Entrée dans l’univers Bakchich janvier 19 2008
Publié par Nico in : reportages , ajouter 1 commentairePetits moyens, mais grande liberté de plume et d’esprit, Bakchich est le site d’information satirique et d’enquête qui monte sur la toile.
« Notre objectif ? Conquérir le monde, bien sûr ! » Xavier Monnier, jeune directeur adjoint de la rédaction de 26 ans, ne manque pas d’humour… d’ambition, non plus. Il en fallait, allié à une bonne dose d’insouciance, pour s’aventurer dans la création d’un journal « sans argent, sans contacts, bref, sans rien. » Ce pari un peu fou, qu’il a lancé avec Guillaume Barou et Léa Labaye, est en trai
n d’être gagné. Depuis mai 2006, date de mise sur orbite du site, plus de 4 millions de d’internautes sont venus découvrir « une info que l’on ne trouve pas dans les médias traditionnels. »
Surtout, l’équipe rédactionnelle s’est densifiée. Des journalistes reconnus apportent leur enthousiasme, leur expérience et leurs contacts. Ainsi, et pour ne citer qu’eux, Nicolas Beau est depuis novembre dernier directeur de la rédaction, tandis que Vincent Nouzille et Laurent Léger occupent le poste de rédacteurs en chef.
En ce lundi matin, la fine équipe est réunie pour définir le programme de la semaine à venir. C’est dans des locaux mis à disposition la société Kino rue Euryale Dehaynin, dans le 19ème arrondissement de Paris, que les futurs maîtres de la planète ont établi leur QG. Ils sont 14 à s’entasser autour d’une grande table ovale. Deux ordinateurs dans le fond, quelques affiches au mur - dont l’une rappelle les « 4 points cardinaux de Bakchich : info, indépendance, impertinence et international » - viennent compléter le décor. A plus long terme, « on est forcément amenés à déménager », juge Xavier Monnier. « Mais pour l’instant il n’y a pas de raison, et on n’a pas les fonds nécessaires. »
« Si on y va, on ne s’excuse pas. On assume. »
La vie de couple du président Sarkozy anime forcément la conversation. Des infos circulent, certaines sûres, d’autres moins. La question qui se pose à Bakchich est de savoir jusqu’où aller dans le domaine people. Où est la limite de la vie privée ? L’événement a-t-il une incidence sur la politique du chef de l’Etat ? « En tout cas, martèle Xavier, si on y va, on ne s’excuse pas. On assume. »
« Le ton satirique rend l’information attractive pour le lecteur, et nous permet de ne pas se prendre au sérieux »
Ici, la satire n’est pas utilisée comme un prétexte pour se moquer gratuitement des gens qui font l’actu, mais comme une liberté dans le choix des sujets et dans le ton adopté. « On n’est pas obligé de traiter telle ou telle question à Bakchich, c’est ça qui est plaisant. On essaie de réagir sur des choses qui nous interpellent, comme un détecteur de sujets passés sous silence dans la presse généraliste », explique Vincent Nouzille. « Le ton satirique rend l’information attractive pour le lecteur, et nous permet de ne pas se prendre au sérieux », ajoute Xavier Monnier. « C’est une protection pour nous. Il faut juste veiller à ne pas tomber dans la légèreté. »
La conférence se poursuit. Chacun évoque les sujets auxquels il a pensé. Lily Loriot, la critique ciné de la bande, indique qu’ « il y a des films particulièrement mauvais cette semaine, comme La guerre selon Charlie Wilson et Reviens-moi. » « C’est bon pour nous, ça », lance en rigolant Nicolas Beau. Les idées pour développer le site fleurissent. Plus de vidéos, petite devinette du jour, il faut habituer les lecteurs à des rendez-vous quotidiens. L’idée du jour ? Des hommes ont appelé Le Parisien pour demander pourquoi ils n’apparaissaient pas dans le papier consacré aux ex de la future première dame. Devinez qui ? Réponse le lendemain…
Le site semble sur les bons rails. Média fiable, il peut compter sur l’apport de journalistes chevronnés toujours plus nombreux, qui voient en Bakchich un îlot de liberté pour passer des sujets trappés par leur rédaction. Les rédacteurs ont conscience des dangers qui les guettent. « Bakchich est une petite boutique de l’information. Ce ne serait pas forcément une bonne chose qu’elle se transforme en supermarché. » La formule est signée Vincent Nouzille.
