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Le coup d’Etat du 15 octobre 1987 février 10 2008

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comparé et sankara15 octobre 1987. Des coups de feu retentissent dans la salle de réunion du Conseil National de la Révolution. Thomas Sankara meurt -de “mort naturelle” prétendront les autorités pendant des années. Blaise Compaoré prend le pouvoir, un pouvoir qu’il ne quittera plus. Il vient de fêter son vingtième anniversaire à la tête du Burkina Faso.

Quelques jours après, Blaise Compaoré explique, les larmes aux yeux, pourquoi il a été contraint de renverser son “frère”. L’interview, ici (en partenariat avec l’INA)

La version de Fidèle Toé, ancien ministre de la Fonction Publique, tout à fait différente :

 

Côté livre, un extrait de “Libertée confisquée” de Bernard Doza, ici, et un texte très intéressant de Réné Dumont, à lire ici, sur le site de référence, Thomassankara.net.

La “Françafrique” janvier 7 2008

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FrançafriquePour mieux comprendre l’environnement dans lequel a dû évoluer Thomas Sankara, petit retour sur la Françafrique. Ce système, mis en place après la décolonisation, permettait -permet?- à la France de conserver son influence dans ses anciennes colonies, au niveau politique internationale mais aussi intérêts financiers. Reposant sur quelques “grands” dirigeants africains, amis de Paris, elle est accusée par certains d’avoir soutenu Blaise Compaoré contre Thomas Sankara. Le pari de la compromission et de la corruption contre celui de l’avant-gardisme et de l’intégrité.

Survie, association très engagée, a réalisé ce documentaire explicatif :

Petit montage vidéo sur des propos de François-Xavier Verschave, auteur de “La Françafrique”, livre polémique :

Courte interview de cet auteur, disparu le 29 juin 2005 :

Plus spécifique, les commentaires de Françis-Xavier Verschave sur la Françafrique au Burkina Faso sur le site de Survie :

Pour télécharger la brochure des renseingements généreux (sic) sur la Françafrique , cliquez ici

L’existence, ou la survivance, de la Françafrique, n’est pas reconnu par tout le monde, y compris par certains spécialistes. Des “africanistes”, tel Stephen Smith, journaliste et auteur de “Négrologie”, tendent à minimiser la part de responsabilité de la Françafrique dans les différents maux du continent. Si cette analyse n’est totalement à disqualifier, force est de constater que l’influence française en Afrique ne semble pas avoir disparu. Héritage colonial, elle est une structure de pensée encore à l’oeuvre dans les relations internationales, comme cela a pu être le cas lors de l’affaire de l’Arche de Zoé. Mais au-delà des débats idéologiques sur la force des réseaux français en Afrique, il semble inévitable qu’un jour ou l’autre, de gré ou de force, ils disparaissent totalement. Remplacés par ceux de la Chine, qui commence à s’implanter fortement, ou poussés dehors par la volonté des peuples africains.

Pour finir en beauté, Tiken Jah Fakoly en live qui chante “Françafrique” :

Quelques citations de Thomas Sankara décembre 25 2007

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Thomas Sankara

Orateur brillant et amateur de bons mots, l’ancien président burkinabè a impressionné tous ceux qui ont pu l’écouter à une tribune. Préférant lutter avec la parole plutôt qu’avec les armes -le comble pour un militaire, il utilisait les mots en toute liberté, sans crainte des conséquences. Ses discours ont d’ailleurs fait l’objet d’un livre, où ils sont compilés (“Thomas Sankara parle”). Voici donc, pour mieux comprendre qui il était, quelques extraits des discours de Thomas Sankara.

Le pillage colonial a décimé nos forêts sans la moindre pensée réparatrice pour nos lendemains 1983, Paris, Conférence Internationale sur l’arbre et la forêt

Il faut proclamer qu’il ne peut y avoir de salut pour nos peuples que si nous tournons radicalement le dos à tous les modèles que tous les charlatans de même acabit ont essayé de nous vendre 20 années durant. Il ne saurait y avoir pour nous de salut en dehors de ce refus là. Pas de développement en dehors de cette rupture là. Il faut ranimer la confiance du peuple en lui-même en lui rappelant qu’il a été grand hier et donc, peut-être aujourd’hui et demain. Fonder l’espoir.

