Cachez cette hypocrisie…
Par Elodie BUI
Les mal-logés de la rue de la Banque (Paris IIème arrondissement) avaient tous les yeux rivés sur leur petit poste de télévision hier soir. Sur France 2 à 20 heures, l’actrice Emmanuelle Béart est venue répondre aux questions de David Pujadas et expliquer son engagement pour les 3,2 millions de personnes mal ou non logées en France. Après avoir « réfléchi » avant d’apporter son soutien, la comédienne a assuré ne pas craindre pour son image et a dénoncé les conditions de logements de personnes titulaires de papiers d’identité et ayant un travail. Elle a précisé avoir visité 46 chambres d’hôtel dans lesquelles vivaient certaines de ces familles, les qualifiant de « taudis insalubres ». Cette intervention télévisée fait suite à la tribune que l’actrice a publié dans Le Monde daté de mardi intitulée « Cachez cette misère… » où elle s’interroge sur la non-intervention des pouvoirs publics : « Qu’attendent-ils pour considérer que le droit au logement est un droit fondamental, aussi précieux que l’éducation et la santé ? » . Une prise de position qui continue à faire grincer des dents et à créer la polémique…
Le même jour et dans le même journal, Laurent Greilsamer a tenu à dénoncer, non sans cynisme, « une erreur de casting rue de la Banque ». Le rédacteur en chef décrit le campement sauvage de plusieurs dizaines de familles modestes, soumises à la loi des marchands de sommeil comme « le rendez-vous des people pris de compassion ». Visiblement choqué par l’attitude d’Emmanuelle Béart ou de Josiane Balasko : « peut-être parce qu’elles empruntent sans en avoir conscience les manières des grandes bourgeoises d’autrefois allant rendre visite à leurs pauvres », le journaliste rappelle qu’il « s’en veut de leur en vouloir ». Alors à quand la fin de l’hypocrisie ambiante sur un sujet qui mérite qu’on s’y attarde de façon sérieuse? Pourquoi dénoncer une prise d’initiative médiatique sur un problème social qui continue à ne pas avoir de visibilité journalistique ? Certes, l’engagement de personnalités qui n’ont peut être pas les compétences nécessaires pour régler le problème relève-t-il sûrement d’une attitude « gesticulatrice » mais il a au moins le mérite de mettre un sérieux coup de projecteur sur un sujet délaissé par les hommes politiques, et par le Parti Socialiste il faut bien le dire. Le constat suivant établi par Laurent Greilsamer mérite tout de même la palme : « On s’en veut de penser à leurs grands appartements ou à leurs maisons à moitié vides. Après tout, la découverte de la pauvreté par ces propriétaires est touchante ». Qu’on se le dise, il faudra désormais vivre dans un taudis pour avoir une quelconque légitimité à évoquer le problème du mal-logement en France…
Quand Josiane Balasko déclare dimanche dernier : « Je me demande ce que foutent les mecs du Parti Socialiste. Où est l’opposition ? », les parlementaires de gauche dénoncent une « sentence sévère ». Il n’y a guère que le député-maire PS de Cachan Jean-Yves le Bouillonnec pour relever le niveau du débat en concédant :« Je reçois le propos de Josiane Balasko comme un cri, disant au PS : bougez-vous, allez aussi sur le terrain de ce type de combats ». Au moment où les familles de la rue de Banque entament leur huitième semaine de campement devant l’immeuble du Ministère de la crise du logement, on attend toujours de voir l’opposition dans les rangs des manifestations de soutien…

novembre 20th, 2007 at 6:11
Objectives félicitations. Très belle critique et, je crois, légitime.
Le seul point positif que je trouve à cette chronique de L. Greilsamer est que “le Monde” évoque le problème des mal logés même si son directeur adjoint le fait de la mauvaise manière en choisissant de dénoncer l’inaptitude et l’illégitimité des artistes concernés en la matière. Inaptitude et illégitimité qui restent à prouver d’ailleurs. Dans tous les cas cela permet d’en parler, la preuve.
Je voulais également faire remarquer le faible écho médiatique de la manifestation de soutien aux familles mal logées du dimanche 11 novembre. Si les manifestations de soutien ne font pas parler du problème alors c’est tant mieux que les artistes, quels qu’ils soient, le portent devant les médias.
décembre 4th, 2007 at 1:38
bon article! le sujet comme le style sont biens! Le problème des mal logés, comme celui des sans papiers, c’est peut être que cela choque (d’un côté comme de l’autre) mais qu’il n’y a que peu d’enjeux sinon moraux. Et la morale ne fait pas tourner la pompe à fric, ni trop la pompe à images (sauf quand il n’y a rien de mieux). D’où la nécessité des paillettes et autres pubs pour des enseignes sportives.
Bon sinon, j’espère que ça va bien. Même si l’actualité ne me plaît guère, je passerai de temps en temps…
@+