Carlo Bordini : « En Italie, l’intellectuel est juste toléré » avril 30 2008
Publié par cultureitalienne in : Littérature , 1 commentaire seulementCarlo Bordini a fait une tournée en France au mois de mars pour présenter “Poussière/Polvere”, un recueil publié aux éditions Alidades et traduit par Olivier Favier. Parallèlement, “Sasso”, son nouveau recueil paru à Milan chez Scheiwiller, rencontre un large public en Italie.
Cultur’al Dante : Vous avez présenté votre recueil de poèmes, “Poussière”, dans plusieurs villes de France au mois de mars. Est-ce que c’est une terre d’accueil pour vous ?
Carlo Bordini : La France a un grand intérêt pour la littérature et la poésie, bien plus que l’Italie. Le public est très sensible, avec une spiritualité supérieure à celle de mon pays. En Italie, tout est plus difficile pour les personnes qui écrivent. La culture est peu aidée. L’artiste, l’intellectuel est juste toléré, c’est un invité. 
Comment expliquez-vous ce rapport trouble entre la France et l’Italie ? D’un côté, les deux pays se moquent l’un l’autre politiquement, de l’autre ils s’admirent culturellement.
C.B. : L’Italie est un laboratoire politique, malheureusement. Sarkozy n’est qu’un déchet de Berlusconi. Berlusconi est plus fort que Sarkozy ou les Italiens sont plus naïfs que les Français… D’un point de vue culturel, je ne peux pas vraiment l’expliquer. Certains auteurs italiens, comme Goliarda Sapienza (auteur de “L’Art de la joie”, ndlr), ont eu beaucoup plus de succès en France qu’en Italie. C’est aussi le cas d’une très grande romancière, Anna Maria Ortese. Elle est connue des spécialistes en Italie mais est bien plus aimée et lue en France. L’Italie dévore ses propres enfants…
Olivier Favier : En France, il y un intérêt certain pour la culture classique, académique italienne. Pour la littérature contemporaine, on connaît quelques noms, Alberto Moravia, Cesare Pavese par exemple, qui désormais appartiennent à l’histoire littéraire, mais l’essentiel demeure pratiquement inconnu. Les liens entre la France et l’Italie sont avant tout institutionnels et diplomatiques et une bonne partie des flux est contrôlée par quelques personnes. Parmi les auteurs qui ne bénéficient pas des louanges officielles, on trouve pourtant quantités d’écritures nouvelles, de nouvelles manières d’aborder notre monde. La poésie de Carlo Bordini est très importante. C’est elle qui a rendu possible certains auteurs comme Mauro Fabi ou Andrea di Consoli. (more…)