Saumon fumé, littérature et musique irlandaise: bienvenue chez Jo O’Rowland
January 20th, 2008Arrivé en France il y a une vingtaine d’années, Jo O’Rowland a ouvert à Bordeaux un pub et restaurant irlandais,véritable espace de liberté dans lequel il exerce ses trois passions : la cuisine, la littérature et la musique

« Pour les Français maintenant, un pub irlandais traditionnel c’est du football, du rugby et des télévisions partout. Mais en fait, le vrai pub irlandais correspond à un endroit comme celui-ci ». Cigarette aux lèvres, pinte de Guinness devant lui, Jo O’Rowland savoure ses dernières bouffées de nicotine avant le 1er janvier, date fatidique pour les fumeurs et les restaurateurs. Chez O’Rowland’s, ce n’est de toute façon pas l’odeur de la fumée qui domine mais un délicieux mélange d’arômes provenant de la cuisine. Son pub a été« le premier pub irlandais ouvert à Bordeaux » il y a dix-huit ans, précise-t-il fièrement avec son accent irlandais prononcé. « La cuisine que je propose est une cuisine traditionnelle irlandaise. C’est ce que tu pourrais manger dans une famille en Irlande : du pain, du saumon fumé, des tourtes…Des plats irlandais tout simples ».
La cuisine est une passion de longue date. « Quand j’étais petit, nous avions une dame qui faisait la cuisine pour nous. Et j’ai toujours aimé la regarder cuisiner. Mais ce n’était pas un travail de garçon », dit-il d’un air rêveur, jouant machinalement avec sa boucle d’oreille. Le jeune homme devra attendre avant de venir faire ses premier pas de cuisinier en France. La famille O’Rowland, originaire du comté de Mayo dans l’Ouest de l’Irlande, insiste pour que tous les enfants aillent à l’université. « J’ai neuf sœurs et trois frères et nous sommes tous allés à l’université. Nous étions très chanceux car c’était très rare à l’époque : il fallait avoir beaucoup d’argent pour pouvoir étudier ».
Entre deux plats, la littérature

A Galway, il suit des cours d’histoire et de littérature, un des autres centres d’intérêt majeurs de sa vie. « Mes études ne sont pas terminées ! Je continue à lire et étudier les auteurs, surtout des Irlandais : Wilde, Yeats, Shaw, Swift, Goldsmith…La plupart sont ici ». Il pointe du doigt les nombreux portraits et photos d’écrivains qui ornent les murs du pub. Sur certaines photos, Jo O’Rowland pose, tout sourire, moustache rousse et crâne dégarni, aux côtés d’écrivains irlandais de passage à Bordeaux. « John MacGahern est venu deux fois. Un homme charmant, pas du tout prétentieux. Il ressemblait à n’importe quel fermier du coin ! », confie-t-il, éclatant d’un rire sonore familier des habitués du pub. Il avoue aimer toutes sortes d’auteurs, de Dickens à Orwell. « Je peux lire n’importe quel livre…du moment que ce n’est pas trop léger. J’aime la littérature qui a de la substance ! »
Pourquoi alors ne pas être devenu professeur ? « Je ne voulais pas enseigner en Irlande à l’époque. Je voulais être libre et faire ce que je voulais. En Irlande, l’éducation dépendait de l’Eglise, ce qui est d’ailleurs toujours un peu le cas d’une certaine manière », explique-t-il. Jo O’Rowland préfère fuir un pays dans lequel parce qu’il est catholique et que Trinity College est une université protestante il serait excommunié s’il voulait y faire ses études. « Cela n’aurait pas eu d’importance pour moi mais je n’aurais pas pu faire ça à mes parents ».

Au rez-de-chaussée, l’agitation commence. C’est vendredi soir et comme chaque semaine les amoureux de musique irlandaise se retrouvent pour jouer ou écouter Jo O’Rowland et ses acolytes. « Are we having a relaxing time ladies ?», dit-il en s’approchant d’une table. La plupart des personnes présentes sont françaises. « C’est un beau compliment pour l’Irlande. La musique fait partie du pays ». Il décrit les Irlandais comme des gens festifs et les Français comme plus discrets. Lui-même est un peu des deux. « Quand je suis en France, on me dit que je suis Irlandais et quand je suis en Irlande, on m’appelle ‘le Français’. Je finis par n’avoir aucune nationalité ! J’ai toujours mon passeport irlandais. Mais nous sommes européens maintenant donc tout ceci n’a plus aucune importance ! », s’exclame-t-il en allumant une autre cigarette. Des Irlandais et des Anglais, il en compte parmi ses clients mais ce n’est pas la majorité. « Je ne suis pas ici pour rencontrer des Irlandais Je suis ici pour partager mon idée de l’Irlande avec les Français. »
Sa vie, il ne l’imagine nulle part ailleurs qu’à Bordeaux. « J’adore cette ville, je n’en partirai pas, c’est ici que je mourrai. Il y a ici tout ce dont on a besoin : l’architecture, le fleuve, la mer, la campagne, de la très bonne cuisine, des gens agréables. Je suis chez moi à Bordeaux ! » Jo O’Rowland ne changerait pour rien au monde ce qui le rend heureux dans la vie. « Je suis satisfait de ma vie ici. Avoir un restaurant irlandais me donne la liberté de faire ce que j’aime : lire, faire de la musique, des choses comme ça ». Le changement, il n’aime pas trop cela. « J’aime mon restaurant comme il est. J’essaie de le préserver car je pense que même en Irlande maintenant c’est difficile de trouver un pub comme celui-là. Je veux que cela reste un endroit authentique, un lieu sur lequel je pourrais tomber au détour d’une route dans la campagne irlandaise ».






















