En 2007, Gregory Magne a participé à la Mini Transat’, course transatlantique en solitaire. A 31 ans, sur son bateau de 6,5 mètres, Upian.com, il a mis 35 jours, 10 heures, 48 minutes et 34 secondes pour traverser l’Atlantique avec une escale obligatoire à Madère. Cette course, considérée comme la première étape de toute carrière de skipper demande une maîtrise de soi et une volonté à toute épreuve. Retour sur cette aventure hors du commun.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans l’aventure ?
Je me souviens assez précisément de la nuit, où sur un petit bateau au milieu du golfe de Gascogne, je me suis dit « Je suis bien ici, je suis bien au large et j’ai envie de passer du temps ici ». Il y aurait eu 10 000 manières de passer du temps ici mais, j’avais envie de me fixer une certaine exigence technique, sportive. La Mini Transat’ m’apparaissait vraiment comme quelque chose de compliqué, exigeant un certain niveau et les types qui faisaient la mini, c’étaient pour moi des héros.
Ce qui m’a attiré, c’était vraiment ce goût d’impossible, de défit, dans tous les sens du terme.
Pourriez vous nous parler d’un moment qui vous a particulièrement marqué ?
Il y a un moment au cours de la seconde étape (la plus longue, entre Madère et Bahia) où j’ai senti très clairement pourquoi j’avais eu envie d’être là , pourquoi pendant deux ans je m’étais donné la peine pour être là . J’ai compris pourquoi j’avais démissionné de mon boulot, bouleversé ma vie, cherché de l’argent, passé du temps à naviguer… Y a un moment précis où je me suis dit : « Là c’est bon et c’est pour ça que j’ai fait tout ça ».
D’où est venu ce moment, était-ce une question d’ambiance, de lumières ?
Oui, c’est ça. C’était une fin de journée, c’était une belle lumière, c’était un bateau qui n’avançait pas très vite mais paisiblement, avec un peu de vent. Mon bateau marchait bien, était régulier. Il faisait chaud. Et je me disais : « je suis dans le plus beau des mondes qu’on puisse trouver sur terre ».
Qu’évoque pour vous la vie en mer : l’eau qui glisse sous le bateau, l’horizon qui semble lointain ?
La vie en mer et en solitaire, puisque c’est ce que je connais le plus, c’est avant tout des sons. On est entouré d’un bruit un peu grave, presque rassurant, paternel. Il y a ce mélange des vagues qui rattrapent le tableau arrière du bateau un peu comme le bruit qu’on a sur le bord d’une plage, et puis on a ce ronflement permanent sous la coque, ces petites chatouilles des vagues le long de la coque. C’est aussi bien sûr le souffle du vent, un peu grave dans les oreilles. Et puis c’est des lumières, un champ de vision forcément énorme. Et sur les Minis, comme on est très très très près de l’eau, il y a cette humidité permanente, ce sel omniprésent, et le fait d’être tout mouillé tout le temps, qu’on soit dehors ou dedans.
À l’arrivée, qu’avez-vous ressenti ?
Le moment des retrouvailles avec les proches n’est pas simple car on ne sait pas quoi dire pour être malin. Et en revanche, le moment très précis du franchissement de la ligne d’arrivée, le moment où on te dit « Terminé » à la VHF (la radio qu’utilisent les marins), là c’est une délivrance énorme. J’ai poussé un cri de bête. (rires) Je ne l’ai pas réalisé sur le coup mais ce que j’ai ressenti à ce moment-là , ça m’a fait penser à un mec qui plante un drapeau sur l’Everest ou sur un sommet. C’est-à -dire que humblement, à ma manière, avec le temps que j’ai mis pour le faire, je suis venu ajouter mon petit nom en bas de la grande liste de ces mecs que j’admirais tant il y a 2 ou 3 ans.
Pendant le voyage, avez vous découvert des aspects de votre personnalité que vous ne connaissiez pas ?
La voile ça t’oblige à être calme, et à avoir du sang froid, ce qui n’était pas ma qualité première. Maintenant, je ne sais pas si le tempérament que j’ai en mer - serein, hyper confiant et calme - je le ramène à terre. Si la question c’est : « Est-ce que ça change le bonhomme ? », on peut dire que ça change sa façon de voir, d’organiser sa vie, de réagir aux choses. Ça change ses envies, mais ce n’est pas une garantie d’être moins con de faire un transat’ en solitaire. La preuve : on croise plein de cons qui ont fait une transat’ à la voile.
Grégory Magne et Stéphane Viard préparent actuellement un film retraçant la course, tourné en partie en mer. En attendant la sortie du film, vous pouvez revivre la course de Grégory sur son blog.
Crédit photo : Stéphane Viard