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Dans la vallée d’Elah, ou l’Amérique meurtrie selon Paul Haggis novembre 14 2007

Publié par Pierrick Leurent in : Articles généraux , rétrolien

© Warner Bros. France Dans la vallée d’Elah, le dernier film de Paul Haggis (oscarisé en 2005 pour Collision) est le premier film américain s’arrêtant longuement sur l’Amérique de la guerre en Irak. Une Amérique visiblement meurtrie, perdue, noyée dans ses doutes. C’est aussi au cinéma que les enjeux des prochaines élections apparaissent au grand jour…

© Warner Bros. France

En quelques mots, Dans la Vallée d’Elah raconte la quête d’un père (Tommy Lee Jones) dont le fils, soldat en Irak, a disparu quelques jours après être revenu aux Etats Unis pour une permission. De la première à la dernière image du film, une évidence s’impose: l’Amérique est “upside down” et a perdu ses repères depuis le début du conflit irakien. C’est en tout cas ce que veut nous faire comprendre le réalisateur en ouvrant et terminant son film sur les images d’un drapeau américain flottant la tête en bas.

La réalisation, très sobre, ne pousse pourtant jamais à une étude psychologique des personnages, qu’il s’agisse des © Warner Bros. Francesoldats revenus de guerre ou des civils restés sur le sol américain. Mais chaque personnage, à sa façon, représente les doutes et les blessures de l’Amérique actuelle. Le personnage de Tommy Lee Jones, ancien militaire, garde en lui les idéaux d’une morale et d’un engagement patriotique propres aux Etats Unis. Et pourtant, la réalité de ce qui se passe en Irak, que l’on découvre à travers les images que son fils a lui-même tournées là-bas, est loin de correspondre à cet idéal de démocratie exportée en laquelle il continue de croire malgré tout.

Mon fils a passé les dix-huit derniers mois à apporter la démocratie dans un trou perdu et à servir son pays. Il mérite mieux que ça. Tommy Lee Jones à propos de son fils dans “Dans la vallée d’Elah”

Le film met progressivement en avant l’Amérique qui doute: qui doute d’elle-même, qui doute de ses valeurs, et qui finit par douter du bien-fondé d’une guerre qui, vue de l’Amérique profonde, en devient absurde. Dans une scène, un soldat en permission finit par avouer: on n’aurait pas dû envoyer des héros en Irak, prenant ainsi à contre-pied l’idée, qui dégouline bien souvent du cinéma américain, selon laquelle un soldat revenu de la guerre est désormais un héros.

La scène finale, summum de l’horreur (non dans les images mais dans les mots), est en elle-même un grand seau d’eau sur la tête de ceux qui, par patriotisme, refusent encore de regarder en face l’absurdité de la situation dans laquelle l’Amérique s’est mise. Pour les Français qui ne voient pas autour d’eux ces hommes bouleversés à jamais par les horreurs de la guerre, ce film est une sérieuse claque et un appel à suivre les débats à venir lors des élections présidentielles…

Pour voir un extrait du film cliquez ici

Commentaires»

1. yguerda - 16 novembre 2007

Quand je vois ce genre de films, je suis toujours partagée :
- ils correcpondent souvent à une mode, à une bien pensance et ne font pas souvent évoluer les opinions publiques.
- mais d’un autre côté, les films qui prennent parti politiquement sont les plus aptes à m’intéresser et je me dis que c’est bien qu’un artiste mette son art au service d’une cause humaniste sinon humanitaire. Cela permet de démocratiser des questions essentielles.
A plus forte raison quand ces films sortent moins d’un an avant de nouvelles élections qui s’annoncent décisives.

Je reste pourtant sceptique. Un film qui appuie trop une seule opinion peut-il être pris au sérieux. Je pense par exemple à Michael Moore qui a essuyé beaucoup de critiques après son “Fahrenheit 9/11″ ou à Hubert Sauper pour son “Cauchemar de Darwin”. Faire des films qui se situent dans le champ de la démonstration affaiblit souvent leur message. Espérons, néanmoins, qu’à ces élections, les Américains voteront pour redevenir l’étendard de la démocratie qu’ils étaient il y a quelques siècles.

Et bravo pour ce blog qui est très intéressant et varié !

2. pikleurent - 20 novembre 2007

Il est clair que Dans la Vallée d’Elah correspond à une vague de films contre la guerre en Irak, comme l’ont été des films contre la guerre du Vietnam en leur temps. Un bémol, cependant, la préproduction du film a commencé très tôt (dès 2005, il me semble, à un moment où l’opinion publique américaine n’avait pas encore lâché l’administration Bush), et le film ne prend pas une position politique en soi, mais reflète juste un point de vue sur cette guerre.
Je ne pense pas que le film cherche à influencer directement le vote des spectateurs, mais il incite certainement à une prise de conscience qui est nécessaire.

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