Joi Ito, alias Jonkichi, “maître de guilde” et manager
Derrière le personnage virtuel du gnome Jonkichi, dans le monde du jeu sur internet World of Warcraft, l’entrepreneur japonais Joi Ito dirige sa communauté à la manière d’une entreprise. Entre gaming et management, portrait d’un joueur hors normes.
A quelques pas de ses neuf compagnons d’armes, Jonkichi attend son heure. Le gnome, de quelques têtes moins haut que les humains qui l’entourent, prend son temps avant d’incanter son premier sort. Dans quelques instants, le combat commencera et le groupe d’aventuriers affrontera les monstres sans merci du donjon épique de Karazhan.
Il a fallu de longues heures pour que Jonkichi, gnome mage virtuel aux moustaches roses et aux énormes lunettes d’ingénieur, puisse enfin accéder à Karazhan. Mais il y est parvenu puisque Joi Ito, son joueur, a su consacrer le temps nécessaire à l’évolution d’un personnage sur le monde du jeu en ligne World of Warcraft. Et Joi donne à cette activité une portée peu ordinaire, plus proche des techniques de management et de gestion que du simple divertissement en réseau. Si bien qu’il défend l’idée qu’un investissement dans l’organisation d’une communauté de joueurs sur le Net devrait constituer un atout sur un curriculum vitae.
A 41 ans, cet entrepreneur japonais ultra-branché affiche sur son profil des activités internautes aussi prestigieuses que la participation au Conseil d’Administration du référenceur de blogs Technorati ou la présidence du CA de l’organisation consacrée aux droits des artistes Creative Commons. Investi dans le versant japonais du développement du Web, Joi est également un blogueur, un auteur de wiki et un passionné de World of Warcraft d’un genre à part.
Si Jonkichi lance avec application des sorts des arcanes et fait profiter ses compagnons de jeu de ses compétences
d’ingénieur, il dirige également un regroupement de joueurs, une guilde à la structure pyramidale élaborée.
We Know, guilde du serveur américain Eitrigg, affiche le nombre impressionnant de 354 personnages, dont plus d’un tiers ont atteint le niveau 70, niveau maximal sur World of Warcraft. Pour diriger ces joueurs, Jonkichi a conçu un processus complexe, proche d’une gérance d’entreprise. A sa tête, un maître de guilde, lui-même, puis des Administrateurs de guilde ainsi qu’une série d’officiers-managers. Le recrutement, particulièrement sélectif, ne se fait qu’après lecture et approbation d’une charte structurée couvrant la majorité des aspects sociaux du jeu.
Joi Ito fait figure d’OVNI parmi les communautés de joueurs. Mais si ses thèses étonnent encore, la croissance constante du nombre d’adeptes - World of Warcraft compte aujourd’hui 9,3 millions d’abonnés dans le monde entier- et la démocratisation progressive des jeux en réseau connectent chaque jour davantage vie réelle et vie virtuelle. Au point de ne bientôt plus s’étonner de voir un niveau figurer au bas d’un CV ?
Lien vers la première publication de cet article
Lien vers l’interview de Joi Ito
Reprise d’un article rédigé pour le site Le Web3 Live, tenu par les étudiants du Centre de Formation des Journalistes. Cet article étant destiné au grand public, il ne compend que peu de jargon spécifique au jeu.
Joi Ito : “Je suis l’avatar dans le monde réel de Jonkichi”
Joi Ito, c’est cet entrepreneur japonais qui fait figurer sur son CV son rang de guilde World of Warcraft. Convaincu de la valeur sociale et pédagogique des MMORPG, Joi a défendu son point de vue lors de la rencontre du Web 3.0 à Paris qui se tenait les 11 et 12 décembre 2007. Aperçu d’un parcours internaute et ludique hors du commun.
Rencontrer quelqu’un comme vous, investisseur et entrepreneur, sur un MMORPG, c’est peu courant. Comment vous êtes-vous mis à World of Warcraft ?
J’ai toujours été fasciné par les jeux. Quand j’étais jeune, mes premières expériences de programmations étaient des jeux que je composais sur les ordinateurs du laboratoire, puis sur mon Apple II. J’ai beaucoup étudié la manière de jouer aux jeux vidéos, et comment en concevoir.
Plus tard, dans les toutes premières heures de l’Internet, j’ai trouvé comment connecter au réseau un ordinateur de l’Université d’Essex où j’ai pu essayer mon premier MMORPG, un Multi-user dungeon, ou MUD. J’ai beaucoup appris, et j’y ai fait la connaissance de pas mal de gens. J’y ai développé mes capacités en informatique et en networking grâce à eux.
Les jeux, tout particulièrement les MMORPG, ont toujours été à l’avant-garde de l’interaction homme-machine, ou User Interface , de l’aspect social de l’ordinateur et des comportements online. Je joue donc à WoW, rien de plus naturel
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Votre plus célèbre personnage, Jonkichi, est un mage gnome. Pourquoi et comment avez-vous choisi cette race et cette classe ? Pouvez-vous également dire quelques mots à propos de sa spécialisation ?
