Addiopizzo: “Aujourd’hui, chez les jeunes, il y a quelque chose qui change” January 4, 2008
Posted by maud in : Sicile , trackbackPalermitain de 22 ans, Carlo Tomaselli est un étudiant en droit pas comme les autres. Depuis un an et demi, il participe aux actions d’Addiopizzo, l’association anti-mafia fondée en 2004 dans la capitale sicilienne. Entretien avec un engagé contre la mafia.
Avant d’entrer à Addiopizzo, tu avais déjà participé à la lutte anti-mafia ?
Pas vraiment. J’avais participé à des manifestations contre la mafia, comme celles pour les juges Falcone et Borsellino (tués en 1992). Mais, jusqu’à mes 19 ans, je n’ai jamais vraiment eu envie de m’engager. Mais, quand j’ai quitté le lycée, j’ai voulu moi aussi faire quelque chose.
Pourquoi avoir choisi Addiopizzo ?
Son fonctionnement me plait particulièrement: tous les membres peuvent confronter leurs idées, nous sommes en quelque sorte tous égaux. C’est un peu compliqué car chaque fois que nous devons prendre une décision, nous en parlons tous ensemble. J’ai aussi choisi d’Addiopizzo pour sa particularité, ce qui lui donne le plus de force à Palerme, le « consumo critico », le commerce responsable.
De quoi s’agit exactement le « consumo critico » ?
Nous mettons en place un réseau de commerçants de Palerme, qui ont dénoncé le racket ou refusé de payer le pizzo. Et nous faisons connaître ces commerçants : la liste est disponible sur notre site Internet et nous éditons un petit livre, pour les faire connaître aux consommateurs. A mon sens, c’est une action très importante, car si tu vas faire tes courses dans un magasin qui paie le pizzo, indirectement tu paies aussi le pizzo.
D’une certaine façon, nous cherchons à travailler comme la mafia. La mafia isole ceux qui ne veulent pas payer le pizzo. Nous nous voulons mettre à part ceux qui payent.
Quel est le rôle exact de Libera futuro, l’association fondée à Palerme il y a deux mois?
Libera futuro est une association anti-racket, la première du genre. Elle est née grâce à une vingtaine de membres d’Addiopizzo, tous commerçants, et vise à aider les commerçants tout au long de la procédure de dénonciation du racket, par exemple dans les démarches légales. C’est un travail complémentaire à celui d’Addiopizzo.
Selon toi, la naissance de ces associations est due à l’arrivée d’une nouvelle génération de Siciliens ?
J’en suis convaincu. Quand mon père était jeune, ce genre d’association n’existait pas. Aujourd’hui, chez les jeunes, il y a quelque chose qui change.
Quand Addiopizzo est née en 2004, on ne parlait pas de pizzo. Tout le monde savait que ça existait mais personne n’en parlait. C’est pour cela que dans la nuit du 28 au 29 mai 2004, un petit groupe a tapissé Palerme de petites affiches qui dénonçaient le pizzo. Quand la ville s’est réveillée, ça a créé un scandale. Personne ne pensait que ça pouvait être des jeunes qui avaient fait ça. Et finalement, tout s’est enchaîné et l’association a vu le jour. Grâce aux jeunes.
Aujourd’hui, Addiopizzo compte une cinquantaine de membres. Mais aussi le soutien de quelque 220 commerçants et plus de 9000 Palermitains.
Aujourd’hui, quelles sont les réactions des Palermitains ?
Les jeunes sont solidaires de notre action, même si les personnes plus âgées nous félicitent aussi. Dans la même journée, on peut passer de « bravo ! continuez comme ça ! » à « de toute façon la mafia ne s’arrêtera jamais », « Palerme est faite ainsi » et « c’est aux politiques de faire quelque chose ».
Mais l’association n’a jamais connu de menaces. Pas encore en tout cas.
C’est aussi le cas pour les commerçants de votre réseau ?
Non. Le cas le plus connu est celui d’un entrepreneur, à qui la mafia a brûlé l’entrepôt en juillet dernier. On ne s’y attendait pas, mais nous avons bien travaillé : en quatre mois, il a pu recommencer à travailler, avec un entrepôt encore plus grand qu’avant. Bien qu’il ait vécu des moments pénibles, maintenant il est plus fort qu’avant
Quels sont les rapports avec la police et la classe politique ?
Avec les forces de l’ordre, les relations sont excellentes. Avec la politique, c’est un peu plus compliqué. Nous sommes un mouvement apolitique, et nous restons toujours prudents avant de décider par exemple d’aller ou pas à une manifestation.
A ton sens, qu’est ce que l’Etat italien doit entreprendre pour lutter contre la mafia?
En ce moment, les juges et la police travaillent bien, même très bien. En témoignent les nombreuses arrestations de mafieux. Mais, il reste des changements à faire. L’Etat devrait se concentrer sur la formation des conseils municipaux, encourager la participation de la société civile dans les procès et se protéger contre l’attribution des marchés publics aux entreprises mafieuses.
Et l’éducation aux phénomènes mafieux ?
L’Etat devrait aussi s’en occuper. Avec Addiopizzo, nous le faisons, comme volontaires, en allant dans les écoles, les universités, mais la sensibilisation des jeunes à la mafia n’est pas une chose facile. C’est très important, mais si l’Etat le faisait, avec des professeurs spécialement formés, ce serait un signe très fort.
Comment vois-tu ton engagement dans le futur ?
En vivant dans ce milieu, on a toujours envie de faire plus. J’étudie le droit et je voudrais devenir avocat ou magistrat. Mais, ce n’est pas facile et ce qu’on arrive à faire dans la réalité est souvent bien différent de ce qu’on a rêvé. Mais j’espère toujours.
Entretien réalisé par téléphone le 6 décembre 2007.

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[…] les anti-mafia, qui utilisent l’échéance électorale pour mobiliser les Italiens. Addiopizzo, l’association palermitaine anti-racket, appelle à des « candidatures honnêtes et crédibles […]