“Nous voulons protéger les antiquités egyptiennes. Nous voulons protéger nos valeurs. C’est la chose la plus importante” , a récemment déclaré le secrétaire général des antiquités, Zahi Hawass, dans un entretien accordé à National Geographic. Pour ce faire, autant employer la manière forte : désormais, il sera illégal pour tout particulier ou groupe d’utiliser à des fins commerciales les images célèbres des pyramides, du Sphinx et du masque de Toutankhamon sans reverser des “droits d’auteur” à l’Egypte.
Ce projet législatif, pour le moins saugrenu, confirme la volonté, voire la raideur, des autorités egyptiennes à l’égard de l’usage international de leur patrimoine archéologique. Environ 120 antiquités seraient concernées par une telle “protection” juridique. Le but? Utiliser l’argent récolté pour la préservation des sites historiques. Une telle loi empêcherait par exemple la réplique miniature d’une pyramide, n’importe où dans le monde, sans l’autorisation expresse du département des antiquités egyptiennes. Sont ainsi particulièrement visés la Chine et les Etats-Unis dont les bénéfices en matière de reproduction des objets fétiches de l’ancienne Egypte sont faramineux, s’estimant à quelques millions de dollars.
Une telle volonté politique n’est pas réaliste, selon les experts du droit international. Il y aurait peu de moyens de rétorsion pour l’application d’une telle loi nationale à travers le monde entier. De plus, cette question renvoie à la notion défendue par l’UNESCO de “patrimoine mondial de l’humanité” : pourquoi nationaliser un bien qui appartient au genre humain? Ashraf El Ashmawi, consultant juridique auprès du département ds antiquités et auteur du projet du loi, affirme ne pas viser par exemple l’hôtel Luxor de Las Vegas (comprenant une pyramide noire et un sphinx géant) ni, à l’inverse, les petits commerçants qui vivent de l’aura touristique de l’Egypte mais plutôt les grandes entreprises asiatiques qui exploitent sans vergogne, d’après lui, le patrimoine national. Il va jusqu’à affirmer que l’Egypte est prête à user de la pression diplomatique ou du boycott commercial pour convaincre les pays rétiçents à ce dispositif législatif, approuvé par le Premier Ministre et soumis à l’approbation du Parlement egyptien avant une éventuelle application dès l’été 2008.
Nombre de protagonistes à l’origine de la Convention de Berne relative à la protection des oeuvres artistiques sont pour le moins dubitatifs sur la pertinence et la faisabilité d’une telle loi. William Patry, auteur d’un blog consacré au copyright et ancien conseiller à la chambre américaine des représentants, estime que cette volonté des autorités serait uniquement réalisable sur le territoire egyptien, avec un bémol puisque l’internet permettrait de la contourner, y compris par un Egyptien demeurant en Egypte.
Loin d’être applicable, le projet de loi censé protéger les oeuvres des anciens Egyptiens révèle davantage le retour d’une certaine fibre nationaliste en Egypte, retour de boomerang peut-être de l’époque coloniale où le pays était soumis aux pillages feutrés des empires coloniaux dont les résultats se laissent contempler paisiblement, en toute bonne conscience, dans les capitales occidentales.