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Piergiorgio Di Cara, commissaire contre la mafia décembre 26 2007

Publié par cultureitalienne in : Nous avons lu pour vous... , ajouter 1 commentaire

“Verre froid”, le dernier livre de Piergiorgio Di Cara, est sorti dans les librairies françaises le 1er octobre dernier. Commissaire à la brigade antimafia de Palerme, Piergiorgio Di Cara passe à l’écriture dans les années 2000 pour réaliser une autre de ses vocations. Dans ses romans policiers, il raconte sa propre expérience.

Le personnage principal des policiers du sicilien Piergiorgio Di Cara, l’inspecteur Salvo Riccobono, est le double de l’auteur. Comme lui, il aime la littérature, le rugby et exerce le métier de … flic anti-mafia. Salvo est également solitaire, brusque, taciturne, dépressif et semi-alcoolique… comme son auteur ?

Troisième volet des aventures de notre inspecteur- auteur, “Verre froid” a été publié aux éditions Métailié et traduit par Serge Quadruppani, comme les deux premiers.

L’Histoire. Le premier volet, “Ile noire” (Isola nera, 2002), se déroule sur l’île sicilienne de Lipanusa (nom imaginaire, le vrai étant Linosa, l’une des trois îles Pélagie au sud de la Sicile). Salvo, en convalescence après avoir échappé couvertureà une fusillade de la mafia, s’y réfugie, invité par son ami médecin Mario. Dans cette île de lave noire d’un autre temps, étouffée par le poids des traditions, où une tempête fait rage et isole l’île, l’inspecteur Riccobono tente de se remettre en question, en tant qu’homme et policier. Dans ce climat mystérieux et pluvieux, Toni, un habitant violent, se fait assassiner. Salvo ne peut s’empêcher, un peu malgré lui, de mener son enquête. Ce qu’il découvrira ne le satisfera pourtant pas totalement.
“Ile noire” a été adapté au cinéma par Mimmo Calopresti.

couvertureDans “L’Ame à l’épaule” (L’Anima in spalla, 2004), Piergiorgio Di Cara nous amène avant l’accident qui entraîne Salvo Riccobono sur l’île noire. Un matin, un attentat tue un juge anti-mafia sous les yeux de Salvo. Le bruit de la détonation, la vue des corps carbonisés le poursuivront tout au long de ce second volet.
“L’Ame à l’épaule” décrit plus généralement le quotidien de la brigade où travaille l’inspecteur Riccobono. Ses collègues et lui partent à la recherche d’un mafieux en fuite. Nous vivons avec eux le long travail d’écoutes, la découverte de petits éléments qui ne font pas toujours avancer une enquête, les pressions subies et plus largement leurs doutes.
Ce roman se conclue par l’attentat dont Salvo est victime et qui l’envoie sur l’île de Lipanusa (“Ile Noire”).

couverture“Verre froid” (Vetro freddo, 2006), le dernier volet, reprend les aventures du commissaire Salvo où Piergiorgio Di Cara les avait laissées sur l’île de lave noire.
Salvo apprend qu’il se trouve sur la liste noire de Cosa Nostra, la mafia sicilienne. Pour le mettre à l’abri, ses supérieurs décident de le mûter dans un petit commissariat, apparemement tranquille, de Calabre. En effectuant une enquête de routine sur une petite affaire de drogue, Salvo va affronter une autre mafia, tout aussi dangereuse que Cosa Nostra, la n’drangheta, la mafia calabraise.

