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“L’objectif est de transmettre un message. L’humour, c’est du bonus” novembre 17 2007

Publié par Nico in : interviews , rétrolien

Florian Roulies est une jeune plume qui monte. A 21 ans, il n’est pas tout à fait un inconnu dans le monde de la caricature, puisqu’il a déjà collaboré avec différents sites web, notamment sur le blog animé par Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle. Interview d’un passionné d’actu, qui ne laisse jamais bien loin son carnet et son crayon…

Mediasatiriques : Comment t’es venue l’idée de caricaturer l’actu, et depuis quand le fais-tu ?

Florian Roulies : Comme la plupart des dessinateurs, j’ai commencé à gribouiller des petits personnages à l’école, dans les marges des cahiers. Au collège, déjà, je m’amusais à caricaturer les profs. Au lycée, je me suis mis à faire des BD mettant en scène mes enseignants, en essayant de repérer leurs tics, leurs manies. J’essayais de ne jamais être méchant, seulement moqueur. Un jour, le prof “héros” de ma BD a ramassé l’une de mes planches tombée par terre. Comme j’avais signé, je m’attendais à une sanction, mais contrairement à toute attente, il a éclaté de rire et insisté pour que je le montre aux autres professeurs. Là, j’ai commencé à réaliser que le dessin était une bonne façon d’oublier les barrières qui séparent les gens, et de dérider certaines situations.

Mes premiers dessins d’actu remontent à la crise du CPE (début 2006, ndlr). Mon site est né à cette période.

MS : Quelles sont tes sources d’inspiration ?

FR : Je puise mon inspiration dans tout ce qui touche à l’actu. Une bonne idée de dessin peut émerger d’une seule phrase lâchée par un homme politique, ou d’une image qui me fait rire. Je peux aussi avoir le déclic lors d’une discussion entre amis. Globalement, les idées viennent quand je ne les cherche pas !

MS : Tu as des “modèles” ?

FR : Il y a quelques dessinateurs que j’admire plus particulièrement. Plantu, évidemment, est le maître incontesté du dessin de presse. J’ai eu quelques mails d’encouragement de sa part. Cela redonne la pêche! Ensuite, j’adore Pétillon. Et puis il y a les dessinateurs qui ont pris le temps de m’écouter, de me conseiller, de répondre à mes questions, comme Goubelle par exemple.

MS : Quels sont tes domaines de prédilection ?

FR : La politique est l’un des domaines dans lesquels je suis le plus à l’aise. D’abord parce que ça évolue toujours, il y a toujours quelque chose à dire. Ensuite parce que la politique, c’est la vie : le dialogue, l’affrontement des idées, des points de vue.

MS : Est-ce que tu dessines en fonction de tes convictions personnelles ou tu essaies de traiter tout le monde de la même façon ?

FR : Bien sûr, je dessine toujours en fonction de mes convictions personnelles. Je ne ferai jamais un dessin dont le message va à l’encontre de mes idées. Après, il arrive que je triche un peu. Par exemple, pendant les présidentielles, Ségolène Royal a repris mes dessins sur son blog parisien de Désirs d’Avenir. Cela me faisait une pub d’enfer, mais, pour ne pas m’en priver, je dois avouer que j’ai pris garde à faire des dessins qui lui conviendraient.
Pourtant, je ne me retrouvais pas vraiment dans ses idées, qui, selon moi, n’avaient plus grand chose à voir avec des idées de gauche. Mais un journaliste doit savoir s’adapter à la ligne éditoriale de la rédaction pour laquelle il écrit.

MS : Tu t’imposes des limites ?

FR : En temps normal, non. Bien sûr, il faut faire attention à la diffamation, et prendre garde à ne jamais tomber dans la méchanceté pure, non fondée. Mais ce n’est pas dur : je ne suis pas méchant par nature !

MS : Les caricatures demandent un regard critique bien développé, et tu es encore assez jeune. Est-ce quelque chose que tu as depuis longtemps, et comment le travailles-tu ?

