Général


Général03 Jun 2008 05:04 pm

Ils font le plaisir des usagers et le désespoir des vendeurs de journaux souterrains. Je vous avais déjà parlé des musiciens du métro, aujourd’hui à vous de les entendre…

Plongée musicale dans les entrailles de Paris

Réalisé avec Marie Bolinches

Général07 Mar 2008 07:03 pm

Ce blog fascinant va fermer sous peu. Consolez-vous, ô trois fidèles lecteurs (salut maman), votre spécialiste ès Châtelet a finalement validé ses crédits. J’espère ne jamais rouvrir de blog. Mais si ça devait arriver, je promets de choisir un sujet un minimum intéressant cette fois-ci…

Général23 Jan 2008 06:58 pm

Dans toute ma délicatesse, je n’avais pas traité des grèves - pour ne pas vous faire inutilement mal, évidemment - . Mais deux mois après, il est temps de savourer.
Les gens qui n’étaient pas à Châtelet ce jour-là en raison d’un trafic nul étaient…ici :

Et à Châtelet sur la ligne 4 :

Et une petite dernière pour la route :

Général22 Jan 2008 03:11 pm

place du châtelet métro station théâtre histoire“Châtelet à travers les siècles”, un titre grandiloquent pour pas grand-chose, certes, mais il est temps de passer à l’offensive dans l’optique d’augmenter la quantité de mon lectorat.

Donc, lecteurs avides, je reçois des centaines d’emails avec tous la même interrogation : pourquoi la station Châtelet s’appelle-t-elle Châtelet ?

Après des semaines passées enfermée dans des bibliothèques poussiéreuses, d’innombrables ouvrages compulsés, voici enfin de quoi satisfaire votre exigence.

Comme son nom l’indique à qui a un minimum de culture (la provocation attirerait le commentaire), cette place était au Moyen-Age une tour en bois, construite vers 870 par le roi Charles le Chauve, protégeant la porte principale de la capitale française.

Reconstruite en pierre vers 1130, la tour devient une forteresse à deux tours et prend le nom de Grand Châtelet. Elle est affecté au Prévôt de Paris, qui est en charge de la police et de la justice criminelle. Salles de torture et prison, on y trouve la pointe de l’équipement pour meubler le nouveau haut lieu de la justice royale.

Afin de faciliter la circulation entre les deux rives de la capitale, Napoléon Ier fait raser le tout en 1802, laissant naître la Place du Châtelet et sa Fontaine de la Victoire.

Il faudra attendre le baron Haussmann pour que la place prenne l’apparence qu’on lui connaît actuellement, avec la construction en 1862 de deux théâtres par l’architecte Davioud de part et d’autre de la fontaine. Le Théâtre du Cirque (actuel Théâtre du Châtelet) et le Théâtre Lyrique (actuel Théâtre de la Ville).

Châtelet en 2007, c’est : ” un important nœud de communication routier, de par sa position centrale dans Paris, aux croisements des axes nord-sud et est-ouest, un carrefour de tous les transports en commun, et un lieux majeur de spectacles à Paris”, selon notre bonne amie (toujours de méfier des potes) Wikipédia. place du châtelet métro station théâtre histoire

Général22 Jan 2008 02:01 pm

Après mes diverses variations sur les musiciens du métro, il est temps de se concentrer sur une autre institution de Châtelet : “Tonton”.

Vous pouvez aussi l’appeler M.Habib, mais pas sûr qu’il réponde à l’impertinent qui l’interpelle ainsi. “Mon nom c’est Tonton, un point c’est tout. c’est comme ça que tout le monde me connaît ici”.

Tonton tient l’étalage de fruits et légumes appartenant à la société “Feuille de Chêne”, à qui la RATP loue des emplacements. Vous le trouverez juste avant le tapis roulant qui relie les lignes 11 et 7 au reste de la station.

“Ca fait 20 ans que je fais ça. Je travaille tous les jours de la semaine, de 9h30 environ jusqu’à 19 ou 20 heures. Mais bon, aujourd’hui j’ai mal aux pieds (ndrl, nous sommes dimanche) donc je pense m’en aller vers 16 heures”, déclare l’homme aux tempes grisonnantes.

