A la recherche de la pierre philosophale
Le “Père de l’Histoire”, Hérodote, qu’il serait plus juste de qualifier de premier reporter occidental, était allé visiter les monuments de Giza et interroger les notables du coin : il en a rapporté des informations de seconde main après avoir promis de garder secrètes certaines confidences dévoilées par ses interlocuteurs…Premier exemple d’auto-censure journalistique?…
Quoiqu’il en soit, le lieu est réputé détenir des secrets . Des Grecs aux Arabes en passant par les Romains, on ne compte plus le nombre de témoignages, rumeurs, récits, chroniques faisant état de “dangers” et de “merveilles” liés au site de Giza, à ses souterrains, au Sphinx et à la Grande Pyramide toute proche. Cette tradition a persisté au-delà de l’époque de le Renaissance et sera reprise par des confréries spirituelles, désireuses de (re)nouer avec un passé prestigieux . Ainsi, des rosicruciens du 17ème siècle au franc-maçons du 20ème en passant par les théosophes du 18ème, ils seront nombreux à entretenir l’idée d’une origine primordiale liée à l’Egypte, à ses initiations et à son héritage.
La fin du siècle dernier a favorisé le regain de ce que le chercheur Erik Hornung nomme “l’egyptosophie” ou la quête perpétuelle à travers les âges et les cultures d’une Sagesse originelle et ultime détenue par les prêtres de l’Egypte ancienne. La naissance du mouvement socio-spirituel californien , le New Age, a relancé en la popularisant l’idée typiquement “occultiste” d’un labyrinthe sous les pyramides et le Sphinx de Giza dans lequel serait entreposé un savoir infini, hérité des dieux ou d’une civilisation disparue.
Aujourd’hui, le Web propage et met à disposition de tous des théories ou croyances relatives à la Grande Pyramide qui, autrefois, étaient “réservées” à des groupes plus ou moins sectaires, basés sur la cooptation et la promesse de garder secret ce qui y sera appris. Désormais, il n’est pas rare de voir un adolescent occidental professer des concepts sur la Grande Pyramide qui auparavant étaient émises par tel aristocrate érudit vaguement excentrique.
Le coeur de la croyance? Il existerait en Egypte, quelque part dans ou sous la Grande Pyramide, un “matériel” tellement particulier qu’il provoquerait le choc et l’effroi, révélant sur le passé du genre humain des éléments stupéfiants sur sa nature, son origine et sa destinée. Tout simplement. Pour certains de ces rêveurs, fous ou visionnaires, le moment de la découverte approche.
Voilà pourquoi toute exploration, même mineure, de la Grande Pyramide réveille des excitations ou des peurs bien plus profondes que n’importe quelle fouille archéologique. Tel le monolithe de “2001″, le monument attend d’émettre son signal pour quelques interprètes audaçieux. Croyants dans la force “psychique” du lieu ou sceptiques positivistes, “pyramidiots” ou ricaneurs, l’avenir tranchera . Sans forcément donner raison à tel ou tel camp.