L’esprit de liberté, de dignité, de compter sur ses propres forces, d’indépendance et de lutte anti-impérialiste […] doit souffler du Nord au Sud, du Sud au Nord et franchir allègrement les frontières. D’autant plus que les peuples africains pâtissent des mêmes misères, nourrissent les mêmes sentiments, rêvent des mêmes lendemains meilleurs. Août 1984, Conférence de presse

« Refuser l’état de survie, desserrer les pressions, libérer nos campagnes d’un immobilisme moyenâgeux ou d’une régression, démocratiser notre société, ouvrir les esprits sur un univers de responsabilité collective pour oser inventer l’avenir. Briser et reconstruire l’administration à travers une autre image du fonctionnaire, plonger notre armée dans le peuple par le travail productif et lui rappeler incessamment que, sans formation patriotique, un militaire n’est qu’un criminel en puissance.” Discours aux Nations unies, 4 octobre 1984

La plus grande difficulté rencontrée est constituée par l’esprit de néo-colonisé qu’il y a dans ce pays. Nous avons été colonisés par un pays, la France, qui nous a donné certaines habitudes. Et pour nous, réussir dans la vie, avoir le bonheur, c’est essayer de vivre comme en France, comme le plus riche des Français. Si bien que les transformations que nous voulons opérer rencontrent des obstacles, des freins.

« Ces aides alimentaires (…) qui installent dans nos esprits (…) ces réflexes de mendiant, d’assisté, nous n’en voulons vraiment plus ! Il faut produire, produire plus parce qu’il est normal que celui qui vous donne à manger vous dicte également ses volontés.” 1ère conférence nationale des CDR, 4 avril 1986

Nous n’avons pas compris comment ils [Jonas SAVIMBI de l’Angola et Pieter BOTHA d’Afrique du Sud, pro Apartheid] ont eu le droit de parcourir la France si belle et si propre. Ils l’ont tachée de leurs mains et de leurs pieds couverts de sang. Et tous ceux qui leur ont permis de poser ces actes en portent l’entière responsabilité ici et ailleurs, aujourd’hui et toujours. Novembre 1986, discours fait à François Mitterrand, en visite à Ouagadougou

Il n’y a pas de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée. Que jamais mes yeux ne voient une société où la moitié du peuple est maintenue dans le silence. J’entends le vacarme de ce silence des femmes, je pressens le grondement de leur bourrasque, je sens la furie de leur révolte. J’attends et espère l’irruption féconde de la révolution dont elles traduiront la force et la rigoureuse justesse sorties de leurs entrailles d’opprimées.8 mars 1987, Ouagadougou

« La démocratie est le peuple avec toutes ses potentialités et sa force. Le bulletin de vote et un appareil électoral ne signifient pas, par eux-mêmes, qu’il existe une démocratie. Ceux qui organisent des élections de temps à autre, et ne se préoccupent du peuple qu’avant chaque acte électoral, n’ont pas un système réellement démocratique. (…) On ne peut concevoir la démocratie sans que le pouvoir, sous toutes ses formes, soit remis entre les mains du peuple ; le pouvoir économique, militaire, politique, le pouvoir social et culturel.” Granma, La Havane, août 1987.

