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Le pain citoyen November 29, 2007

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pain italienUne initiative culinaire et anti-mafia a réuni les Napolitains dimanche dernier. Les associations professionnelles des boulangers ont offert quelque 20 000 pains sur une place de Naples, pour dénoncer la mainmise de la Camorra sur cette activité.

Selon Confesercenti, la confédération de commerçants et d’entreprises, la mafia aurait dans la région de Naples le contrôle sur 2 500 boulangeries. Installées souvent illégalement, celles-ci devraient être prochainement “répertoriées”.

Car en plus de fournir un coquet revenu aux camorristi, le pain échappe à tout contrôle sanitaire. Une question qui préoccupe des Napolitains traumatisés par le scandale des ordures, au printemps 2007.

Retour sur les chiffres November 27, 2007

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Suite à la question de Céline, je reviens sur les données fournies dans le dernier article.
Tout d’abord, les chiffres de Confesercenti (90 milliards d’euros par an, 7% du PIB de revenus pour la mafia) ont été largement repris, par la presse et la classe politique, ce qui devrait plutôt être un bon signe…

Ces chiffres sont-ils sous ou surestimés ? En 2005, Luigi Vigna, procureur national anti-Mafia, parlait dans le « Corriere della Sera » d’un chiffre d’affaires annuel de 100 milliards d’euros, comprenant les secteurs de la drogue, des appels d’offre publics, de la prostitution, de l’extorsion et du trafic d’armes. Il précisait toutefois que les revenus des mouvements moins hierarchisés étaient difficiles à estimer et donc non comptabilisés.

Alors, la Mafia se serait assagie depuis 2005? Difficile à savoir, car tout ces chiffres restent des estimations d’organisations non-indépendantes.

Au sujet de la Sicile, « la Stampa » précise que les commerçants payent en moyenne 500 euros de pizzo par mois alors que pour les gros travaux (infrastructures ou constructions) la somme maximale serait de 20 000 euros.

2,5% du PIB sicilien aura fini dans les poches de la mafia en 2007 grâce au pizzo.

Depuis 20 ans, seuls neuf entrepreneurs se sont opposés individuellement au racket.

Article modifié le 28 novembre 2007 à 13h45.

90 milliards d’euros dans les poches de la mafia November 25, 2007

Posted by maud in : Sicile , 2comments

7% : selon le rapport de “SOS Impresa” (SOS entreprise), ce chiffre correspondrait à la part du PIB que brassent les organisations mafieuses en Italie. Soit 90 milliards d’euros par an.

Ce chiffre a fait grand bruit (et a été par exemple repris dans le Monde), car il correspond à une des rares tentatives d’estimation, à l’échelle nationale, de l’influence de la mafia dans l’économie. Mais ces 7% résonnent d’autant plus fort que c’est Confesercenti, une association qui regroupe 270 000 petites entreprises et commerces en Italie, qui l’a repris. Et a ainsi décidé de faire corps avec certaines des entreprises qu’elle représente.

Le rapport de “SOS Impresa” insiste sur les mutations des rentrées d’argent de la mafia. A part les activités traditionnelles, comme l’extorsion et l’usure, de nouvelles pratiques comme la piraterie sur internet sont apparues. Le rapport rappelle aussi que les “mafiosi dalla faccia pulita” (les mafieux propres sur-eux), entrepreneurs, techniciens, administrateurs publics, sont de mieux en mieux “intégrés” dans le domaine public et occupent des positions de choix dans les structures mafieuses.

Dans la péninsule italienne, les commerçants et les entrepreneurs, de tout secteur, seraient la cible de 1300 délits chaque jour, dont le racket qui représente 10 milliards d’euros par an de revenus à la mafia. Sur 160 000 commerçants qui payent le pizzo, l’impôt mafieux, 132 000 vivent dans les Pouilles, en Calabre en Campanie et en Sicile, c’est-à-dire les zones à forte influence mafieuse. Mais ce qui veut aussi dire que le reste de l’Italie n’est pas à l’abri de ces pratiques.

Marco Venturi, président de Confesercenti, propose dans le rapport “SOS Impresa” des mesures simples, comme l’exclusion des entreprises des appels d’offre publics celles qui ont accepté de payer le pizzo. Mais la Confesercenti n’est pas seule. Confindustria, le Medef italien, a récemment déclaré que seraient mises à la porte les entreprises qui ont traité avec la mafia. Et en ce qui concerne Confcommercio, qui représente 820 000 entreprises italiennes, l’antenne de Trapani, en Sicile, s’est dite prête à adhérer à la nouvelle association anti-racket, “Libero futuro“.

