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Santé publique en Calabre: quand la ‘Ndrangheta tue February 8, 2008

Posted by maud in : 'ndrangheta, politique , trackback

Le 28 janvier 2008, 18 personnes sont arrêtées à Reggio de Calabre, dans le cadre de l’opération “Onorata Sanità” (santé honorée), pour association de malfaiteurs à caractère mafieux. En tout, ils seraient 44, hommes politiques et affiliés à la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise, à avoir profité de la Santé publique régionale. L’objectif: un enrichissement personnel sans limites. Au détriment des patients de toute la Calabre (les régions ayant, en Italie, de larges attributions en termes de santé publique).

Parmi les personnes arrêtées, un homme retient l’attention: Domenico Crea, conseiller régional. En octobre 2006, il avait accédé à ce poste après la mort de Francesco Fortugno, vice-président du Conseil régional, tué par balles pendant les primaires de l’Unione (la coalition de Prodi, jusqu’à récemment en poste).

Francesco Fortugno, tué le 16 octobre 2005A l’époque, le meurtre avait créé la stupeur. Cet assassinat, qui portait clairement le sceau de la ‘Ndrangheta, représentait une attaque directe aux représentants locaux. Mais laissait sceptique quant à son motif. Aujourd’hui, il n’y aurait plus de doute: la mafia aurait tué Fortugno, suspecté de vouloir faire de l’ordre au sein de la Santé publique, pour que Crea reprenne son poste.

Comme l’explique le juge en charge de l’enquête, “des organisations criminelles (…) ont coalisé leurs forces pour créer (…) une structure unitaire de soutien à la candidature de Domenico Crea”, considéré comme le plus adapté “à garantire les intérêts des organisations et à assurer les avantages liés à l’usage détourné d’une charge publique”

Depuis des années, le secteur de la Santé en Calabre serait une vache à lait pour les mafieux et les politiques. Ils se répartiraient les hôpitaux, s’entretueraient pour obtenir les postes, du chef de service au brancardier. Car le budget est alléchant: plus de 3 milliards d’euros par an, dont peu arrive jusqu’aux soins. Dans un seul hôpital, celui de Vibo, 12 enquêtes ont été ouvertes en dix-huit mois pour morts suspectes. Pour une appendicite, on peut encore mourir en Calabre. Une autre clinique, réservée aux personnes agées, “Villa Anya”, arrosée de subventions et gérée par Crea, son fils et sa belle-fille, serait un véritable mouroir, comme le raconte l’enquête d’Attilio Bolzoni dans la Repubblica.

Le gouverneur Agazio Loiero affirme: “La Santé peut encore tuer. Après l’homicide de Francesco Fortugno, ils peuvent en tuer un autre.”

Ces arrestations interviennent alors que le rapport annuel de la Direction nationale antimafia, fraîchement publié, insiste sur l’infiltration de la Mafia dans l’administration publique du sud de l’Italie, dont la Calabre. Piero Grasso, procureur national anti-mafia, y souligne en particulier l’impossibilité de cette région de sortir d’une logique criminelle et mafieuse. “La sensation diffuse que la phase de renouvellement et de changement qui semblait avoir commencé après l’assassinat de Fortugno (dont était l’emblème le mouvement des jeunes de Locri, l’association “E adesso ammazzateci tutti“- Et maintenant tuez-nous tous) se soit rapidement conclue sans qu’aucun résultat ne soit obtenu“, a-t-il déclaré.

Comments»

1. Mafia et résistances » La ‘ndrangheta aussi forte qu’Al Qaida - March 12, 2008

[…] se faisant régulièrement oublier des médias et des politiques transalpins. Pourtant, depuis  l’homicide du conseiller régional Francesco Fortugno en 2005 et le massacre de six hommes à Duisbourg en Allemagne l’été dernier, la donne a […]