“Si Barack Obama avait gagné dans le New Hampshire, la partie aurait sans doute été jouée” janvier 10 2008
Publié par Pierrick Leurent in : Articles généraux , rétrolien Interview. Eleanor Beardsley est journaliste en France pour la National Public Radio. Cette Américaine originaire de Caroline du Sud – état dans lequel se tiendront d’importantes primaires le 26 janvier, à quelques jours du Super Tuesday – habite à Paris depuis janvier 2004. Elle analyse et commente les résultats des primaires de l’Iowa et du New Hampshire.
Les deux premières primaires ont été largement médiatisées en France comme à l’étranger. L’importance donnée à l’Iowa et au New Hampshire, qui ne sont pas représentatifs de la population américaine, n’est-elle pas exagérée ?
Tout cette agitation a clairement été créé par les médias dans les années 1970, et a pris de plus en plus d’importance. C’est devenu un événement et chaque état essaie maintenant d’organiser ses élections primaires le plus tôt possible pour avoir un poids sur la désignation des candidats. L’Iowa et le New Hampshire sont de petits états qui, en temps normal, ne comptent pas beaucoup. Or, si un candidat remporte ces deux états, il est quasiment assuré de remporter l’ensemble des primaires. Si Barack Obama avait gagné dans le New Hampshire, la partie aurait sans doute été jouée, et Clinton aurait été battue.
Quelle image forte retenez-vous de ces deux premières élections ?
La façon dont Hillary Clinton est revenue dans la course, grâce à sa victoire dans le New Hampshire, est impressionnante. Elle a baissé dans les sondages car elle est très calculatrice. Elle a voté pour la guerre en Irak alors qu’elle était clairement contre.
Ses « larmes » lors d’une interview la veille des primaires dans le New Hampshire ont-elles contribué à sa victoire ?
C’est difficile à dire, mais je pense que son émotion était réelle. Les candidats sont soumis à une telle pression que sa défaite dans l’Iowa a dû être un vrai choc. Une campagne pour les élections présidentielles aux Etats-Unis dure deux ans, primaires comprises. C’est évidemment long et épuisant, et je ne sais pas où les candidats puisent l’énergie nécessaire pour continuer à se battre. Cependant, heureusement qu’elle ne s’est pas réellement mise à pleurer car cela aurait joué en sa défaveur.
Peu de personnes savent qu’Obama n’est pas considéré aux Etats-Unis comme un noir américain, car son père est kenyan
Après ces deux élections, pensez-vous qu’un candidat démocrate se détache ?
Je pense que Barack Obama va gagner. Il y a quelque chose de naturel dans l’énergie qu’il dégage. Il a du charisme et une vraie force politique. Clinton n’est pas une mauvaise candidate, mais Obama a l’avantage d’avoir un flair naturel. Cela se ressent lorsqu’ils doivent parler l’un de l’autre. Obama est toujours plus à l’aise, tandis que Hillary Clinton est sur la défensive.
Du côté républicain, aucun candidat ne s’est vraiment démarqué. Pensez-vous que l’un des candidats ait plus de chances de l’emporter à ce stade des élections ?
En 2000, je travaillais pour une chaîne de télévision aux Etats-Unis et John McCain avait déjà remporté le New Hampshire. C’est un homme qui agit selon ce en quoi il croit. Il s’est notamment battu pour empêcher la pratique de la torture pour obtenir des informations. Mais il est déjà âgé, et c’est un désavantage sur les autres candidats. Chez les républicains, j’ai tout de même le sentiment que ce sont tous des candidats étranges : un mormon millionnaire, un ancien baptiste…
La façon dont les médias français couvrent ces primaires vous semble-t-elle appropriée ?
Les démocrates sont, bien évidemment, mis en avant, sans doute parce que Obama et Clinton sont deux candidats vraiment intéressants qui apportent un changement dans la vie politique américaine. Et puis, les médias étrangers, contrairement aux journaux américains, n’ont pas besoin d’avoir un traitement équitable des deux camps.
Le journal The International Herald Tribune parlait cette semaine d’une « Obamania » en Allemagne. Avez-vous le sentiment que les Français apprécient autant le sénateur de l’Illinois ?
Je pense que c’est différent en France. Obama rappelle aux Allemands le président Kennedy, par son charisme et ses discours. Il me semble que les Français apprécient autant Clinton qu’Obama, même s’ils connaissent finalement assez mal ces candidats. Par exemple, peu de personnes savent qu’Obama n’est pas considéré aux Etats-Unis comme un noir américain, car son père est kenyan, et sa famille n’a donc pas connu l’esclavage. Barack Obama n’a même pas passé toute son enfance sur le sol américain, il n’est donc pas vraiment soutenu par l’électorat noir.
Propos recueillis par Pierrick Leurent le 9 janvier 2008

Commentaires»
La question à poser pour savoir qui va gagner : de quoi les américains ont-ils peur aujourd’hui ? Du terrorisme? D’être à la traine mondiale dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’écologie?
Car même si Obama incarne un espoir (Bayrou attitude!?) c’est la peur qui parle dans les urnes.
Et même si Hillary est une femme, elle reste la femme de son mari… Alors ça donnerait :
Bush Sr - Clinton 1 + Clinton 2 - W.Bush 1 + W.Bush 2 - Clinton Bis !????
Tant qu’à faire, pourquoi pas retourner sous reigne britannique !!
“Elle a voté pour la guerre en Irak alors qu’elle était clairement contre.”
Par curiosité, comment peut-on expliquer ça?
Je pense qu’au moment du vote, l’issue de la guerre telle qu’on la connaît n’était pas envisageable, et il était donc politiquement beaucoup moins risqué de voter en faveur de la guerre (qui, si la guerre avait “bien” tourné, aurait constitué un acte patriotique) que contre la guerre. Suivre ses convictions s’est finalement avéré payant pour Obama, mais l’Irak semble de moins en moins central dans les débats, tandis que les questions de politique nationale prennent une importance croissante.
[…] également à David Schuld, Eleanor Beardsley, Joe Smallhoover ou Eric Chaverou qui ont, chacun à leur façon contribué au succès de ce blog […]