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Mafia: omniprésente en Italie, absente aux élections March 29, 2008

Posted by maud in : Camorra, politique , comments closed

A deux semaines des élections législatives en Italie, la mafia fait de nouveau parler d’elle. Après les montagnes de déchets napolitains, c’est la mozzarella qui fait les frais de l’emballement médiatique.

Produit courant de la cuisine italienne, le célèbre fromage est mis en cause après la découverte de taux de dioxine élevés dans sa variété dite « di bufala». Fabriquée grâce au lait des bufflonnes de Campanie, la « mozzarella di bufala », produit star de la région, a été momentanément retirée de la vente cette semaine et interdite à l’importation par de nombreux pays.

Un scandale qui n’a pourtant rien d’étonnant pour de nombreux commentateurs. Le sol de Campanie, durablement contaminé par des tonnes de déchets dangereux, ne rend pas seulement malade les hommes. Alors que le taux de cancer chez les habitants de la région explose, il était illusoire d’espérer que les paisibles bovidés restent sains.

Mais les politiques tentent de minimiser l’impact de la catastrophe. Pour faire oublier leurs propres compromissions avec la Camorra, qui gère l’industrie des déchets à Naples et dans sa région.

Une situation à laquelle s’attendaient les anti-mafia, qui utilisent l’échéance électorale pour mobiliser les Italiens. Addiopizzo, l’association palermitaine anti-racket, appelle à des « candidatures honnêtes et crédibles » aux élections du 13 et 14 avril prochain. Mais refuse de s’engager en faveur de tel ou tel parti politique. “La lutte contre le racket fait abstraction de toute logique d’appartenance politique et nous resterons en dehors du débat politique, expliquent dans un communiqué les militants. Mais nous serons vigilants sur la politique et le choix des candidatures. »

« Jusqu’à maintenant, tous semblent oublier une question fondamentale qui s’appelle « organisations criminelles » », souligne Roberto Saviano.

ansa_9044799_102702.jpgUne ligne que défend également Roberto Saviano. Sollicité par le Parti Démocrate de Walter Veltroni, l’auteur de « Gomorra » explique dans un article publié par le magazine américain Time le 13 mars dernier (repris par la Repubblica le lendemain) préférer combattre en continuant à écrire, « le moyen le plus puissant à sa disposition pour combattre » la mafia. Mais surtout il met en garde les partis politiques en rappellant que « personne ne gagnera ces élections en Italie », si la mafia, première entreprise italienne en termes de revenus, reste absente des programmes électoraux.

La lutte politique contre les mafieux est difficile, car « s’opposer à eux ne signifie pas simplement perdre du consensus et des voix mais aussi avoir des problèmes pour réaliser des chantiers publics », reconnaît Saviano. L’enjeu économique est de taille, mais l’écrivain rappelle que le gouvernement Prodi a chuté à cause de la Camorra. Et il prévient le nouvel homme fort de la gauche . « Ce sera la première élection pour le Parti Démocratique de Veltroni et il devrait prendre à cœur la leçon oubliée par Prodi : il doit attaquer tout de suite la mafia. »

Mise à jour dimanche 30 mars : la Commission européenne estime que la mozzarella ne présente pas de risques. L’article de Libération