Elodie Ceron, petite-fille de républicains espagnols réfugiés en France: bientôt espagnole?
“Après le vote de la loi sur la mémoire historique, Madrid offre aux descendants de réfugiés politiques exilés la possibilité d’adopter la nationalité espagnole et d’en faire bénéficier leurs enfants” (Stéphane Thépot, Le Monde, 23 novembre 2007)
La guerre civile reste un sujet sensible en Espagne. La loi sur la mémoire historique, votée le 31 octobre dernier, a été très controversée en Espagne. Le Parti populaire (PP), principal parti de la droite espagnole, refuse de condamner le franquisme dont il est le grand héritier.
Un amendement apporté à cette loi prévoit la possibilité d’acquérir la nationalité espagnole pour les enfants et petits-enfants de républicains exilés.
Parmi les personnes concernées,

Elodie Ceron, 24 ans. Elle travaille depuis deux ans en Espagne dans une association d’amitié franco-espagnole, Dialogo, qui vise à faire coopérer Français et Espagnols dans les domaines économique, politique, culturel universitaire.
- Te sens-tu personnellement concernée par cette loi?
Oui. J’habite en Espagne et pour des raisons pratiques, avoir la nationalité espagnole est une bonne chose pour moi. Mais même si je vivais en France, je l’aurais sans doute demandé par désir de me rapprocher de la culture de mes grands-parents. Je trouve que c’est un bon retournement de situation.
-Quelle est l’histoire de tes grands-parents?
Mon grand-père paternel a fait la guerre civile avec les républicains, il était capitaine des carabiniers. A la fin de la guerre, il est passé en France. Il a été interné à Argelès-sur-mer dans un camp de réfugiés. Puis pendant la Seconde Guerre Mondiale, il a été envoyé en Allemagne pour faire son STO. Mais il s’est évadé et a erré en France. Il s’est finalement arrêté près de Bordeaux et a réussi à faire venir ma grand-mère, avec laquelle il était fiancé, 13 ans plus tard grâce à l’aide d’un curé espagnol de Bordeaux. Mes grands-parents ne sont jamais retournés en Espagne. Mon père est né en France en 1953 avec la nationalité espagnole. Puis il a été naturalisé français vers l’âge de 4-5 ans. Il a pu récupérer la nationalité espagnole grâce à une loi votée en 2002 par le gouvernement Aznar permettant à ceux qui ont perdu leur nationalité en émigrant de la retrouver. Mais il ne pouvait pas la transmettre. Ce qui va être possible avec la nouvelle loi.
- Ton père se sent-il français ou espagnol? Dans quelle culture vous a-t-il élevés?
Quand il y a un match de foot France-Espagne, mon père est à fond avec l’Espagne! Mais je pense que fondamentalement il se sent français. Quand il était petit, il avait beaucoup d’amis qui étaient aussi des enfants de réfugiés espagnols. Ses parents l’ont élevé dans la culture espagnole. Mais il s’est marié avec une Française et il a fait sa vie en France. Par contre,même s’il ne parlait pas espagnol à la maison, il nous a toujours lu des comptines en espagnol à ma soeur et à moi. Il nous a beaucoup encouragé à apprendre la langue. D’ailleurs, ma soeur est prof d’espagnol et moi je travaille en Espagne!

-Justement, comment te sens-tu en Espagne? est-ce que la question de la nationalité est importante pour toi?
Je me sens française en Espagne et espagnole en France…Il y a toujours quelque chose de l’un des deux pays qui me manque. En Espagne, même si je suis bilingue, je suis toujours considérée comme une étrangère et en France c’est moi qui me sens différente. Je suis très à l’aise avec les gens qui sont bilingues comme moi. Quant à la question de la nationalité, ce serait important pour moi d’avoir la nationalité espagnole pour voter par exemple. Et bien sûr d’un point de vue symbolique ça voudrait dire beaucoup pour moi par rapport à mes grands-parents et à mon père. Mais je ne renoncerai jamais à la nationalité française. Elle fait partie de mon identité. C’est en France que j’ai grandi.