La Critique. Piergiorgio Di Cara a décidé dans ses romans de décrire ce qu’il connaît bien, le travail d’un policier anti-mafia. Il nous plonge dans l’univers de commissariats, en Sicile comme en Calabre, dans le travail à longue haleine de ces personnes courageuses mais également vulnérables qui oeuvrent pour le bien de la société. Sa description de leur quotidient est juste et étoffée de détails que l’on ne connaît pas toujours.
Salvo Riccobono apparaît à la fois comme un héros et un anti-héros. Héros parce que sa lutte est légitime. Anti-héros parce que c’est un policier et un homme qui doute, qui a peur, qui se montre parfois brutal et enragé. Ses défauts sont parfois même trop surexposés. Sa psychologie prend parfois le pas sur l’enquête et l’histoire mêmes.
L’écriture de Di Cara rend donc merveilleusement bien ce quotidien de flic. Ses livres sont un témoignage précieux, mais les mots choisis sont souvent maladroits. A trop vouloir faire de psychologie, on se perd dans les fils de l’enquête, quand les personnages ne sont pas caricaturaux.
Le dernier volet, “Verre froid”, a particulièrement ces défauts. Entre la caricature du collègue homo et la longue description initiale du voyage de Salvo entre Sicile et Calabre, on peine à entrer véritablement dans le livre.
Di Cara perd la force, le climat quasi mystique qu’il avait si bien réussi à transmettre dans “Ile noire”.

On attend donc la suite avec impatience, pour voir si les mots de l’éditeur se confirment : ” [Piergiorgio Di Cara] raconte avoir rêvé, tout jeune, de devenir à la fois policier et romancier. Avec ses romans, il prouve qu’il a bien réalisé sa double vocation“.

Arte avait également consacré une interview au commissaire et écrivain sicilien dans un reportage sur le festival Kals’art de Palerme dans Le Journal de la culture en août 2006.

Florence Raut : “La Libreria a créé une vraie dynamique de quartier” décembre 15 2007

Publié par cultureitalienne in : Littérature , 1 commentaire seulement

Florence Raut, co-propriétaire de La Libreria, est devenue libraire sur le tard. À 43 ans, elle ne semble pas regretter ce choix. Simple et ouverte, à l’image de cette librairie franco-italienne du IX°arrondissement de Paris, elle transmet sa passion pour les livres et cultive sa différence. Florence Raut

Elle aurait pu ne jamais se retrouver derrière le comptoir de cette librairie de quartier, située dans le IXe arrondissement de Paris. Quand Gennaro Capuano lui propose de s’occuper de son café-librairie, Leggere per 2, Florence Raut fait la moue. Ce n’est pas son métier, et rester coincée derrière un bureau ne l’emballe guère. Cette expérience agit pourtant comme un déclic. « J’ai adoré ce contact avec les gens ! », glisse-t-elle timidement, passant la main dans ses cheveux. Quand la librairie ferme, elle n’a qu’une envie : replonger. Un an et demi plus tard, en mai 2006, La Libreria ouvre ses portes.

S’imposer sur le marché s’est révélé finalement chose assez aisée. Beaucoup d’anciens clients du café-librairie l’ont suivie. Le bouche-à-oreille a fait le reste. Autre avantage : le quartier n’avait pas de librairie généraliste. Peu à peu, la clientèle s’est fidélisée. « Dans le quartier, on ne trouve pas de boutiques agréables. Quand nous avons ouvert, les habitants nous étaient vraiment reconnaissants ». Cet emplacement privilégié ne fait pas tout. Florence manifeste une grande attention pour ses visiteurs. Elle salue par leurs noms ceux qu’elle reconnaît et se montre toujours disponible. Une formule newsletter permet de tenir au courant les nouveaux arrivants des rencontres, des livres conseillés. « J’adore le contact avec les clients. Ils viennent chercher un livre, je les conseille. Mais c’est donnant-donnant. Parfois, ils me parlent d’un livre qu’ils ont aimé ».

La LibreriaLa librairie existe grâce à une amitié entre deux femmes, à l’image de leur librairie : Florence Raut est française, d’origine bretonne ; Marina Zingraff est italienne. Ce qui les rapproche ? L’Italie, mais avec des trajectoires inversées. Florence a quitté la France pour Rome, son ex-mari étant italien. Marina a rejoint son mari français à Paris. Toutes deux ont exercé des métiers à mille lieux de celui de libraire avant de monter ce projet. Leurs routes ont fini par se croiser. « Florence se ressent certainement comme une Française romaine. Et elle parle l’italien comme une vraie romaine ! », explique Marina. Elles sont la preuve vivante qu’on peut prendre des virages, changer de voie et s’épanouir. « Sur le terrain, on a quand même dû se coltiner la réalité économique, le travail avec les maisons d’édition… », lance Florence, réaliste et humble.

