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Lucien Neuwirth : « Quelle bataille ! » décembre 26 2007

Publié par emma in : pouvoir politique , rétrolien

Lucien Neuwirth, ancien député gaulliste et membre du Comité Consultatif sur l’Ethique.  

On a fêté mercredi les 40 ans de votre loi. Que ressentez-vous ? 

Ça me fait plaisir de voir que la bataille que j’ai mené n’a pas été inutile. Ça a évité bien des drames et des malheurs. 

Qu’est-ce qui vous a poussé à présenter ce projet de loi ? 

Quand j’étais en Angleterre avec les Forces Françaises Libres, j’ai rencontré une Irlandaise. Les choses allant, elle m’a glissé dans la main une pilule. C’était la première fois que j’en voyais. J’ai trouvé ça formidable ! Je suis rentré, lors de ma première permission en France, avec cinq gynomine (pilule contraceptive effervescente) dans chaque poche.  La guerre finie, j’ai été élu maire adjoint de St Etienne, à 23 ans. Un jour où j’évoquais avec le maire la loi de 1920 interdisant la contraception, il m’a dit en rigolant, « Celui qui fera voter une loi qui annulera celle de 1920 n’est pas encore né ! ». J’ai pris ça comme un challenge. 

Comment en êtes-vous venu à mener un combat qu’on aurait plutôt pensé féminin ? 

Je n’ai jamais trouvé normal que ce soit la femme seule qui porte la maternité et ses conséquences. Il faut être deux pour faire un enfant, on est donc responsable à deux. Beaucoup de femmes se retrouvaient abandonnées une fois enceintes. Elles avaient besoin d’une bouée de secours, la pilule. C’est un problème de conscience qui ne se discute pas.  

Au départ, De Gaulle n’était pas favorable à cette loi. L’opposition a été très virulente. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ? N’avez-vous jamais douté ? 

De Gaulle m’a convoqué dans son bureau. Ses grandes jambes se pliaient et se dépliaient. J’ai parlé 40mn sans interruption. Je n’avais pas un poil de sec ! Il a fini par me répondre «  C’est vrai. Transmettre la vie, c’est important. Il faut que ce soit un acte lucide. Continuez ! ». Heureusement que le chef d’Etat s’appelait De Gaulle. Sous d’autres présidents, ça n’aurait pas marché. L’opposition a été très forte. J’ai tout entendu. On m’a dit que j’étais fou. « Tous les cardinaux à Rome vont mettre la pilule à l’index ! », « Les petites filles de 13 ans ½ vont faire le tapin ! ». D’autres annonçaient la fin de ma carrière politique. J’ai même retrouvé mon portail goudronné d’un « Assassin d’enfant ». J’en ai pris plein dans la gueule pour pas un rond. Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’hypocrisie de ceux qui ne pensaient qu’à leur clientèle électorale. Mais j’étais déterminé à aller jusqu’au bout. J’ai reçu environ 1500 lettres de femmes de toute la France. Elles me remerciaient, m’encourageaient à continuer. C’est auprès d’elles, de ma mère, de mon épouse, qui me certifiaient que j’avais raison, que j’ai trouvé mon soutien le plus fort.  

Vous avez changé la vie de millions de Françaises. Est-ce que votre loi a changé la vôtre ?

La loi n’a pas été le summum de ma vie politique mais l’un des moments les plus discutés. Je me suis toujours intéressé à la vie des individus, hommes et femmes. C’est pour ça que je me suis battu pour rendre les soins palliatifs obligatoires dans les établissements de santé publics et privés.  

Comment expliquez-vous aujourd’hui le nombre élevé de grossesses non désirées et d’avortements ? Avez-vous le sentiment que votre loi n’a pas été suivie de la mise en place d’une politique volontariste de contraception ? 

Quand je vois qu’il y a encore des avortements, ça me met hors de moi ! L’éducation sexuelle est une révolution. Mais beaucoup d’établissements scolaires refusent d’en parler. Il y a toujours une pression morale et une hypocrisie monstrueuse. Beaucoup de machos sont encore au pouvoir, et ne se rendent pas compte. S’ils aimaient les femmes, ils voudraient qu’elles soient protégées et donc, informées. Plus qu’un enjeu de santé publique, c’est un enjeu de solidarité, d’égalité entre les hommes et les femmes.  

Quels sont vos espoirs, vos attentes pour demain ? 

Toutes les lois nécessaires pour permettre l’enseignement et la diffusion de la pilule ont été sabotées. Aujourd’hui, tout est en place, mais il faut que ça fonctionne. C’est bien beau de faire des lois, encore faut-il les appliquer.   

Propos recueillis par Marie-Agnès Suquet

Commentaires»

1. Amos - décembre 27, 2007

Chapeau bas pour l’interview ! Et pour Lucien Neuwirth !

2. Alex - janvier 7, 2008

Y a vraiment des gens bien en France. Bravo Marie