-Ton avenir, tu vas le construire en Espagne?
Je pense rester en Espagne. J’ai fait des études de commerce bilingue et j’ai toujours eu envie de partir en Espagne. Finalement je suis restée par amour. Si je n’avais pas rencontré quelqu’un, je serais peut-être repartie en France. Mon travail à Dialogo me permet de travailler dans une atmosphère bilingue et d’être toujours en contact avec les deux cultures, ce qui me convient très bien. Mon rôle est d’entrer en contact avec des entreprises espagnoles et d’essayer de placer des étudiants français chez elles. Je suis heureuse de pouvoir faire partager mon amour de l’Espagne aux étudiants qui arrivent.
Cette interview a été réalisée par téléphone
Les souvenirs des républicains espagnols exilés sont encore douloureux et témoignent d’une page sombre de l’histoire de l’Espagne et de la France:








December 2nd, 2007 at 10:13 am
L’expérience de cette jeune fille est tout à fait intéressante. Et un peu troublante car je vis la même chose qu’elle. Je vis en France, mais ma mère est espagnole. Elle a quitté l’Espagne au cours de dernières années du franquisme (1968). Sa famille aurait dû partir plus tôt, d’ailleurs, parce que trois de ses oncles se sont faits fusillés en raison de leur activisme républicain. Moi, j’ai toujours vécu en France, mais je parle l’espagnol, je vais plusieurs fois par an là-bas, et chez moi, on a toujours vécu à l’espagnole. Comme Elodie, je suis toujours pour l’Espagne quand il s’agit de sport. Et comme Elodie, je suis considérée comme française quand je vais là-bas, et comme espagnole en France. J’ai pourtant la nationalité espagnole !
En tout cas, cette interview est tout à fait intéressante et je suis contente de l’avoir lue !
February 29th, 2008 at 10:28 pm
Bonjour,
Simplement pour vous communiquer la sortie de mon roman : La couleur du safran, un roman en hommage aux réfugiés politiques et économiques espagnols.
Cordialement; Albert BUENO
http://albertbueno.over-blog.com/
June 23rd, 2008 at 11:21 am
Bonjour, je lis l’interview de Elodie Ceron avec grand intérêt, et j’y retrouve presque dans le détail la perception de ma propre situation! Cet amendement est pour moi la reconnaissance d’une page noire de l’Espagne qui contribuera à exorciser ce douloureux épisode. Je suis perplexe cependant sur le point relatif à la non renonciation à la nationalité française: le consulat d’Espagne à Paris précise en effet qu’il convient de renoncer à la nationalité antérieure pour les français en tout cas, pour pouvoir prétendre à l’acquisition de la nationalité espagnole dans le cadre de ce texte, qu’en est-il exactement?
D’avance merci à ceux qui pourraient m’éclairer!
November 5th, 2008 at 2:16 pm
bonjour, je suis francaise je vie a paris de mere espagnole née en france mais ses parents son nés en espagne, je voudrais savoir si je pourrais bénéficier de la nationalité espagnole par ma mere.
merci pour votre reponse
November 9th, 2008 at 2:40 am
C’est curieux je recherchais un lien avec d’autres descendants de réplucains espagnols. Une recherche sur Google m’a conduite sur ce site.
Et là, je découvre la Loi sur la Mémoire Historique : incroyable !
J’ignorais tout de son existence
Je ne sais qu’en penser, je vais en parler à ma mère dès demain ainsi qu’à mon mari qui est lui aussi fils de républicains exilés.
Je trouve ça bien d’un côté car l’Espagne se souvient de nos parents, de nous, nous accorde une reconnaissance forte et historique.
Mais d’un autre côté, ça me dérange car cela remet en cause ma notion d’intégration.