Débarquer dans le métier ne s’avère pourtant pas toujours évident. D’autant que la concurrence peut sembler rude. La Tour de Babel, ouverte depuis 1984, reste pendant longtemps l’unique librairie italienne de Paris. « Il y a de la place pour deux. Et puis, on apporte un enthousiasme, une nouvelle énergie, plus féminine. On a aussi l’avantage de l’âge : comme on dit, on a le feu sacré ! ».Les Italiens ne manquent pas à Paris et les institutions culturelles forment une grande famille avec les librairies et Radio Aligre. Ce réseau déjà constitué a été d’une grande aide au début pour faire connaître La Libreria.
La Libreria devait devenir un espace exclusivement franco-italien. « En faisant ce choix, on se coupait à une certaine clientèle », assure-t-elle. En littérature française comme italienne, tous les genres sont proposés, classiques comme contemporains, des livres historiques, de gastronomie, de voyages, jusqu’aux livres pour enfants. Pour que les visiteurs se sentent bien. « Ce que je déteste par-dessus tout, ce sont les endroits élitistes, où tu es jaugé parce que tu demandes un livre qui ne rentre pas dans leurs critères », remarque-t-elle, énergique.

En novembre dernier, La Libreria accueillait Giovanni Brizzi, un grand historien italien, auteur d’une biographie intitulée Moi, Hannibal. Florence l’a reçu, accompagné de son traducteur et du préfacier, avec une certaine appréhension. « J’étais extrêmement intimidée. Je déteste parler en public », se remémore-t-elle. « Ce n’était pas le fait qu’ils soient historiens, car j’adore l’Histoire, mais on se prépare souvent à ce genre d’épreuve et ce qui sort de notre bouche n’est jamais ce qu’on voulait ».

Florence Raut

La Libreria découle d’une passion pour les livres, pour le contact humain. Une fois par semaine, des auteurs très divers viennent présenter leurs livres. Certains sont reconnus et ont du succès, d’autres obtiendront une moins grande audience. Peu importe. La librairie cultive cette diversité. En pleine préparation pour une rencontre, Florence Raut continue à paraître disponible, à l’écoute. Elle sort régulièrement de derrière son comptoir, conseille ses visiteurs, compose la vitrine. Une cliente est là depuis un bout de temps. Devant l’empressement d’une amie, qui l’attend devant la porte, elle lâche : « C’est qu’on aurait envie d’y rester… ». Florence est fière d’avoir réussi en peu de temps à fidéliser sa clientèle et de parvenir à émerveiller les passants curieux.

Conférence : “Moi, Hannibal” … et Rome décembre 7 2007

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La Maison de l’Italie et l’Institut culturel italien organisent vendredi 7 décembre à 18h une rencontre avec l’historien italien Giovanni Brizzi, auteur de Moi, Hannibal.

Ce professeur d’histoire romaine à l’Université de Bologne avait déjà présenté son livre à La Libreria, le 30 octobre dernier.

Sous la forme d’un roman autobiographique, Giovanni Brizzi retrace l’histoire d’Hannibal Barca (247-183 av. J-C), considéré comme le plus grand stratège de l’Antiquité. Mais plus qu’un livre d’histoire ou un simple roman, Moi, Hannibal rend compte des paysages, des climat de l’époque. “Giovanni Brizzi réalise une véritable géographie historique”, avait dit François Hinard, professeur d’histoire à la Sorbonne, qui a signé la préface.

Dans un livre de mémoire, Giovanni Brizzi conte l’itinéraire d’Hannibal à la première personne et particulièrement la guerre entre Carthage et Rome.

Il dresse un portrait psychologique d’ “un personnage exceptionnel”, repoussé par l’histoire romaine, comblant les blancs de l’histoire d’Hannibal.