Article modifié lundi 26 novembre à 12h30.

“Libero futuro”: Palerme résiste à Cosa Nostra November 14, 2007

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Une nouvelle association anti-mafia a vu le jour, le week-end dernier, à Palerme en Sicile, au Théatre Biondo. “Libero Futuro”, c’est son nom, reprend une partie du travail du comité Addiopizzo, fondé en 2004 par de jeunes palermitains.

Ceux-ci avaient secoué la ville, il y a trois ans, en collant un peu partout des affichettes au slogan ravageur: “Un intero popolo che paga il pizzo è un popolo senza dignità” (Un peuple tout entier qui paye le pizzo est un peuple sans dignité). Il faut dire que près de 80% des commerces de Palerme payent Cosa Nostra pour leur “sécurité”.

L’action des jeunes d’ “Addiopizzo” s’était transformée en un comité de défense des entreprises et des commerces refusant de payer la taxe mafieuse. Aujourd’hui, 200 d’entre eux sont “pizzo-free”, repertoriés sur le site du comité et signalés en vitrine par des autocollants. Les habitants sont encouragés à les préférer aux entreprises qui payent la mafia et à soutenir les actions du comité.

Mais, les anti-mafia de Palerme veulent passer la vitesse supérieure. Avec “Libero Futuro”, les commerçants et les entrepreneurs, qui ont décidé de dénoncer le racket, peuvent le faire en tout “discrétion”, et surtout en toute “protection”. En effet, la fureur des gangs envers ceux qui résistent est toujours plus forte, et les courageux doivent être protégés de la dénonciation jusqu’au procés.

Une aide qui n’avait pas été accordée à Libero Grassi, tué en 1991 pour avoir tenu tête à ses racketteurs, et dont l’association porte aujourd’hui le nom.

Un peuple tout entier qui ne paye pas le pizzo è LIBRE!


Sur la situation de la Sicile, vous pouvez aussi lire une interview de Pietro Grassi, le procureur national antimafia, parue dans le Monde le 5 novembre 2007.

Vous avez dit pizzo? November 13, 2007

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Un essai, très amusant, de définition du “pizzo” sur le blog des correcteurs du journal le Monde, Langue sauce piquante.

La mafia est de plus en plus traitée dans les médias français, mais il est vrai que, pour les novices, il n’est pas toujours facile de se retrouver entre les mafioso, il pizzo, i pizzini e tutti quanti.

Saluons donc la travail de Langue sauce piquante. D’autant que la définition, et la discussion qui suit, ne sont pas dépourvues de polémiques. Qui a dit que la mafia n’intéressait personne?

Cosa Nostra: arrestation de l’”héritier” de Provenzano November 6, 2007

Posted by maud in : Sicile , 3comments

En moins de 18 mois, Cosa Nostra, la mafia sicilienne, est une nouvelle fois décapitée. Après la capture de Bernardo Provenzano le 11 avril 2006, c’était au tour de Salvatore Lo Piccolo, 65 ans, d’être arrêté par la police italienne, lundi, à Gardinello, petite localité à l’ouest de Palerme.

Photo: AFP/Marcello Paternostro

En cavale depuis 25 ans, Lo Piccolo a été retrouvé grâce au décryptage des pizzini, ces petits messages entre mafieux. Mais aussi avec l’aide d’un mafieux repenti, Francesco Franzese. La quarantaine de policiers d’une unité spéciale, mobilisée pour l’opération, n’était pas venue pour rien: 3 autres personnes, dont le fils de Salvatore, Sandro, également en fuite, ont été cueillies dans la foulée. Un autre “mafioso” a été retrouvé dans une cache de la maison mardi.

“Plus qu’un chef, c’est la mafia elle-même qui se cherche”

L’arrestation de Lo Piccolo ne met pas fin à son règne. Le boss, considéré un temps comme le digne successeur de Provenzano, n’avait pas encore réussi à mettre la main sur l’ensemble de la mafia sicilienne. Car il restait, encore en liberté, un autre boss rival, Matteo Messina Denaro.

