du Faso, coupable, commanditaire ou protecteur de cols blancs et d’assassinats non élucidés.

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