L’écrivain fantôme décembre 6 2007

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L’écrivain italien Filippo Tuena est venu présenter deux de ses livres, Ultimo parallelo et Le variazioni Reinach, jeudi 6 décembre, à La Libreria, devant un petit public conquis.

Filippo TuenaDans le sous-sol de La Libreria, espace dédié aux livres en italien et aux rencontres avec les écrivains, un petit comité composé uniquement de Français et d’Italiens écoute captivé Filippo Tuena parler de ses deux derniers romans, Ultimo parallelo et Le Variazioni Reinach. L’auteur s’exprime dans un français imprégné d’une gestuelle très italienne quand il ne communique pas en italien tout court pour mieux faire passer son message.

 ”Filippo Tuena est un écrivain atypique dans la littérature italienne”, débute Marina Zingraff, co-propriétaire de La Libreria. Ses livres ressemblent à des enquêtes. L’auteur italien choisit une histoire qui l’a touché et la retranscrit. Il devient lui-même un personnage de son roman.

couvertureDans Le Variazioni Reinach, il s’inspire de la vie de cette famille disparue à Auschwitz. Lors d’une visite au Musée Nissim de Camondo, à Paris, il y a cinq ans environ, Filippo Tuena tombe sur les photos de Bertrand et Fanny Reinach, âgés de 11 et 12 ans. A côté de leur portrait, figure la date de leur mort : 1944. Leur mère, Béatrice, est la fille du comte Moïse de Camondo (1860-1935), un grand collectionneur et grand banquier juif qui a quitté Constantinople pour Paris en 1869. Les derniers descendants de la famille Camondo, Béatrice et son mari Léon Reinach, connurent une vie faste avant de mourir tragiquement dans les camps de concentration. Filippo Tuena décide de retrouver l’histoire de cette famille.
Le Variazioni Reinach conte l’histoire d’un écrivain poussé à la recherche de la vérité sur cette famille, après sa rencontre avec le fantôme de Béatrice Reinach, alors qu’il visite le musée. Filippo Tuena se met en scène dans ce roman, transposant son histoire dans le Paris du début du XXè siècle. Pour écrire cette saga, il a été aidé dans son enquête par Marie-Noëlle de Gary, conservatrice générale du Musée Nissim de Camondo, présente à la rencontre.
Après ce roman, Filippo Tuena avoue n’avoir plus su quoi écrire. “Après Auschwitz, tout ce qu’on écrit apparaît superficiel”, explique-t-il.

Filippo Tuena

Il retrouvera tout de même l’inspiration pour Ultimo parallelo, paru en Italie en mars 2007. Après une “traversée du désert”, il décide de raconter une histoire qui va vers le rien. Le rien, c’est le voyage accompli par des explorateurs anglais conduits par Robert Scott, entre 1911 et 1912, à la découverte de l’Antarctique et du Pôle Sud. “Cet endroit est très intéressant pour un écrivain. C’est un lieu inexistant, métaphysique, où les distances ne sont plus les mêmes”, nous explique Filippo Tuena. Ce voyage impossible nous laisse entrevoir ce qui a motivé ces hommes à entreprendre ce qui finira comme un échec. Une fois arrivés au Pôle Sud, les explorateurs découvriront qu’un Norvégien y est parvenu 33 jours avant eux. Ils voulaient être les premiers, mais ne seront que seconds. Et leur malheur ne finit pas là…
couverture“Au fond, l’histoire de Scott est un prétexte. J’ai voulu raconter une histoire de fantômes. Dans l’Antarctique, les explorateurs ressentent un besoin de présence humaine, qu’elle soit réelle ou fantasmagorique”, révèle Filippo Tuena. L’auteur prend donc le parti de narrer l’histoire de ces explorateurs comme s’il était le fantôme, l’apparition que rencontrent les explorateurs.
Ultimo Parallelo a remporté le Prix Viareggio en 2007.  

Le Variazioni Reinach et Ultimo Parallelo ont été tous deux publiés aux éditions Rizzoli. Ils n’ont malheureusement pas encore été traduits en français.