“Notre révolution n’aura de valeur que si, en regardant derrière nous, en regardant à nos côtés et en regardant devant nous, nous pouvons dire que les Burkinabés sont, grâce à elle, un peu plus heureux. Parce qu’ils ont de l’eau saine à boire, parce qu’ils ont une alimentation abondante, suffisante, parce qu’ils ont une santé resplendissante, parce qu’ils ont l’éducation, parce qu’ils ont des logements décents, parce qu’ils sont mieux vêtus, parce qu’ils ont droit aux loisirs ; parce qu’ils ont l’occasion de jouir de plus de liberté, de plus de démocratie, de plus de dignité. (…) La révolution, c’est le bonheur. Sans le bonheur, nous ne pouvons pas parler de succès.” Discours prononcé à Tenkodogo le 2 octobre 1987

« Le plus important, je crois, c’est d’avoir amené le peuple à avoir confiance en lui-même, à comprendre que, finalement, il peut s’asseoir et écrire son développement ; il peut s’asseoir et écrire son bonheur ; il peut dire ce qu’il désire. Et en même temps, sentir quel est le prix à payer pour ce bonheur.” “Fratricide au Burkina, Sankara et la Françafrique”, documentaire de Thuy Tien Hi et Didier Mauro, production ICTV Solférino


Thomas Sankara et la révolution du 4 août 1983 décembre 2 2007

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Ecusson de la révolution

 

 

Un peu d’histoire, même si ce blog traite avant tout de l’actualité… Voici quelques pistes pour mieux comprendre pourquoi la révolution burkinabè a eu lieu et pourquoi elle ne ressemble pas à toutes les autres.

 

 

Pour commencer, un article de Wikipedia

Un article sur le web, Les grandes lignes de la révolution.

1 livre, pour approfondir, “La révolution burkinabè” de Pierre Englebert, Editions L’harmattan.

Et enfin un extra, la conférence de presse de Thomas Sankara en 1984 à Paris dans laquelle il revient sur les débuts de la révolution.

Brève présentation du Burkina Faso novembre 2 2007

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Cliquez sur les cartes pour les agrandir, voir où le Burkina Faso se trouve et comment il se compose :

Carte du monde Carte détaillé du Biurkina Faso

Regardez le Burkina Faso sur Google Maps :

Ecoutez l’hymne officiel du Burkina Faso :

Le Burkina Faso, anciennement “Haute-Volta” à l’époque coloniale, est un pays d’Afrique de l’Ouest. Protectorat français des 1896, l’ancien royaume Mossi ne retrouve son indépendance que le 4 août 1960.

Grand de 274 000 km2 et peuplé par 14 millions d’habitants, en majorité de l’ethnie “peul” et “mossi”, le Burkina Faso est constitué de 45 provinces et de 13 régions. Au nord, le climat est dit “sahélien”, avec des longues périodes de sécheresse alors qu’au sud, le climat “soudano-guinéen” présente des pluies fréquentes et des températures relativement basses. Ce climat “schizophrène” s’avère compliqué à maîtriser et influe négativement sur les productions agricoles, la principale ressource nationale.

174ème pays sur 177 à l’IDH (l’Indice de Développement Humain), le Burkina Faso est l’un des parents pauvres de l’Afrique. Taux de natalité et de mortalité infantile très élevés, espérance de vie courte (50 ans), taux de chômage important, peu ou pas de ressources naturelles ou d’industrie, le “pays des hommes intègres” part de loin. La corruption, l’absence de système de santé efficace et les inégalités sociales très importantes complètent le tableau d’un pays en difficulté.

Mais rien ne sert de noircir un portrait déjà sombre. Le Burkina bénéficie d’une réelle stabilité politique (ce qui ne dit rien sur la qualité de ses dirigeants…) et d’une paix civile quasi permanente. Elément fondamental pour d’éventuels investisseurs (qui se font pourtant attendre…) et plutôt rare dans cette zone géographique. La vie politique est multipartiste et les élections sont démocratiques (même si la rumeur veut qu’une voix s’achète 500 francs CFA…) Sur le plan économique, le tourisme pourrait devenir un réel moteur de développement. Les paysages, somptueux et variés, représentent une vraie possibilité de ressources. Enfin, le Burkina Faso possède une aura et un rayonnement culturels sur l’Afrique. Le pays est renommé pour la qualité de ses musiciens, chanteurs ou artistes. Le Fespaco est le plus grand festival de cinéma africain et se tient tous les deux ans à Ouagadougou.

