Roberto Benigni, “le clown amoureux” mars 8 2008
Publié par cultureitalienne in : Nous avons lu pour vous... , rétrolienOn se souvient tous du Festival de Cannes 1998. Roberto Benigni s’était jeté aux pieds de Martin Scorsese, qui lui remettait le Grand Prix du Jury pour “La Vie est belle”.![]()
Vu parfois comme un saltimbanque excessif et le réalisateur de ce seul film, Benigni mérite pourtant plus que ces simples considérations. Dans leur livre, “Le Clown amoureux”, paru en novembre 2007, Christophe Mileschi et Oreste Sacchelli décryptent pour un public français l’oeuvre cinématographique de cette icône du cinéma italien.
Leur ouvrage se découpe en deux parties. La première propose un résumé très complet et une analyse de ses 9 films réalisés ou co-réalisés. De “Berlinguer ti voglio bene” en 1977 au “Tigre et la neige” en 2005, les films de Benigni révèlent une recherche artistique en perpétuelle progression. On peut seulement regretter le parti pris par les deux auteurs de raconter l’histoire de A à Z de chaque film. Difficile ensuite d’être surpris si on n’en a pas vu un.
La seconde partie analyse certains thèmes majeurs de l’oeuvre de Benigni. Dans chacun de ses films, le décor est par exemple presque toujours le même. L’acteur Roberto Benigni vit dans un petit appartement dans un grand immeuble en béton, moderne. C’est un univers “masculin“, “où les relations amoureuses ne peuvent aboutir“, selon Oreste Sacchelli. Au contraire, la femme (Nicoletta Braschi) habite toujours dans des lieux sublimes : une jolie villa ou un palais sicilien dans “Johnny Stecchino”.
Autre thème majeur : la femme. La filmographie de Benigni constitue une histoire d’amour, d’où le terme “amoureux” dans le titre du livre. Dans “Le Petit Diable” (Il piccolo diavolo, 1988, début de sa collaboration avec l’écrivain Vincenzo Cerami), le quatrième film de Benigni, il découvre la femme, au sens premier du terme, puisque à peine venu au monde, il en découvre d’abord le sexe. “Le Petit Diable” débute une série de trois films, avec “Johnny Stecchino” (1991) et “Le Monstre” (Il Mostro, 1994), où Benigni joue un personnage naïf, qui ne comprend rien aux femmes. Celles-ci, toutes jouées par Nicoletta Braschi, sa compagne et sa productrice, sont manipulatrices et séductrices, elles se servent de lui pour ensuite le laisser tomber.
Dans “La Vie est belle” (La Vita è bella, 1997), la femme n’est plus manipulatrice mais se fait séduire par l’homme. “Pinocchio” (2002) reste un film un peu à part mais on retrouve cette progression dans le dernier film de Benigni, “Le Tigre et la neige” (La Tigre e la neve, 2005). La femme y est reconquise suite à une trahison. Pour les deux auteurs du “Clown amoureux”, ce film est une ode à la femme. L’amour prend le pas sur la clownerie, les gags étant beaucoup moins présents.
Roberto Benigni est amoureux. Mais est-il vraiment un clown ? “Dans la vie, il porte de grosses lunettes, ce qui change son visage. Il est cultivé, très sérieux et profondément religieux, dans le sens où il est toujours animé d’espérance. Le monde est sauvé par la beauté de la femme“, explique Oreste Sacchelli.
Le Clown amoureux. L’oeuvre cinématographique de Roberto Benigni, éditions La fosse aux ours, 18 euros.
Christophe MILESCHI est professeur de littérature italienne contemporaine à l’université Stendhal-Grenoble 3, traducteur et écrivain.
Oreste SACCHELLI est maître de conférences à l’université Nancy 2 et délégué artistique du Festival du film italien de Villerupt.

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