L’exposition « L’atelier voyageur d’Emmelene LANDON » au musée portuaire de Dunkerque devait fermer ses portes dimanche 11 novembre. Elle est finalement prolongée jusqu’au 6 janvier prochain. Pour les infos pratiques, vous pouvez consulter le site du musée portuaire de Dunkerque.
L’exposition
Cette artiste d’origine australienne a effectué entre 2001 et 2002 un tour du monde très particulier. À bord du porte-conteneurs Le Manet, elle a bourlingué plusieurs mois traînant dans son sac pinceaux, pellicules photos, bandes-son et vidéo. De son périple elle a tiré un journal de bord où elle se fait à la fois peintre, d’écrivain, photographe de cinéaste.
Les photographies et les vidéos permettent aux visiteurs de découvrir les ports et la vie maritime à travers ses yeux. Les mois passés à bord du Manet ont permis à l’artiste d’installer un climat de confiance entre elle et les marins. Elle a ainsi pu recueillir leurs témoignages et nous faire partager le quotidien de ces hommes sans le mythifier ni tomber dans le pathos. Son exposition nous fait découvrir des horizons lointains, parfois durs, le plus souvent poétiques. C’est également l’occasion de découvrir ces hommes de mer, leur amour du métier mais aussi leur grande solitude.
L’idée d’un tel voyage vient de loin. Petite, elle a quitté l’Australie avec ses parents. Pour partir ils auraient pu faire plus rapide… Ils avaient choisi comme mode de transport le bateau et le train. « J’avais l’impression qu’on n’avait plus de maison, que le bateau était devenu ma maison, » explique-t-elle. Plus tard, Emmelene a installé son atelier une ancienne gare maritime… Tous les jours, elle voyait les bateaux et surtout les mais surtout les marins. « Ce qui m’attirait, c’étaient les homme, la réalité de la vie des marins. J’avais envie de savoir ce qui se passe à bord.»
Pour partir, rien de plus simple, elle a payé sa place. Elle n’aurait de toute façon pas pu être invitée. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la compagnie propriétaire du Manet ne la porte pas dans son cœur. Elle l’avoue : « moi, je suis plutôt du côté des marins. Je crois qu’après cette année, je pouvais sentir un peu leurs difficultés, leurs vies. » L’émission télévisée Thalassa a souhaité venir la filmer pendant son périple. Les dirigeants de la compagnie ont refusé. Emmelene a eu sa revanche lorsque Thalassa a réalisé son portrait il y a quelques mois.
Les Marins
A travers l’exposition, elle a avant tout voulu témoigner de la dureté de la vie de marins… Ces hommes travaillent de nombreuses heures par jours. Certains comme les marins philippins du Manet ne voient pas leur famille pendant deux ans. Lorsque elle avait des coups de blues, ça la faisait relativiser… Pour se faire accepter par l’équipage, elle se mettait au travail tous les jours dès 8 heures et laissait la porte de son atelier ouverte. « Ca me donnait un rythme, c’était aussi une question de respect. Je me serais sentie très mal si je m’étais contentée de rester les doigts de pied en éventail. Et à force de cohabiter comme ça plusieurs mois, des choses se passent, pas besoin de parler. » Parfois, les relations humaines passent au-delà des mots. Emmelene parle d’une « famille, une école, une confrérie. »
La Mer
Pour cette rubrique, mieux vaut laisser parler Emmelene Landon…
« Au début de mon voyage, les marins me disaient : « Le monde à terre et le monde en mer sont deux mondes différents. » Au début, je n’étais pas d’accord avec eux, mais à la fin de mon voyage, j’étais de leur avis. La mer, on peut la concevoir, picturalement ou intellectuellement. Mais il y a le fait d’être en mer qui est une chose totalement différente. »
« On est comme dans une autre réalité. Même de retour à terre, on n’arrête pas d’y penser. Il y a cette intensité, ce mystère. Le fait de flotter nous plonge dans un désert aérien et pourtant on a toujours conscience de cette vie en dessous de nous. »
« Tous les marins ont un rapport intime avec la mer, elle devient une obsession secrète. Chacune de mes œuvres d’art est une tentative d’exprimer mon rapport à l’océan. Bien sûr, je suis plus à ma place sur la terre mais la mer est toujours en moi, c’est comme ces histoires d’amour étranges lorsqu’on ne peut vivre avec la personne qu’on aime et qu’en même temps, on ne peut vivre sans. »
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