Tunisien d’origine, ce bientôt sexagénaire est en France depuis plus de 40 ans. “J’ai passé plus de temps ici, à Châtelet, qu’à l’air libre, je connais presque pas Paris ! “, s’esclaffe-t-il. “Ici, je ne gagne pas beaucoup, mais je m’en sors. Je travaille pour mes enfants, j’en ai quatre. Le plus jeune à 5 ans. Ensuite c’est 14, 21 et 25, alors la retraite c’est pas pour tout de suite…”. Il s’interrompt pour aller servir un client, qui s’avère être son neveu. “Je te présente mon neveu, mademoiselle, c’est même plus que mon neveu, et c’est mon meilleur client! déclare-t-il en tapotant la tête du jeune - qui le domine pourtant d’une bonne quizaine de centimètres - .

Qui s’arrête pour acheter ses fruits dans le métro ? “Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce ne sont pas les touristes mais les parisiens”, affirme Tonton. “Et oui, même les pressés ils ne résistent pas à la qualité!”, lance-t-il avec un clin d’oeil malicieux.

Tonton doit tous les soirs rendre des comptes à un gérant de la société “Feuille de Chêne”, qui passe pour vérifier la caisse. “Travailler ici, c’est pas si mal vous savez. Je connais tout le monde. Et je ne fais pas que vendre des légumes, je discute avec d’autres employés de la RATP. J’ai mon copain d’une des boutiques Relay des Halles, un autre qui est agent d’entretien. Il y a aussi mon ennemi intime. C’est un musicien (ndlr, on ne s’en sort pas décidément) qui joue depuis plus de 15 ans la même chanson sur sa guitare. Il ne sait ni jouer, ni chanter, mais ça ne le dérange pas. Ben moi si, et je lui dis, mais il s’en fout!”.

Notre homme est un peu le “protecteur” de la station. Il n’évoque que du bout des lèvres le danger de travailler dans le métro : “Oui, j’ai déjà eu peur et, oui, j’estime qu’il y a une vraie part de risque. Mais moi je suis connu ici, s’il y a un problème, je sais qu’on vient m’aider. En revanche, ça m’arrive régulièrement de recueillir des petites minettes comme vous, qui se font embêter, et des fois assez violemment. Elles viennent se réfugier ici et j’attends avec elles que les types s’en aillent. Ils n’osent pas s’en prendre à moi.”

Un afflux soudain de clients l’éloigne définitivement, et selon une formule désormais rituelle à Châtelet, il lance solennel malgré son large sourire :” Allez mademoiselle, bon courage, et repassez me voir!”.

Général20 Jan 2008 12:32 am

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A ne pas manquer : le blog de Supertonin, musicien accrédité par la RATP qui se produit à Châtelet.

Cet informaticien du ministère de l’Equipement (nouvellement intitulé « du développement durable”) a décidé au mois d’avril dernier de prendre une année sabbatique pour tenter sa chance en tant que « professionnel de la musique ».

Il est donc depuis septembre 2007 en congé sans solde de la fonction publique et a passé avec succès le casting EMA (non, je ne réexpliquerai pas, ça vous apprendra à ne pas lire TOUS les posts). Depuis, il a ouvert ce blog et nous tient au courant de ses pérégrinations.

Aventures et mésaventures, narrées avec beaucoup d’humour et d’humanité, valent largement le détour.

Bonne lecture !

Général20 Jan 2008 12:28 am

La RATP lance un nouveau site Internet pour les musiciens du métro. En association avec une nouvelle agence de publicité et de médias, 3 W, la société de transport parisienne souhaite mettre ses artistes à l’honneur. 

Il sera ainsi possible de télécharger leur musique, se renseigner sur leur parcours et même les contacter par mail

Petit « plus » du site : une section « Juke Box » vous permettra de composer votre propre musique…De quoi créer quelques vocations.

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Général19 Jan 2008 11:46 pm

“Musicien du métro” tend à devenir un label international. A Londres, Tokyo, Kyoto, Osaka, Montréal ou Paris, des musiciens sont triés sur le volet pour avoir la possibilité de pratiquer leur instrument dans les couloirs du métro.

L’afflux des aspirants ces dernières années dans la capitale française a conduit la RATP à créer en 1997 une structure d’accueil, l’Espace Métro Accords (EMA), dont la particularité réside dans l’organisation de castings préalables à l’accréditation des musiciens. Le directeur artistique des événements au sein de la RATP, Antoine Naso, explique ce choix : ” Les musiciens sont recrutés selon des critères artistiques et non pas sociaux. C’est pour que les voyageurs entendent une musique de qualité que nous avons créé une structure. Sinon il y aurait n’importe quoi.”

