“Il capo dei capi”: quand la fiction dérange December 13, 2007
Posted by maud in : politique , trackbackLa série “il capo dei capi” (le chef des chefs) était annoncée, depuis le début de l’année 2007, comme un grand moment de télévision. Consacré à la vie de Toto Riina, boss qui donna l’ordre de tuer les juges Borsellino et Falcone, le téléfilm avait mobilisé 150 acteurs et un budget de 15 millions d’euros, pour un sujet plutôt atypique dans la fiction italienne.
Mais, la série n’était pas forcément du goût du ministre de la justice, Clemente Mastella. “Sa diffusion devrait être suspendue” a t-il annoncé, car “il manque l’aspect éducatif, celui qui renvoie aux valeurs d’une société saine. (…) Je ne voudrais pas qu’une oeuvre de fiction fournisse des modèles à reproduire”. Ces propos tenus par le garde des sceaux, en visite à Gela (Sicile) le 26 novembre, ont provoqué une onde de protestations. De la part des associations de lutte anti-mafia, des habitants de Corleone et … de la chaîne du groupe Mediaset, dirigé par la famille Berlusconi. Car la série, extrêmement suivie, était diffusée sur Canale 5. Et ce depuis déjà 5 semaines.
Le 6e épisode a été finalement diffusé. Mais, une question s’est élevée “Mastella a-t-il au moins regardé la fiction?”. Car le film rend également hommage à ceux qui ont combattu la mafia.
La série chercherait-elle cependant à justifier Riina? “Non, parce que dans le film, Riina et ses comparses sont décrits pour ce qu’ils sont: des bêtes assoiffées de sang” a répondu sec Attilio Bolzoni, co-auteur du livre dont est extrait le film. Claudio Gioè, qui interprête Riina est moins catégorique: “Riina a encore un pouvoir de séduction. C’est impensable que les méchants soient méchants et rien d’autre”.
Le maire de Corleone, dont Riina était le parrain, a critiqué Mastella :”le ministre devrait s’occuper de faire fonctionner les procès et des remises de peine, plutôt que penser à la fiction”. Le maire a organisé une marche, le 27 novembre, pour démontrer que Riina n’est pas un modèle. Ce dernier, modèle ou pas, aurait, selon ses avocats, apprécié la mini-série. De derrière les barreaux.

Comments
Il n’y a aucun doute que le mal ait toujours eu un pouvoir de séduction, mais ceux qui ont eu l’occasion de voir la série en question savent bien que l’intention n’est pas d’exalter la mafia, mais plutôt de montrer son côté brutal, sanguinaire et peu édifiant. Ce n’est pas une tragédie grecque comme “le Parrain”, mais plutôt une histoire réaliste à la Verga (qui était pourtant sicilien).
L’intervention du ministre de la justice, plus que critiquer l’aspect éducatif de la fiction, nous rappelle que les thèmes politiques et mafieux sont bien intégrés les uns aux autres. Cette considération pousse alors à espérer que des séries de ce genre continuent à être produites, puisque le véritable terrain sur lequel la mafia est combattue est celui de culture mafieuse.
Per chi legge l’italiano, consiglio, a proposito del nostro guardasigilli: http://www.taurillon.org/Europa-odi-et-amo