FR : La politique a donc toujours été un sujet de conversation familial. Mes parents sont profs, un milieu assez politisé et engagé. Petit, j’allais avec mon père aux manifs de Ras l’front, par exemple.
Aujourd’hui, j’essaie d’écouter les avis qui s’opposent, de m’abreuver d’opinions différentes. C’est très important ! Et quand je me suis fait mon idée, que je trouve qu’il y a un message à faire passer, j’attrape une feuille et un crayon…

MS : Dessinateur, ce sera ton métier ?

FR : Non, ce n’est pas ce que je cherche à tout prix. J’ai collaboré à différents sites Web, comme Agoravox, et aujourd’hui je travaille Seniors Vox, un nouveau magazine destiné au troisième âge, et avec le journal Sud Ouest. Mais il est dur de vivre du dessin de presse.
Mon métier, ce sera journaliste. Peu importe le support : il reste au service de l’info. Une bonne analyse reste une bonne analyse, quelle que soit la façon dont on la diffuse. Après, il y a toujours la possibilité de se faire remarquer pour sa bonne maîtrise du support. Si pour moi c’est un jour le cas avec le dessin, alors tant mieux : je serai journaliste dessinateur !

MS : Quels sont les critiques que tu reçois en général sur tes dessins ?

FR : Généralement, les gens ne prennent pas la peine de m’écrire lorsque mes dessins ne leur plaisent pas… Il arrive que des critiques me soient faites au sujet du message que je fais passer, mais cela relève de l’opinion politique.
Une critique m’a également était faite à plusieurs reprises par les modérateurs d’Agoravox : ils refusaient de publier certains de mes dessins sous prétexte qu’ils n’étaient pas assez drôles. Cette réaction est révélatrice du désaccord que je peux avoir avec certaines personnes. Selon moi, l’objectif premier du dessin de presse n’est pas de faire rire. C’est avant tout de transmettre un message. Après, si c’est fait avec humour, c’est du bonus.


MS : Pour finir, quelle est ta perception de la satire comme moyen d’expression ?

FR : C’est une question difficile… Déjà, la satire s’affranchit par définition d’une certaine complaisance envers le pouvoir en place. Ensuite, elle permet de prendre un peu de distance avec les événements, et, de cette façon, les considérer avec plus de pertinence. Elle donne le recul nécessaire pour prendre conscience des faits et des situations. Sous ses airs légers, un bon dessin a une puissance bien plus grande qu’un morne article d’analyse politique. C’est donc une sorte de contre-pouvoir relativement efficace.

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Commentaires»

1. Maxime - 17 novembre 2007

Heureux de voir que les adresses que je t’ai données peuvent servir à alimenter ton blog Nico.
Toutes mes félicitations à Florian … même s’il ne me reconnait pas =). Pour information, je publie de temps en temps l’un ou l’autre de ces dessins sur mon blog, avec bien évidemment un lien vers son site. Joli coup de crayon le bonhomme.

2. raph - 19 novembre 2007

Cela doit faire plaisir de pouvoir écrire un article et l’illustrer avec un petit dessin maison!!!!
Pour le reste je reste un peu surpris de son autolimitation durant la campagne éléctorale pour passer sur le site désir d’avenir.
La reconnaissance doit elle être à ce prix ??

3. CC - 19 novembre 2007

Intéressant… Un ou deux dessins insérés dans ce billet comme des “respirations” auraient appuyé le propos :-)

4. Nico - 20 novembre 2007

bonne remarque, Raph, le débat est lancé…A partir du moment où tu travailles pour un journal, t’as pas le choix , tu dois suivre la ligne éditoriale. Après, la question est de savoir si justement le but de la satire n’est pas de s’affranchir de tout ça…
C’est là toute la différence entre le dessin de presse et le dessin satirique

5. Thomas Vampouille - 25 novembre 2007

C’est vrai que ça interpelle, de la part d’un futur journaliste… Un journaliste doit s’adapter à la ligne éditoriale de son journal (sans oublier la clause de conscience), pas à la ligne d’une personnalité politique. Mais si jeune, on peut faire des erreurs.