Le jury est composé exclusivement d’agents RATP (Conducteurs et machinistes mais aussi musiciens faisant partie de l’entreprise). Environ 400 accréditations sont délivrées chaque année, permettant aux heureux élus de passer du statut de “mendiant” à celui d’ “artiste”.

A Châtelet, ils sont en général une dizaine, répartis entre les différents “spots” stratégiques de la station. Parmi eux, Clément Jollin, un bordelais de 29 ans. Cet étudiant en psychologie est arrivé à Paris il y 2 ans. De petite taille, le visage fin et pâle, Clément cultive un style « artiste fauché » sympathique : écharpe négligemment jetée autour du cou, veste en velours élimée et cheveux ébouriffés.

« J’ai commencé à jouer dans le métro deux mois après avoir débarqué à Paris. Je n’avais pas spécialement besoin d’arrondir mes fins de mois, mais je ne connaissais pas grand monde et je voulais un auditoire. A Bordeaux, j’avais un groupe avec lequel on se produisait, ça s’est mis à me manquer. Donc j’ai pris ma guitare et je suis allé jouer, je ne savais même pas qu’il fallait une accréditation ! », se rappelle le jeune homme. « Evidemment je me suis fait aligner pour « mendicité… »

Un an et demi plus tard, Clément est un vrai professionnel du métro… « J’ai passé le casting à l’automne et j’ai été retenu, du coup j’en fais un vrai business ! ». Les musiciens choisis par la RATP n’ayant aucune contrainte de temps ou de lieu, Clément a testé pour vous la plupart des stations parisiennes et annonce solennellement sa sélection: « Moi je dis Châtelet, je dis Odéon, je dis République. Mais surtout Châtelet en fait. » Les bons jours, notre artiste à la veste côtelée peut récolter jusqu’à 100 euros en quelques heures.

« C’est assez drôle car les gens t’assimilent à un mendiant. On m’a déjà donné des fruits, des pains au chocolat, des barres céréalières. Et j’ai assez de tickets restaurants pour soutenir un siège ! Moi je ne crache pas sur ce qu’on me donne, je me sert de tout et j’investis dans ma carrière : c’est comme ça que j’ai pu acheté mon violon. »

Car de la guitare, Clément est passé au violon, bien plus rentable. « Les gens sont bien plus impressionnés par cet instrument que par la guitare, et j’y prends de toute façon plus de plaisir, c’est un vrai challenge, car les gens – surtout quand tu joues dans le métro – ne te pardonnent pas d’être mauvais. C’est assez jouissif quand un petit groupe se forme autour de toi, que les gens prennent le temps d’écouter.

Certaines règles souffrant d’exceptions, Clément ne souhaite absolument se faire repérer par un label ni signer quoi que ce soit : « Je sais que la majorité des autres musiciens avec lesquels j’ai discuté sont là pour ça. Mais moi je ne veux pas faire carrière, j’aime juste qu’on m’écoute ! »

Général16 Dec 2007 03:52 pm

A Châtelet, on peut diviser les passants en trois catégories. Ceux qui ont pris ou vont prendre un métro, ceux dont c’est le lieu de travail (employés de la RATP, musiciens, vendeurs à la sauvette, etc.) et ceux qui, comme Patrick Mouro, y passent la journée simplement parce qu’il y fait chaud.
Il y a de grandes chances de trouver Patrick Mouro sur le quai de la Ligne 11, au départ de Châtelet vers Mairie des Lilas. Probablement qu’il sera, comme aujourd’hui, en train de glisser du siège sur lequel il s’est installé, sa bouteille de piquette rouge vacillant sur ses genoux. Non qu’il se sente particulièrement inspiré par la destination à consonnance bucolique, “mais au moins ici on [lui] fout la paix”.

Une casquette visée sur la tête, le nez rouge qui contraste avec les mèches blanches qui dépassent de son couvre-chef, Patrick, 69 ans, est ravi d’avoir un peu de compagnie. Très gentleman, il offre galamment un des sièges qui l’entoure, “celui que vous préférez, moi j’m'en fous.”

Son visage abîmé se crispe lorsqu’on lui pose une question. L’effort de concentration lui coûte visiblement : “J’ai plus l’habitude de discuter avec les gens. Pourtant on pourrait croire qu’ici [à Châtelet] je trouverais à qui causer. Ben non, au contraire, personne ne s’arrête pas jamais, je vois bien que je les dégoûte.  Je me dégoûterais aussi si je me voyais alors je comprends. Mais du coup je parle pas beaucoup et puis j’ai du mal à suivre quand j’écoute, mon esprit part un peu ailleurs”.

