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Mettons-nous en situation… novembre 4 2007

Publié par Nico in : général , rétrolien

Le mot de ce soir est : satirique… Bien qu’ayant en tête une définition “à la Eric et Ramzy”, je vais plutôt vous livrer pour commencer une version officielle (simplifiée, voire simpliste) de ce mot qui va être la pierre angulaire du blog : Å’uvre attaquant et tournant en ridicule les mÅ“urs de l’époque.

La satire a (presque) toujours existé. Les bouffons qui se donnaient en spectacle au Moyen Age pour amuser la cour ont joué le rôle de précurseurs, une fonction reprise notamment sur papier par Le Charivari au cours du XIXème siècle. Depuis, la satire est vraiment à part dans le large éventail des producteurs d’informations. C’est un domaine vaste, qui comprend de très nombreuses facettes. Pour résumer, on peut diviser tout ce petit monde en deux écoles, même si l’une ne va réellement jamais sans l’autre.

La caricature

Il y a ceux qui caricaturent l’actu, avec pour but de faire comprendre ce qui est écrit entre les lignes (ou dit entre les mots) dans les médias plus traditionnels. Le plus célèbre exemple : Les Guignols de l’info, bien sûr, qui rythment l’avant 20H des Français depuis 1988. Pour dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, l’humour ressemble au moyen miracle.

Les Guignols continuent d’avancer dans le petit monde de la caricature télévisuelle à la lumière de la torche allumée dans les années 80 par le Bébête show. Avant eux, dans un genre plus “humain”, Jacques Martin et sa bande du Petit rapporteur avait connu leur heure de gloire satirique. Ces émissions sont le résultat d’un savoureux mélange d’infos et d’humour, comme le fait également le Petit journal actu concocté par l’équipe de Yann Barthès dans le Grand journal de Michel Denisot sur canal +.

Il y a aussi les chroniques radio. Avec plus ou moins de réussite, Guy Carlier, Stéphane Guillon ou maintenant Didier Porte se sont essayés au billet qui tourne en dérision l’actualité, qu’elle soit politique ou people. Mais leur but est sensiblement différent des émissions évoquées un peu plus haut. Il est surtout de faire rire coûte que coûte, quitte à déformer la réalité, alors que, derrière les marionnettes des Guignols, on ressent une critique du monde et un appel à se détacher de ce que l’on peut voir tous les jours.

Le sport a également droit à la dérision. Les cahiers du foot, pour ne citer qu’eux, décapent l’actu du ballon rond avec des billets d’humeur et de faux journaux de bord de personnalités comme José Anigo ou Raymond Domenech.

L’investigation

L’autre catégorie est composée des médias qui dénichent leurs propres infos. Toujours secrète sur ses sources -à juste titre-, cette presse cultive sa différence à coup de vérifications et de recoupements de documents, qui lui permet de “sortir” des scoops aux conséquences souvent fâcheuses pour les intéressés. Ils sont à la base du journalisme d’investigation.

Le maître en la matière est Le Canard Enchaîné. Crée en 1915 par Maurice Maréchal et H.-P. Gassier, ce journal a eu une influence énorme sur la vie politique des trois dernières républiques. Au rang des affaires les plus célèbres révélées par le journal, on retiendra au cours de la Vème république la publication en novembre 1971 de la feuille d’impôt du 1er ministre de l’époque, Jacques Chaban-Delmas, ou encore l’affaire Papon : en mai 1981, Maurice Papon, alors ministre du Budget, décide de déclencher un contrôle fiscal contre Le Canard, qui réplique en publiant un article révélant son rôle dans la déportation des Juifs bordelais.
Plus près de nous, les électeurs fantômes du XXème arrondissement de Paris, mettant en cause Jean Tibéri, se sont transformés en un véritable scandale secouant le RPR. Le journal s’est également fait une spécialité de la traque aux logements de faveur occupés par les hommes politiques. Entre 1995 et 1997, les investigations du Canard ont contraint les familles Juppé et Tibéri à quitter leur logement loué à des prix défiant toute concurrence, avant de remettre ça en 2005 avec le ministre de l’économie d’alors, Hervé Gaymard.

L’autre référence est d’abord parue sous le nom de Hara-Kiri Hebdo, le 3 février 1969. L’hebdomadaire signe une entrée en matière qui a bien failli le couler, avec la fameuse Une “Bal tragique à Colombey – 1 mort” concernant la mort du Général de Gaulle, en novembre 1970. Pour survivre, le journal change de nom et devient Charlie Hebdo.
Depuis toujours, les illustrations piquantes, acerbes et très osées sont la marque de fabrique du journal. Prendre part au débat est une raison d’être, parfois jusqu’à créer la polémique. Ainsi, on se souvient de la publication des caricatures de Mahomet en février 2006, qui avait fait grand bruit et accessoirement grande vente.

Sur le web, quelques personnes s’essaient également, comme Bakchich ou Karl Zéro, pour les plus connus d’entre eux.

Pour finir, voici un petit “portrait robot” d’un bon sujet pour la presse satirique, selon Laurent Martin, auteur du livre Le Canard enchaîné, histoire d’un journal satirique (1915-2005) :
- il engage de grosses sommes d’argent
- il met en cause des personnes de notoriété publique
- c’est LE sujet dont tout le monde parle à la machine à café
- il comporte un aspect drôle, saugrenu, extraordinaire

Les médias satiriques participent activement au débat, ils influencent le regard que l’on porte sur ce qui se passe au quotidien. Raison de plus pour découvrir ce qui se cache derrière.

Commentaires»

1. Xiao - 4 novembre 2007

génial poste…

juste un peu compliqué pour un étranger…

de toute facon, bravo!

2. Nico - 5 novembre 2007

merci Xiao. Je comprends que tu aies rencontré quelques difficultés…surtout, si tu veux un peu plus d’explications n’hésite pas !

3. Céline - 5 novembre 2007

bonne entrée en matière.
alors c’est quoi la définition à la “Eric et Ramzy” ?

4. Nico - 5 novembre 2007

pour te donner un petit exemple céline :
http://fr.youtube.com/watch?v=doZKsIuy4SI&NR=1

5. pierre - 6 novembre 2007

J’ajouterai que la satire est un moyen d’expression qui a été utilisé pour dénoncer les inégalités entre les dirigeants et le peuple. C’est un espace de liberté de penser.
D’ailleur ne peut-on pas dire que les journaux satiriques, comme les guignols par exemple, font le véritable travail de journaliste?
En effet, en grossissant les traits des personnages et des informations ils ciblent l’essentiel, c’est-à dire le décryptage de l’information. Cela nous éloigne de l’information people qui est le lot de chaque journal à la télé.
Le but des journaux satiriques n’est pas de vendre de l’image et donc d’être voyeuriste (people et images de morts déchiquetés) mais de donner un décryptage souvent juste et essentiel d’une information.
Enfin, dans une France qui est gouvernée par un ami des patrons de groupes de médias, j’estime de service public et démocratique d’avoir des journaux et des personnes qui prennent de la distance avec l’actualité.

6. olivier - 7 novembre 2007

Joli vue d’ensemble. j’ai hâte de voir la mécanique de ce monde parallèle décortiquée par tes talents. Et n’oublie pas le p’tit José, please.