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L’université vue par un étudiant italien gréviste à la Sorbonne décembre 2 2007

Publié par italiensaparis in : Actualité , rétrolien

La cour de la SorbonnePaolo, Italien de 23 ans, milite depuis le début pour le retrait de la loi sur l’autonomie des universités aux côtés d’autres étudiants de la Sorbonne. En master 2 à Paris I en sciences politiques, il est favorable à la grève et au blocage, renforcé dans ses opinions par l’exemple des universités italiennes. Il est originaire de Cuneo (Côni) une ville de 50 000 habitants dans le sud du Piémont à environ 90km de Turin.

Pourquoi as-tu décidé de t’investir dans la contestation contre la loi sur l’autonomie des universités françaises ?
Paolo : « L’exemple des universités italiennes est révélateur. En 2000 une loi similaire à celle de Valérie Pécresse a été votée en Italie. Beaucoup de promesses avaient été faites mais peu ont été tenues. Nos craintes de l’époque se sont révélées fondées.  Je souhaite continuer mes études en France et je veux éviter que l’histoire se répète. »

Quelles sont selon toi ces promesses non tenues sur les universités italiennes ?
P : « 1. Les droits d’inscription ont augmenté. Je me situe dans la tranche supérieure de la classe populaire, pourtant si j’étais resté en Italie j’aurais été classé dans un des barèmes les plus élevées avec 2000 euros par an à payer. 2. La sélection à l’entrée est effective. 3. La promesse de la professionnalisation ne s’est pas réalisée pour beaucoup d’étudiants, surtout pour les sciences humaines (ndlr histoire, philosophie, sociologie etc.),  des filières jugées non rentables. Les emplois sont précaires. Un de mes amis gagne 500 euro net par mois comme assistant (chargé d’études)  4. Les différences régionales se sont accrues entre le Nord où des universités prestigieuses ont accès aux fonds privés et le Sud où les universités disposent de moins de moyens. 5. La recherche est pénalisée. Beaucoup de chercheurs partent à l’étranger. Ces cinq points correspondent à nos craintes actuelles pour l’université française. »

Au final le but des étudiants est de trouver un travail. N’est-il donc pas judicieux de lier plus l’université aux entreprises ? Le projet Phénix par exemple a engagé en février sept grands groupes (dont Renault et Siemens) par une charte signée avec l’université de Marne-la-vallée à embaucher plusieurs dizaine de diplômés des filières sciences-humaines.
P : « Comment aborder des sujets dérangeants si nous sommes financés par des entreprises privées ? Moi-même je me dirige vers des recherches sur les mouvements sociaux. Ma future thèse portera sur Mai 1968 et les représentations que ce mouvement implique aujourd’hui. C’est un sujet qui dérange et j’ai peur qu’on ne me laisse pas assez de liberté. Pour le projet phénix il est trop tôt pour tirer des conclusions. Si ces entreprises connaissent des difficultés, je ne suis pas certain qu’elles embaucheront à long terme.»

Pourquoi avoir choisi à 19 ans de venir étudier dans une université française ?
P : « Les opportunités de travail dans la recherche en Italie ne me plaisent pas. De plus rester en Italie signifiait étudier à Turin et côtoyer encore les mêmes gens qu’à Cuneo. Je désirais connaître une réalité autre. Le choix de Paris s’est imposé naturellement. Depuis l’âge de 10 ans j’apprends le français et je nourris des contacts avec la culture française par ma grand-mère qui habite Nice. La Sorbonne est université reconnue à l’étranger. »

Comment se passe ton intégration au milieu des autres étudiants de la Sorbonne ?
P : « Pendant mes deux premières années en DEUG de droit à Paris I je ne me sentais pas à l’aise. Mais depuis que j’ai intégré la filière sciences-politiques je ressens beaucoup de moments de cohésion, comme lors du mouvement contre le CPE en 2005. En option sociologie, nous sommes très liés entre nous. Dans les AG (ndlr assemblées générales) je retrouve une dizaine d’Italiens dont un napolitain et des florentins. »

Décris nous ton système universitaire idéal…
P : « Il serait un compromis entre l’université élitiste du XIXe et l’université de masse instaurée depuis les années 1960 et 1970. Il faut tendre vers un système égalitaire avec l’abolition des « grandes écoles » ; la baisse des frais d’inscription ; un accès libre sans contrôle de carte à l’entrée ; une revalorisation de la recherche dans tous les domaines. Pour le financement l’impôt reste la meilleure solution. Il doit être redistribué plus égalitairement ».

Et vous qu’en pensez-vous ? N’hésitez pas à laisser vos témoignages.

Eclairage sur le système universitaire italien :
Le principe de l’autonome des universités italiennes est inscrit dans la Constitution de la République italienne de 1948. L’autonomie existe au niveau administratif, financier, comptable, et depuis 2000 didactique. Chaque université s’organise selon ses propres statuts et élabore ses propres projets de formation.
Chiffres de 2005 : 77 institutions rassemblent 1,8 millions d’étudiants.

Le site de l’Ambassade de France en Italie

Le site du Ministère de l’éducation italien
 

Commentaires»

1. antonella juge - décembre 15, 2007

je trouve votre article très clair et éclairant;
j’aime également l’idée d’un blog sur les
italien a Paris, et l’idée de leur donner la
parole sur des sujet d’actualité est très intéressante.
Pourquoi ne pas leur poser des questions sur
le travail precaire ou sur des autres sujets concernant la politique
italienne?

2. italiensaparis - décembre 16, 2007

Merci pour votre commentaire.
Il me semble effectivement intéressant d’éclairer des enjeux français à travers le regard d’Italiens.
Vos idées me paraissent intéressantes. Je tenterai d’aborder ces sujets dans de prochains posts. A suivre aux prochains épisodes !
Si ce n’est pas indiscret d’où vous vient l’intérêt pour la culture italienne ?
Merci encore d’enrichir mon blog de vos suggestions.