Un patron de salon de thé chicha en grève de la faim

Depuis quatre semaines, Abdel el Ahmer, propriétaire du salon de thé chicha Houara Lounge à Paris (XIVe arrondissement) est en grève de la faim pour protester contre l’interdiction de fumer dans les lieux publics, qui l’empêche d’exercer son activité. Le narguilé, comme la cigarette, tombe sous le coup du décret entré en vigueur le 1er janvier 2008 dans les lieux de convivialité.

Depuis le 16 février, Abdel El Ahmer ne s’alimente plus, ne se rase plus, et vit jour et nuit sur les banquettes de son salon de thé. « Je veux montrer aux gens l’état dans lequel je me trouverai si on m’oblige à fermer sans indemnisation », a-t-il expliqué mardi lors d’une conférence de presse dans les murs de son établissement.

Grand et large d’épaules, il est apparu coiffé d’un turban rouge et de lunettes, arborant une courte barbe. Il a dénoncé le « harcèlement policier » dont il se dit victime. « Au mois de janvier, ils sont venus à douze et m’ont parlé comme à un chien, a-t-il affirmé. Ensuite ils sont revenus plusieurs fois, jusqu’à deux fois par jour, sans pour autant me verbaliser. » Il a précisé que les visites avaient cessé depuis qu’il a entamé une grève de la faim. « Ils ont peur que ça dégénère. »

Abdel El Ahmer a lancé une pétition qui a recueilli 400 signatures. Il a également reçu le soutien de René Dutrey, président du groupe les Verts au Conseil de Paris, et du maire socialiste du XIVe arrondissement, Pierre Castagnou. « Il faut une indemnisation pour les bars à chicha », a affirmé ce dernier, promettant d’écrire au premier ministre.

Les revendications du propriétaire du Houara Lounge restent imprécises. « Indemnisation, aménagement ou retrait du décret, c’est au gouvernement de proposer. »

Lorsqu’il a ouvert son salon en 2005, il ignorait qu’un décret se préparait. « Cela aurait été suicidaire ». Il a affirmé ne pas soutenir les propriétaires de salon qui ont ouvert après l’annonce du décret, le 16 novembre 2006.

Interrogé sur son état de santé, il a déclaré « Je garde le moral, même si j’ai des vertiges le matin ». Il n’a reçu aucune réponse malgré plusieurs courriers et appels téléphoniques à l’Elysée, au ministère du Budget et à la Préfecture de police, mais s’est dit confiant : « Je sais que Nicolas Sarkozy va faire quelque chose ».

Kamal Chaouachi, anthropologue et enseignant pour le DIU de tabacologie de l’Institut Paul Guiraud de Villejuif, était venu en soutien. Très virulent, il a dénoncé « la mystification » autour des risques de la chicha, affirmant que « le tabagisme passif du narguilé est une invention », puisque ce mode de consommation du tabac ne produit pas de « fumée secondaire », celle qui se dégage d’une cigarette laissée allumée dans un cendrier. « La seule fumée rejetée dans l’atmosphère a été filtrée trois fois, par l’eau, par le circuit du narguilé et par les poumons du fumeur. Elle est donc beaucoup moins nocive que celle qui se dégage directement d’une cigarette ».

Pour les défenseurs du narguilé, la question du tabagisme passif ne se pose pas puisque les clients qui fréquentent les salons viennent dans le but de fumer. 800 bars à chicha étaient ouverts en France au 1er janvier 2008, dont la moitié en Ile de France. Environ un tiers a fermé ou s’est reconverti suite à l’entrée en vigueur du décret, selon l’Union des professionnels du narguilé (UPN). Les autres ont enregistré une baisse « d’au moins 50% de leur chiffre d’affaire » selon le syndicat. Ils n’ont reçu aucune indemnisation, contrairement à d’autres professions, comme les buralistes. Plusieurs propriétaires de salon ont entamé une grève de la faim, dont trois à Paris.

4 Responses to “Un patron de salon de thé chicha en grève de la faim”

  1. Je fais le lien entre les propos de nos haltayollahs anti-tabac et Trofim Lyssenko. Voir Wikipedia si vous ne connaissez pas l’histoire de cette patascience.

    On nous enfume du côté de l’OFT !

  2. Bonjour et merci pour votre couverture de l’événement. Je suis convaincu que c’est grâce à de jeunes gens comme vous, très professionnels avant l’heure, que la censure, indigne d’une démocratie avancée, se dissipera.

    Je n’étais pas venu « en soutien » politique au gréviste de la faim mais comme support scientifique car ces malheureux (les gérants des salons néo-orientalistes) sont systématiquement attaqués avec des arguments qui relèvent de ce que l’un des commentateurs éclairés de votre article appelle la « patascience » des « haltayollahs ».

    J’ai dénoncé la mystification, non pas « autour des risques de la chicha » mais autour du « tabagisme passif » du narguilé, ce qui est différent. Le tabagisme actif du narguilé est un autre débat.

    A ce sujet, sachez que j’ai été le premier à mesurer les taux de monoxyde de carbone dans l’air ambiant des salons à narguilés il y a 10 ans et émettre des recommandations de santé publique que j’ai publiées et annoncées lors d’un congrès de tabacologie en 1998 [1].

    Malheureusement, il n’en a pas été tenu compte car l’objectif du décret anti-tabac, comme celui de toute prohibition, est l’éradication : à la fois des produits, des instruments et de tout débat scientifique à leur sujet, surtout quand ce dernier mentionne la dimension anthropologique. La censure a les oreilles bouchées. Quand elle entend « anthropologie », elle comprend « apologie ».

    Mon propos était démonstratif. Il n’était pas «virulent», notamment lors du premier tournage avec l’équipe de i-télé. Il l’est devenu que quand le caméraman de France 3 a mis un terme au tournage (« Coupez ! »).

    Vous avez pu constater qu’il a alors tenté de justifier son intervention en déclarant que son père était décédé à cause du tabac et que ce dernier était nocif.

    Vous vous souviendrez que je lui ai répondu que, pour ma part, j’ai toujours déclaré que le tabac est en effet nocif mais que le fait que je ne sois pas d’accord avec le point de vue généralement officialisé par les médias ne signifie nullement que je fasse l’apologie du tabagisme. Toutes mes publications scientifiques le montrent [2].

    Si vous êtes intéressée d’écrire un « papier » sur la censure aberrante de ce sujet dans les médias, sachez que je reste à votre disposition et que l’attachée de presse mettra à votre disposition le film entier qui comprend également la scène décrite ci-dessus. Elle est éloquente.

    Cordiales salutations et merci encore pour votre éthique et votre courage.

    [1] Chaouachi K. Tabacologie du narguilé. Alcoologie. 1999; 21 (1/83):88-9.
    [2] http://PublicationsList.org/kamal.chaouachi

    PS : J’avais bien insisté auprès de tout le monde que mon nom comporte deux « a » : l’un en 3ème et l’autre en 6ème position : « ChAouAchi » donc et non « Chaouchi ».

  3. Excusez moi pour cette erreur malencontreuse dans votre nom, que j’ai corrigée.

  4. la meilleure chose que puisse faire Sarko pour ce pauvre homme, c’est de lui payer un repas à la Tour d’Argent.

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