L’espoir fait toujours vivre

Par Elodie BUI

Un « village de l’espoir » destiné à accueillir des sans logis pour leur permettre de se réinsérer : vous êtes à Ivry-sur-Seine en région parisienne. Près de sept mois après sa création, l’instigateur du projet Jacques Deroo sort un livre intitulé « Salauds de pauvres : une histoire d’amour » * dans lequel il raconte son parcours. L’occasion de se rendre sur place pour faire un état des lieux.

« Quoi tu veux toi ? ». C’est ainsi que Jacques Deroo ex-SDF et ex-taulard accueille Coralie, membre de l’association Cœur de Halte qui gère le village de mobiles homes installé à côté de l’hôpital Charles Foix à Ivry-sur-Seine, lorsqu’elle pénètre dans son bureau. « C’est à propos des deux gamines qu’on doit accueillir ce soir » s’aventure-t-elle. La remarque est à l’image de l’homme : franche et directe mais pleine d’une sympathie que l’on devine complice. « C’est comme ça, ici c’est l’urgence ». Et c’est peu de le dire.

Depuis son ouverture le 27 mars 2007, le village de l’espoir accueille une soixantaine d’ex-SDF dans 30 bungalows et il y a toujours autant de travail pour la dizaine de travailleurs sociaux présente. L’idée n’est pas nouvelle. Elle est née « il y a 18 ans, mais à l’époque personne n’en voulait » revendique l’homme de 52 ans qui s’est battu au canal Saint Martin avant d’arracher à Jean Louis Borloo, à l’époque ministre de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement, l’autorisation de réaliser son rêve. Une victoire pour lui et son collectif « Salauds de pauvres » puisque le bail du village vient d’être renouvelé pour 5 ans malgré les réticences de la mairie (PC) d’Ivry-sur-Seine qui considère que « ça ne résoudra pas le problème du manque de logements pour les travailleurs pauvres ».

Joyeux bazar

Dans son bureau où règne un joyeux bazar fait de peluches, de poubelles, de cartons et cendriers remplis à ras bord, Jacques Deroo dont le visage porte les stigmates d’une vie passée à « avoir la rage » explique le principe du village avec ses mots, simples et touchants. « Ici, c’est un sas de réinsertion entre la rue et la vraie vie avec un logement décent ». A l’autre bout du couloir, dans un bureau qui n’est pas le sien « parce qu’on est trop nombreux », Coralie Mallet, la conseillère en économie sociale et familiale aide les résidents « dans toutes leurs démarches . Je leur apprend s à faire leurs comptes, à se gérer ». Pour l’association, la vocation du village est claire : « C’est la vraie vie. Rien n’est gratuit. Si tu veux faire une machine, tu la paies. Si tu ne peux pas, tu ne la fais pas ». S’ils veulent résider au village, les habitants doivent débourser un loyer de 60 euros pour une personne seule et de 90 euros pour un couple. La jeune femme de 24 ans au regard bleu insiste: « l’assistanat ce n’est pas la solution ». Son meilleur souvenir depuis l’ouverture ? « Quand Giovanni, un résident, a payé son loyer pour la première fois. Il a voulu encadrer sa quittance, c’était juste beau ».

Penser au futur

Dans les allées pavées de graviers, les mobiles homes s’alignent harmonieusement. En pleine journée le village est presque désert, « c’est parce que la moitié des résidents travaille » précise Coralie. Il y a quand même Labib qui demande s’il peut passer un coup de fil dans le bureau. Volets bleus, verts ou rouges, jouxtent jouets et balançoires pour les enfants. Sur un tableau affiché dans les locaux de l’association, la liste des résidents et du courrier qui les attend. Le village donnerait presque l’impression de vivre replié sur lui-même. Lorsque l’on demande à Jacques Deroo s’il n’a pas peur de créer un « ghetto » il vous répond qu’un couple a déjà quitté le village pour un logement. « Et c’est bientôt le tour pour 20 autres ». La stabilité qu’ils gagnent en arrivant au village de l’espoir leur permet de se relever et de faire à nouveau des projets. Quant aux relations avec le voisinage, elles sont « très bonnes aujourd’hui même si ça a été dur au début ». L’homme gros pull à capuche bleu ciel sur le dos, barbe et tempes grisonnantes, travaille dans le social depuis 23 ans et c’est son expérience qui lui sert de « boîte à outils » pour aider les autres. L’avenir, il y pense sans arrêt. « Le but c’est l’ouverture de 118 villages en France d’ici fin 2008 ». Alors, heureux Jacques Deroo? « Ce n’est qu’une petite goutte d’eau dans l’océan ! Il faut arrêter l’angélisme à propos de ce village » s’énerve-t-il. Le personnage a une petite idée de ce qui le contenterait : « Je serai satisfait le jour où les 7 000 personnes qui dorment dans les rues de Paris en ce moment auront un toit ». Une chose est sûre : l’espoir le fait vivre.

*”Salauds de pauvres! Une histoire d’amour” de Jacques Deroo, Editions Gutenberg, 213 pages, 16,95 euros.

3 Responses to “L’espoir fait toujours vivre”

  1. yguerda Says:

    quel joli reportage ! et quelle belle initiative !

  2. Xiao Says:

    Je suis d’accords! C’est jolie, le reportage…

  3. Milou Says:

    elodie présidente !

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