“Tonton” ou les fruits du métro
Après mes diverses variations sur les musiciens du métro, il est temps de se concentrer sur une autre institution de Châtelet : “Tonton”.
Vous pouvez aussi l’appeler M.Habib, mais pas sûr qu’il réponde à l’impertinent qui l’interpelle ainsi. “Mon nom c’est Tonton, un point c’est tout. c’est comme ça que tout le monde me connaît ici”.
Tonton tient l’étalage de fruits et légumes appartenant à la société “Feuille de Chêne”, à qui la RATP loue des emplacements. Vous le trouverez juste avant le tapis roulant qui relie les lignes 11 et 7 au reste de la station.
“Ca fait 20 ans que je fais ça. Je travaille tous les jours de la semaine, de 9h30 environ jusqu’à 19 ou 20 heures. Mais bon, aujourd’hui j’ai mal aux pieds (ndrl, nous sommes dimanche) donc je pense m’en aller vers 16 heures”, déclare l’homme aux tempes grisonnantes.
Tunisien d’origine, ce bientôt sexagénaire est en France depuis plus de 40 ans. “J’ai passé plus de temps ici, à Châtelet, qu’à l’air libre, je connais presque pas Paris ! “, s’esclaffe-t-il. “Ici, je ne gagne pas beaucoup, mais je m’en sors. Je travaille pour mes enfants, j’en ai quatre. Le plus jeune à 5 ans. Ensuite c’est 14, 21 et 25, alors la retraite c’est pas pour tout de suite…”. Il s’interrompt pour aller servir un client, qui s’avère être son neveu. “Je te présente mon neveu, mademoiselle, c’est même plus que mon neveu, et c’est mon meilleur client! déclare-t-il en tapotant la tête du jeune - qui le domine pourtant d’une bonne quizaine de centimètres - .
Qui s’arrête pour acheter ses fruits dans le métro ? “Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce ne sont pas les touristes mais les parisiens”, affirme Tonton. “Et oui, même les pressés ils ne résistent pas à la qualité!”, lance-t-il avec un clin d’oeil malicieux.
Tonton doit tous les soirs rendre des comptes à un gérant de la société “Feuille de Chêne”, qui passe pour vérifier la caisse. “Travailler ici, c’est pas si mal vous savez. Je connais tout le monde. Et je ne fais pas que vendre des légumes, je discute avec d’autres employés de la RATP. J’ai mon copain d’une des boutiques Relay des Halles, un autre qui est agent d’entretien. Il y a aussi mon ennemi intime. C’est un musicien (ndlr, on ne s’en sort pas décidément) qui joue depuis plus de 15 ans la même chanson sur sa guitare. Il ne sait ni jouer, ni chanter, mais ça ne le dérange pas. Ben moi si, et je lui dis, mais il s’en fout!”.
Notre homme est un peu le “protecteur” de la station. Il n’évoque que du bout des lèvres le danger de travailler dans le métro : “Oui, j’ai déjà eu peur et, oui, j’estime qu’il y a une vraie part de risque. Mais moi je suis connu ici, s’il y a un problème, je sais qu’on vient m’aider. En revanche, ça m’arrive régulièrement de recueillir des petites minettes comme vous, qui se font embêter, et des fois assez violemment. Elles viennent se réfugier ici et j’attends avec elles que les types s’en aillent. Ils n’osent pas s’en prendre à moi.”
Un afflux soudain de clients l’éloigne définitivement, et selon une formule désormais rituelle à Châtelet, il lance solennel malgré son large sourire :” Allez mademoiselle, bon courage, et repassez me voir!”.
24 January 2008 à 4:52 pm
Très bien ce portrait … Vraiment… Mais il ne viendrait à l’idée d’acheter des fruits et légumes dans le métro…
Financièrement c’est rentable?
Merci de me répondre.