Mes premiers souvenirs du jeu sont un peu vagues. J’ai toujours aimé les mages, et je suis petit IRL. Je me suis dit que me créer un gnome mage aurait du sens.
Je n’ai par contre pas bien réalisé qu’on pouvait personnaliser les cheveux et le visage des personnages. J’étais tellement impatient de jouer ! Du coup, j’ai choisi au hasard… Jonkichi est donc presque chauve, avec une étrange couleur de cheveux. Il est également enchanteur et ingénieur.
Depuis 2005, vous êtes co-fondateur et gardien de la guilde We Know. Comment considérez-vous votre rôle au sein de la guilde ?
Je ne suis ni le joueur le plus actif, ni le plus expérimenté de la guilde. Mon rôle est de soutenir les activités de la guilde, en essayant de promouvoir l’amusement pour tous. C’est pour cette raison que je porte l’étiquette de « gardien » et non de « maître de guilde ».
En tant que co-fondateur, qu’aviez-vous comme projets pour la guilde ? Qu’en est-il de ces objectifs, deux ans plus tard ?
Ils ont peu varié. En fait, ils sont presque trop semblables.
Beaucoup d’objectifs reviennent, au fil du temps. Nous essayons d’être une guilde agréable aussi bien pour les joueurs occasionnels que pour les hardcore gamers. Mais associer progression et accessibilité pour les joueurs les moins disponibles n’est pas évident, ce qui a tendance à freiner notre découverte des derniers contenus.
Notre guilde se concentre sur la qualité de l’interaction sociale. Or, beaucoup de joueurs intéressants ne peuvent pas être disponibles tout le temps.
Donc, oui, la guilde a grandi, les gens ont changé, mais l’essentiel est resté le même.
Dans le cas d’un joueur lambda, dans quelle mesure pensez-vous que l’expérience acquise dans la participation à la vie d’une guilde d’un MMORPG peut lui être utile dans la vie réelle ?
Son implication virtuelle peut l’aider de plusieurs manières. Pour beaucoup de gens, cela développe des capacités sociales, d’organisation de planning, de leadership…
C’est un apprentissage métaphorique. Apprendre à travailler ensemble sur des buts et des activités communs n’est pas une tâche aisée. Ces compétences sont particulièrement difficiles à acquérir dans des manuels ou des simulations.
Sur WoW, la participation à l’activité de groupe est une réalité, qui se traduit très bien par la suite dans la vie de tous les jours. Beaucoup de joueurs appréhendent ces notions en jeu avant d’en faire l’expérience dans la vie réelle.
Qu’est-ce que vous préférez dans le jeu, personnellement ? Quels sont vos buts lorsque vous vous connectez ? Etes-vous plus intéressé par les monstres, le PVP, les quêtes, l’artisanat ?
J’aime la plupart des aspects du jeu, même si je n’apprécie pas autant le PvP que la plupart des autres joueurs. Mon principal intérêt reste la guilde, sa dynamique. Mon but demeure le plaisir de jeu de chacun de ses membres.
Les MMORPG sont-ils pour vous une échappatoire temporaire aux tourments de la vie réelle, ou voyez-vous le jeu comme une continuité de votre quotidien ?
Le jeu est une partie de ma vie réelle. Je connais pas mal de mes compagnons de guilde IRL, et je travaille même avec certains d’entre eux.
A quelle fréquence jouez vous chaque semaine ?
Mes séances de jeu durent quelques heures, environ cinq jours par semaine. Certaines semaines un peu plus, d’autres un peu moins.
Comment décririez-vous votre relation affective avec votre personnage, s’il y en a une ?
Je suis l’avatar dans le monde réel de Jonkichi.
Interview réalisée par e-mail, en anglais.
Lien vers le portrait de Joi Ito
Blizzard en Russie avec World of Warcraft
Blizzard Entertainment tend les bras vers l’est et annonce la diffusion de son produit phare, World of Warcraft, en Russie durant l’année 2008. Un communiqué de presse détaille ce projet.
« Constatant l’ampleur et l’enthousiasme de la communauté russe, nous avons établi que proposer une version en langue russe de World of Warcraft était la prochaine étape importante pour le jeu en Europe »
explique Mike Morhaime, président et co-fondateur de Blizzard Entertainment. Le communiqué n’explique pas comment cet engouement a été mesuré, et certains laissent entendre sur les forums officiels que le nombre important de serveurs WoW pirates en Russie en serait un révélateur.
Le jeu sera intégralement traduit et un service russe sera crée dans les bureaux de Blizzard Europe en France et en Irlande afin d’assurer les services pour ces nouveaux joueurs. Une campagne de recrutement est lancée pour pourvoir les postes russophones.
Côté concurrents, le nordique Pan Vision Group, spécialisé dans les jeux et les films qui collabore déjà avec Vivendi, a obtenu le droit de distribuer les produits EA Games en Lettonie, Lituanie et Estonie, explique le site gamesindustry.biz. L’accord prendra effet au premier janvier 2008.