Mais surtout, émerge aujourd’hui un nouveau genre de mafieux, qui se soustrait au contrôle des grandes organisations. La mafia serait donc sur le point de perdre un de ses caractéristiques, sa structure verticale: avec le grand “capo” Provenzano et avant lui, Toto Riina, arrêté en 1993, serait morte la grande époque de la Cosa Nostra.

Cette arrestation grand spectacle est une victoire pour le gouvernement Prodi, qui voudrait bien qu’on accole, ces jours-ci, son nom à la lutte anti-mafia plutôt qu’aux récentes expulsions de Roumains. “A partir d’aujourd’hui, l’économie sicilienne peut se sentir un peu plus libre” a déclaré Giuliano Amato, le ministre de l’Intérieur.

Pourtant, on peut se demander, pourquoi tout ce beau monde, malgré la proximité géographique des boss et les nombreux raids de la police, n’a pas été mis en prison avant. La faute à la police, elle aussi complètement infiltrée par Cosa Nostra?

Rita Borsellino, la soeur du juge Paolo Borsellino tué par la mafia en 1992, a écarté ses ces accusations et a apporté son soutien aux forces de l’ordre en déclarant que “ce serait un délit de ne pas aider la police en ce moment”. Elle a rappelé que l’occasion ne devait pas être manquée. Par les politiques, mais aussi par les citoyens.

Titre modifié mardi 6 novembre à 23h30

Retour à Casal di Principe November 4, 2007

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Dans mon premier post, je parlais de Roberto Saviano et du succès de son livre, “Gomorra”, qui dénonce les hommes et les combines de la mafia napolitaine.

Je parlais aussi de son retour dans sa ville d’origine, Casal di Principe, le 17 septembre dernier. Un an après avoir appelé les habitants de la petite ville à la résistance face à la Camorra, le jeune écrivain revenait sur la place de sa ville, entouré de son escorte et accompagné par le président de la chambre des députés, Fausto Bertinotti. Le discours de Saviano y était tout aussi vindicatif, sans toutefois retrouver la flamme de septembre 2006.

Voici deux vidéos (seulement en italien, malheureusement) qui retracent les événements de la journée.

La première est un reportage de “le Iene”, une émission satirique, équivalent italien d’un “lundi investigation” relevé par un humour type “Guignols” et une touche de Julien Courbet, et agrémenté de beaucoup de filles court-vêtues.

Le “journaliste”, Giulio Golia, est à Casal di Principe le jour-dit. Au gré de sa promenade dans la petite ville, il fait d’étranges découvertes: une présence policière jamais vue dans cette zone de quasi non-droit et des locaux qui remettent largement en doute la véracité du roman. Certains sont d’ailleurs très remontés contre Saviano, qui, à cause du succès de son livre, ne serait qu’ “un autre chacal qui a voulu s’enrichir à Casal di Principe”.

“Il n’y a pas de mafia ici”.

Golia fait surtout une rencontre assez improbable pendant le discours de Saviano. Le père de “Sandokan”, Francesco Schiavone, un des boss dépeints dans “Gomorra”, est là, au milieu des comités anti-mafia de la ville. Le vieux monsieur explique d’ailleurs que Saviano, au contraire de son fils, n’est pas un “vrai homme”(décodez: un mafieux).

“La mafia est là mais on la voit pas”, comme disent certains, ah bon… D’ailleurs, à la fin du reportage, Saviano appelle, au micro de Golia, au soutien des juges en charge du procès Spartacus, celui du clan Schiavone. Entre personnes menacées par une mafia qui ne se cache pas, on se soutient…

La deuxième vidéo est extraite du Tg1, le JT de 20h de Rai Uno.

Après un reportage sur la manifestation de Casal di Principe, le journaliste Attilio Romita pose quelques questions à Roberto Saviano. La dernière question du présentateur est assez savoureuse: face à un Roberto Saviano sous escorte et caché depuis plus d’un an, Romita demande à son invité comment encourager ceux qui hésitent face à la mafia. Saviano ne se démonte pas et répond qu’il faut expliquer et expliquer encore le phénomène de la mafia. Et il appelle aussi, avec une lassitude dont il ne semble plus se départir, à une action politique forte. On ne sait jamais…

A noter dans les deux reportages: les chaises vides devant l’estrade, au nom des deux boss locaux, Zagaria et Iovine, dénoncés dans “Gomorra”. Les chaises, bien en vue, restent vides pendant le discours car les deux hommes sont en fuite. Il n’y a pas de chaise en revanche pour Schiavone: il est déjà en prison.