“Vous vous demandez comment j’ai fait pour en arriver là, pas vrai ?”, lance-t-il  soudain, mi-amusé, mi-agacé. “Ils veulent toujours savoir ça”. Qui  “ils”?  “Bah les journalistes, ou les gens gentils qui des fois s’arrêtent quand je suis dans la rue.” Il s’interrompt, perdu dans ses pensées. “C’est comme si tout le monde voulait savoir comment j’ai fait pour être sûr de pas faire la même chose !”, s’esclaffe-t-il ensuite d’un rire qui sonne faux.

“J’ai pas toujours été comme ça vous savez. Il y a quinze ans, j’avais une femme, un boulot et un appart. J’étais mécano chez Nissan, et un sacré bon même. Mais je suis tombé malade et j’ai fini par être viré. Ma femme a voulu divorcer, explique-t-il avec difficulté. “Pourtant j’étais pas un flemmard, mais j’ai bossé en atelier depuis mes 16 ans, alors à 50 j’étais déjà vieux. J’avais mal partout quand je me réveillais. Donc quand j’étais malade, j’avais plus la force de rien…”

Bien qu’il ait travaillé pendant plus de 35 ans, Patrick ne touche ni retraite, ni RMI : “Trop compliqué, j’ai passé des heures à remplir des papiers, mais comme j’ai pas d’adresse, ça casse les couilles. Il faut faire la queue ensuite, avec ma santé je peux pas. Enfin. J’ai laissé tomber. Par contre je suis soigné, je sais pas trop par quel miracle mais j’ai la CMU (Couverture maladie universelle), je suis pas si mal lotti…”

Si Patrick a la confidence facile, il se refuse à évoquer l’avenir. Son ton se durcit et il s’emporte : “J’ai pas envie de penser à l’hiver qui arrive, ni à rien. Là j’ai chaud, un  point c’est tout. Vous pouvez pas comprendre, mais c’est pas de votre faute. Je sais pas où je vais dormir ce soir, comment je pourrais me représenter mon avenir, hein ? C’est pour ça que ça m’énerve ce genre de question, c’est comme les gens qui te donnent 10 centimes et qui te précisent : “mais c’est pour manger hein, pas d’alcool“. T’as l’impression d’être rien quand on te dit ça, et en même temps t’as envie de leur cracher dessus. Parce que tu bois pas pour le goût, pas pour oublier, parce que t’oublies pas. Tu bois parce que ça tient chaud.”

Pourquoi avoir choisi Châtelet plutôt qu’un autre station pour se réchauffer ? “Dormir dans le métro en journée, c’est compliqué. Ici, les agents ils me connaissent et ils me laissent faire le plus souvent. Sauf quand parfois les gens m’énervent et que je leur gueule dessus, ils me virent, mais c’est normal. Quand je veux me réchauffer je vais dans une station de la ligne 11, je pourrais pas expliquer mais je préfère les gens. Je peux dire où les personnes sont les plus sympas, y’a des lignes de vrais cons ! Je suis un peu un sociologue des gens du métro !”

Sur ce, voyant deux autres SDF arriver, Patrick se lève laborieusement, ramasse ses divers sacs plastiques et s’en va les rejoindre : “Ce sont des potes, mais ils parlent pas aux gens qu’ils connaissent pas, je vous les recommande pas ! Allez, bon courage mademoiselle !”.

Général02 Dec 2007 08:22 pm

Chers lecteurs attentifs (car lecteurs attentifs il y a), vous vous êtes sûrement demandé pourquoi ce blog, après tout consacré à la station de métro Châtelet, n’a pas traité de la grève, que dis-je, DES grèves

Il est vrai que j’aurais pu (j’eus pu ?) vous tenir informés en temps réel du trafic sur vos lignes, des préavis de reconduite et autres temps d’attente. Il aurait dû y avoir des micro-quais de voyageurs en furie, blasés ou amusés. Des citations d’employés de la RATP dépressifs. Des descriptions proustiennes de scènes de cohue. Des enquêtes spéciales, des reportages inédits…

Il faut le reconnaître, nous avons manqué une grande aventure. Je me rattrapperai aux prochaines, parole de bloggeuse.

Néanmoins, dès cette semaine, et pour diversifier votre érudition (future) sur Châtelet, une série de portraits des fantômes du métro. De ceux que vous croisez peut-être en marchant tête baissée, l’air hostile, vers votre ligne….

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