“En exil partout chez soi”
(Marc Gendron, Les espaces glissants)
Bienvenue!
En guise d’introduction et de réflexion préalable, quelques mots sur un roman qui traite de la question de l’exil avec beaucoup d’originalité et qui va à l’encontre de nombreuses idées reçues sur l’émigration: L’Ignorance de Milan Kundera
![]()
Extrait: “Elle avait toujours considéré comme une évidence que son émigration était un malheur. Mais, se demande-t-elle en cet instant, n’était-ce pas plutôt une illusion de malheur, une illusion suggérée par la façon dont tout le monde perçoit un émigré? Ne lisait-elle pas sa propre vie d’après un mode d’emploi que les autres lui avaient glissé entre les mains? Et elle se dit que son émigration, bien qu’imposée de l’extérieur, contre sa volonté, était peut-être, à son insu, la meilleure issue à sa vie” (p27)
Dans L’Ignorance, Kundera s’intéresse à Irena et Josef, deux Tchèques exilés en France et au Danemark et qui se rencontrent au cours du roman. Comme dans ses autres livres, la vie des personnages cède parfois la place aux réflexions d’ordre plus général du narrateur. L’Ignorance commence par exemple par une digression sur l’origine étymologique du mot nostalgie et renvoie tout au long du livre au personnage mythologique d’Ulysse, figure de l’exilé par excellence.
Ce qui est inhabituel dans le roman, c’est la façon dont l’auteur remet en question le mythe du “Grand retour” au pays, rêve supposé de tout expatrié qui tourne souvent à la désillusion selon Kundera, à commencer par Ulysse.
“Pendant vingt ans il n’avait pensé qu’à son retour. Mais une fois rentré, il comprit étonné, que sa vie, l’essence même de sa vie, son centre, son trésor, se trouvait hors d’Ithaque, dans les vingt ans de son errance. Et ce trésor, il l’avait perdu et n’aurait pu le retrouver qu’en racontant” (p37)
Ce qui rapproche les personnages entre eux, et peut-être également Milan Kundera, lui-même expatrié, c’est le lien ambigu avec le pays d’origine et le passé. Irena et Josef ne se sentent plus tout à fait chez eux quand ils “rentrent au pays”.
“Avant de quitter le Danemark, il s’était représenté le face-à-face avec les lieux connus, avec sa vie passée, et s’était demandé: serait-il ému? froid? réjoui? déprimé? Rien de tout cela. Pendant son absence, un balai invisible était passé sur le paysage de sa jeunesse, effaçant tout ce qui lui était familier; le face-à-face auquel il s’était attendu n’avait pas eu lieu” (p53)
Pourtant, ils ne sont pas plus écoutés par les habitants de leur pays d’adoption qui ne voient en eux que des aspirants au retour, ne comprenant pas que l’on puisse se sentir bien dans un pays dans lequel on n’est pas né.
Kundera montre de manière subtile la double incompréhension à laquelle fait face celui qui émigre.
“Sa dernière pensée avant de s’endormir est pour Sylvie (…) Irena aimerait l’inviter au bistrot et lui raconter ses derniers voyages en Bohême. Lui faire comprendre la difficulté du retour. C’est d’ailleurs toi, imagine-t-elle de lui dire, qui la première as prononcé ces mots: Grand Retour. Et tu sais, Sylvie, aujourd’hui j’ai compris: je pourrais vivre à nouveau avec eux, mais à condition que tout ce que j’ai vécu avec toi, avec vous, avec les Français, je le dépose solennellement sur l’autel de la patrie et que j’y mette le feu. Vingt ans de ma vie passés à l’étranger se changeront en fumée (…) C’est le prix à payer pour que je sois pardonnée. Pour que je sois acceptée. Pour que je redevienne l’une d’elles.” (p47)
Pour poursuivre la réflexion, une note intéressante sur le blog de l’écrivain franco-chilienne Maria London qui analyse le livre de Kundera et l’intègre à son histoire personnelle.








November 4th, 2007 at 5:26 pm
Article très intéressant, pour les fans de Kundera (dont je fais partie) mais aussi pour les novices. Une introduction de bonne augure pour la suite du blog!
November 4th, 2007 at 11:45 pm
Waoo, ça prend du temps à lire pour moi, hehe
Bravo!
Au fait, ça coute combien, ce roman?