“Musicien du métro” tend à devenir un label international. A Londres, Tokyo, Kyoto, Osaka, Montréal ou Paris, des musiciens sont triés sur le volet pour avoir la possibilité de pratiquer leur instrument dans les couloirs du métro.

L’afflux des aspirants ces dernières années dans la capitale française a conduit la RATP à créer en 1997 une structure d’accueil, l’Espace Métro Accords (EMA), dont la particularité réside dans l’organisation de castings préalables à l’accréditation des musiciens. Le directeur artistique des événements au sein de la RATP, Antoine Naso, explique ce choix : ” Les musiciens sont recrutés selon des critères artistiques et non pas sociaux. C’est pour que les voyageurs entendent une musique de qualité que nous avons créé une structure. Sinon il y aurait n’importe quoi.”

Le jury est composé exclusivement d’agents RATP (Conducteurs et machinistes mais aussi musiciens faisant partie de l’entreprise). Environ 400 accréditations sont délivrées chaque année, permettant aux heureux élus de passer du statut de “mendiant” à celui d’ “artiste”.

A Châtelet, ils sont en général une dizaine, répartis entre les différents “spots” stratégiques de la station. Parmi eux, Clément Jollin, un bordelais de 29 ans. Cet étudiant en psychologie est arrivé à Paris il y 2 ans. De petite taille, le visage fin et pâle, Clément cultive un style « artiste fauché » sympathique : écharpe négligemment jetée autour du cou, veste en velours élimée et cheveux ébouriffés.

« J’ai commencé à jouer dans le métro deux mois après avoir débarqué à Paris. Je n’avais pas spécialement besoin d’arrondir mes fins de mois, mais je ne connaissais pas grand monde et je voulais un auditoire. A Bordeaux, j’avais un groupe avec lequel on se produisait, ça s’est mis à me manquer. Donc j’ai pris ma guitare et je suis allé jouer, je ne savais même pas qu’il fallait une accréditation ! », se rappelle le jeune homme. « Evidemment je me suis fait aligner pour « mendicité… »

Un an et demi plus tard, Clément est un vrai professionnel du métro… « J’ai passé le casting à l’automne et j’ai été retenu, du coup j’en fais un vrai business ! ». Les musiciens choisis par la RATP n’ayant aucune contrainte de temps ou de lieu, Clément a testé pour vous la plupart des stations parisiennes et annonce solennellement sa sélection: « Moi je dis Châtelet, je dis Odéon, je dis République. Mais surtout Châtelet en fait. » Les bons jours, notre artiste à la veste côtelée peut récolter jusqu’à 100 euros en quelques heures.

« C’est assez drôle car les gens t’assimilent à un mendiant. On m’a déjà donné des fruits, des pains au chocolat, des barres céréalières. Et j’ai assez de tickets restaurants pour soutenir un siège ! Moi je ne crache pas sur ce qu’on me donne, je me sert de tout et j’investis dans ma carrière : c’est comme ça que j’ai pu acheté mon violon. »

Car de la guitare, Clément est passé au violon, bien plus rentable. « Les gens sont bien plus impressionnés par cet instrument que par la guitare, et j’y prends de toute façon plus de plaisir, c’est un vrai challenge, car les gens – surtout quand tu joues dans le métro – ne te pardonnent pas d’être mauvais. C’est assez jouissif quand un petit groupe se forme autour de toi, que les gens prennent le temps d’écouter.

Certaines règles souffrant d’exceptions, Clément ne souhaite absolument se faire repérer par un label ni signer quoi que ce soit : « Je sais que la majorité des autres musiciens avec lesquels j’ai discuté sont là pour ça. Mais moi je ne veux pas faire carrière, j’aime juste qu’on m’écoute ! »