Les Bleus et le peril jaune
Posted in Les Bleus et le peril jaune, SPORT, INTERVIEW on January 5th, 2008Interview exclusive avec PI hongyan, cinquième joueuse mondiale et incontestable leader du badminton français
Dans 8 mois (le 8.08.2008) débuteront les épreuves des Jeux olympiques de Pékin. Pensez-vous que le 8, signe de richesse en Chine, portera chance aux français ?
Les quatre meilleures joueuses mondiales sont des Chinoises. Je n’espère pas les rencontrer avant les huitièmes de finale … Selon le proverbe chinois, « le ciel, le temps, la terre, les peuples » leur sont favorables. Cela dit, les JO peuvent nous réserver des surprises. L’équipe chinoise aura plus de supporters…
Où en est l’équipe française de badminton ?
On ne connaît pas encore la composition de l’équipe. En ce qui me concerne, je suis confiante. Rien n’est encore acquis pour la sélection, mais si tout se déroule normalement il y a de fortes chances pour que je participe à ces JO de Pékin. Je suis moins optimiste pour le reste de mon équipe, surtout en double. Peut-être ne participeront-ils même pas aux JO.
L’entraînement chinois est-il différent de l’entraînement en France ?
Il y a une énorme différence. Les Chinois commencent très petits, vers 12 ans. Dès cet âge-là, ils travaillent leur jeu toute la journée. Pour les plus grands, les entraînements intensifs durent 40 à 50 minutes, sans interruption. Il y a celui du matin, celui de l’après-midi, et on travaille la technique le soir. En France, les 12-16 ans ne s’entraînent que deux fois par semaines. L’entraînement devient plus consistant vers 18 ans. Mais ici, on continue les études en parallèle : le badminton n’est pas un sport très rémunérateur et les athlètes français suivent presque tous des formations parallèles. Moi le matin, je suis des cours de français et des cours pour devenir entraîneur. Je ne m’entraîne que l’après-midi.
En Chine ils n’ont rien d’autre à faire.. En France c’est donc plus dissolu et je trouve que les Français tiennent moins la durée.
Comment vous préparez-vous ?
Je suis plutôt sereine parce que qu’il me reste huit mois pour me préparer. Je serai sûrement moins calme à un mois du début de la compétition. Pour l’instant, l’entraînement est flexible. C’est moi qui choisis de travailler là où je me sens plus faible. Je joue le plus possible, pas forcément de manière intensive mais juste pour pratiquer.
Vous allez porter le maillot français en Chine, votre pays d’origine. Allez-vous vous sentir pleinement française ?
Je suis en France depuis cinq ans. Je regrette de ne pas porter les couleurs de la Chine, mais maintenant je me suis faite à l’idée de jouer pour la France. J’ai eu beaucoup de chance d’être acceptée par l’équipe française : cela m’a permis de participer à de nombreuses compétitions, ce que je n’aurais pas pu faire en Chine car je n’avais pas le niveau. Avec toutes ces opportunités que l’équipe de France m’a offerte, j’ai pu progresser très vite.
Comment percevez vous l’avenir du badminton en Chine et en France ?
La Chine forme de nombreux athlètes de très haut niveau. L’Etat et les provinces mettent d’énormes moyens financiers au service du développement de ce sport. En France, le badminton est un sport qui est très pratiqué mais il y a peu de professionnels. Ce manque de joueurs qualifiés ne permet pas une progression très rapide du niveau du badminton français.
Pensez vous retourner un jour en Chine pour y jouer en haut niveau ?
Je ne suis pas sûre car en Chine, il n’y a pas de tournois entre les clubs. C’est l’Etat qui organise des compétitions entre les provinces. Il y a peu de chance que retourne en Chine car il y a de très bons joueurs là bas, beaucoup plus qu’en France. Et comme mon petit ami est ici en France, je ne pense pas repartir.
Xiao HAN
Marthe Henry