Regardez le début d’un reportage sur les coulisses du Fespaco 2005 (la suite sur Dailymotion) :

Cependant, qui mieux que Thomas Sankara peut parler du Burkina Faso ? Ecoutez son avis, sans aucun doute plus pertinent.

Thomas Sankara, l’homme intègre octobre 31 2007

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“Je m’élève ici au nom de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération, réellement. Sur cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi. Mais seuls quelques-uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux. Eh bien, je me fais le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils peuvent se faire entendre. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger.” Thomas Sankara, lors de la 39ème session de l’Assemblée Générale des Nations-Unies, le 4 octobre 1984.

Thomas Sankara

 

4 Août 1983. Un coup d’état militaire renverse le président burkinabé Jean-Baptiste Ouédraogo. Thomas Sankara, ancien premier ministre emprisonné, accède à la présidence.

 

Jeunesse. Né en 1949 à Yako dans une famille catholique peul-mossi, il fait ses études à Bobo-Dioulasso et embrasse très tôt une carrière militaire. Il suit une formation d’officier à Magadascar et assiste à la révolution qui renverse le régime néocolonialiste. Là, naît sa conviction “d’une révolution démocratique et populaire”. Peu de temps après, en 1976, il devient commandant du centre commando de Pô et fait la connaissance de celui qui deviendra son bras droit et son “frère”, Blaise Compaoré. Avec lui et Henri Zongo, il crée le Regroupement des Officiers Communistes.

Septembre 1981. Entrée remarquée au gouvernement (secrétaire d’Etat à l’Information) et sortie fracassante un an plus tard au cri de “Malheur à ceux qui baillonent le peuple”.

7 novembre 1982. Nouveau coup d’Etat. Le médecin militaire Ouédrago accède au pouvoir et Thomas Sankara devient premier ministre en janvier 1983. Le 17 mai, il est limogé et mis aux arrêts, quelques jours après la visite de Guy Penne, le “Monsieur Afrique” de François Mitterrand. Blaise Compaoré, déjà, résiste à Pô où il forme militairement des partisans. La suite est connue. Un certain 4 août (1983), il marche sur Ouagadougou avec 250 hommes et libère Thomas Sankara. Celui-ci devient président, porté au pouvoir par la ferveur populaire.

 

Son programme est ambitieux. Lutter contre la corruption, offrir l’éducation à tous, améliorer le statut de la femme (”la moitié du ciel”), transformer le système agricole et réformer en profondeur son pays. Premier acte symbolique : la Haute-Volta, nom choisi par l’ancien pays colonisateur, la France, devient le Burkina Faso, “Le pays des hommes intègres”. Mais la révolution ne se fait pas sans heurt et Thomas Sankara use de son autorité. Les résistances sont nombreuses face à l’énergie du jeune dirigeant progressiste. Les chefs de clans voient leurs pouvoirs féodaux réduits et au sein même des dirigeants, des dissensions entre modérés et radicaux se font entendre. Des Comités de Défense de la Révolution sont créés, qui feront parfois régner une terreur peu conforme à l’idéal sankariste.

 

Inquiétudes étrangères. Sa politique, anti-impérialiste, tiers-mondiste, panafricaine, internationaliste et socialiste, bouleverse l’échiquier international. Les accrochages avec François Mitterrand sont nombreux. Son charisme et son succès font de l’ombre à certains “vieux” dirigeants africains. Thomas Sankara se sait menacé mais il ne fait rien. Il n’y aura ni purges ni exécutions de traitres présumés. Il y aura “simplement” un nouveau coup d’Etat, le 15 octobre 1987, fomenté par Blaise Compaoré, son “frère” de toujours. Thomas Sankara décède de “mort naturelle”, sous les balles. A ce jour, aucune enquête n’a été menée, malgré la récente condamnation du Comité des droits de l’homme des Nations Unies.

 

Film de 22min sur la vie de Thomas Sankara