Nous sommes français à part entière désormais et j’aurais l’impression de renier un pays sans lequel nous n’existerions probablement pas (si ils n’avaient pas été réfugiés ils seraient morts…) en demandant la nationalité espagnole. La France (aussi perfectible qu’ait été son accueil au départ pour les exilés) nous a permis d’avoir une évolution sociale et un niveau de vie impossibles en Espagne à l’époque. Ce sont mes grands-parents qui ont fuit l’Espagne, ni mes parents ni mes oncles et tantes ne parlent l’espagnol. Ils ont des prénoms français, ils sont fonctionnaires pour la plupart. La volonté d’intégration de mes grands-parents était très forte. Nous n’avons pas du tout été éduqués dans la nostalgie.
Quand je vais en Espagne, je suis émue par rapport à mes grands-parents que j’adore, j’ai l’impression de mieux les connaitre mais ce n’est pas mon pays. Je me sens proche des autres enfants d’exilés mais pas du tout des espagnols, je ne suis pas des leurs, ce sont comme de lointains cousins auxquels on a pas grand chose à dire. Mes cousins et mon mari pensent la même chose que moi sur ce sujet. De toute façon pour mon beau-père, mon mari n’est pas d’origine espagnole mais d’origine basque (Bilbao plus précisement..) !! Ha ! Ha ! Ca se complique !
Plus sérieusement j’aurai toujours une profonde tendresse pour l’Espagne, j’ai été anéantie par les actes de terrorisme dont a été victime Madrid en 2004, je me suis sentie bizarrement touchée en plein coeur, mais je suis française, définitivement et exclusivement.
February 8th, 2009 at 9:43 pm
Bonsoir,
J’ai été très intéressée par ce témoignage étant mariée avec le fils d’un réfugié républicain espagnol .
February 25th, 2009 at 5:31 pm
bonjour et merci élodie,
étant dans le même cas (grands-parents exilés en 39) et fortement influencé par cette culture semi-étrangère, je me demandais s’il existait des listes de noms, des archives complètes pour connaître la route exacte empruntée. Mes grands-parents sont allés à Corbeil en gatinais, loiret, après les plages, mais nulle trace de camp dans cette commune….
March 9th, 2009 at 4:10 pm
Bonjour
Je suis journaliste pour un magazine toulousain et je recherche des témoignages de petits enfants de refugiés espagnols qui vivrait à toulouse ou environ
Vous pouvez me contacter sur l.vilmer@free.fr
Merci
April 21st, 2009 at 12:03 pm
bonjour
j’ai acquis egalement la nationalité espagnole via le consulat d’espagne a paris, c’est tres facile
connaissez vous des refugiés d’un camp du coté de bordeaux, je recherche des traces de cette epoque (mon grand pere)
merci
charles
mon facebook : carlos lastra
May 3rd, 2009 at 9:53 pm
A Montendre Charente Maritime, il y a eu un camp qui a reçu jusqu’à 700 réfugiés Espagnols. Les baraques ont disparu. La place est vide. Aujourd’hui la municipalité a décidé de réaliser un aménagement urbain de cette place.
Tout un travail de mémoire de cette page d’histoire a été réalisé par un chantier de jeunes internationaux. Des rencontres émouvantes ont permis à de nombreuses personnes Espagnoles de se retrouver, de se souvenir, de raconter. Les jeunes ont récolté de nombreux témoignages de personnes Espagnols qui ont vécu dans le camp. La collectivité veut marquer cette page d’histoire par un symbole sur cette place et elle a invité les Espagnols à donner des idées.Certains enfants de réfugiés aujourd’hui regrettent de ne pas avoir assez écouté ce que les parents racontaient, ils sont pour la plupart à la recherche de documents, car ils veulent à leur tour raconter à leurs enfants…C’est important que la collectivité veuilles marquer cet évènement de l’histoire et il n’est jamais trop tard pour accomplir un devoir de mémoire.