Un Val inachevé janvier 7 2008
Publié par Nico in : général , 2commentairesDans le cadre du 18ème festival international du film d’histoire de Pessac, trois étudiants de master 2 de l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA) ont interviewé Philippe Val, directeur de la publication de Charlie Hebdo. L’un d’entre eux, David Thomson, raconte le déroulement d’un entretien instructif sur le fond, mais dont il ne garde pas forcément un bon souvenir.
“Cet homme-là, c’est le froid polaire !” A l’évocation de l’interview de Philipp
e Val, à laquelle il a activement participé, David Thomson, étudiant en 2ème année, ne mâche pas ses mots. Le directeur de Charlie Hebdo, figure de la presse satirique en France, a marqué les esprits lors de son intervention à Pessac fin novembre dernier. Rompu à ce type d’exercice, le journaliste a fait jouer son expérience pour parler à ses futurs confrères de l’école bordelaise. Ses débuts, sa vision du métier, le fonctionnement de Charlie, les caricatures de Mahomet ou encore le rapport entre journalisme et web…aucun sujet n’a été éludé. Forcément intéressant, lorsque l’on converse avec un personnage aux idées bien arrêtées comme Philippe Val. Sauf que l’homme qui se cache derrière le professionnel n’a visiblement pas convaincu par sa sympathie.
“Et oh, Philippe, on est là !”
“On avait entendu parler du personnage avant”, confie David. “Les gens qui l’avaient déjà rencontré nous avaient prévenus qu’il n’était pas forcément quelqu’un de très chaleureux au premier abord”. Il n’empêche, une certaine déception est perceptible vis-à-vis du comportement de Philippe Val. Un exemple ? Au beau milieu de l’interview, son téléphone sonne…il se lève, va à l’autre bout de l’estrade pour finalement raccrocher. « On était quand même en public, je trouve ça moyen », ajoute, amer, le jeune Bordelais. « On a failli devoir lui dire “Et oh, Philippe, on est là !” »
« Le maître parle à ses élèves »
Pour les étudiants, l’homme s’est montré froid, distant. Une impression d’ensemble qui s’est vérifiée une fois l’entretien terminé. « Il est directeur d’un grand journal, il s’adresse à de futurs journalistes. On s’attendait à ce qu’il vienne nous voir après. Il n’a même pas pris la peine de nous dire au revoir ! » La pilule n’est visiblement pas très bien passée pour l’apprenti journaliste, tout comme cette désagréable sensation du « maître qui parle à ses élèves ». « Il a mouché (sic) Annabelle [une des trois interviewers, ndlr] sur une question. Ce n’était vraiment pas élégant de sa part. » Les étudiants de première année qui ont été le solliciter ensuite pour quelques questions supplémentaires n’ont pas eu plus de succès, essuyant une fin de non-recevoir.
Le regard d’un professionnel comme Philippe Val sur le monde des médias se révèle toujours instructif (lire quelques extraits du débat). Certains jugeront que c’est là l’essentiel, et que la manière importe peu. Chacun a son caractère, qu’il plaise ou non. « Mais il l’assume complètement », ajoute le jeune étudiant. La satire nécessite l’humour, et à fortiori d’accepter parfois le rôle d’arroseur arrosé. Quid de l’autodérision ? « Cela n’existe pas chez lui», réagit David.
L’attente est toujours grande lorsque l’on rencontre une personnalité marquante du journalisme, sans doute encore plus quand on est aux premières loges à mener l’interview. Peut être à tort.
Satire sous haute surveillance en Afrique janvier 4 2008
Publié par Nico in : général , ajouter 1 commentaireLa satire a besoin de liberté pour s’exprimer. Mais ce n’est pas du goût de tous les dirigeants politiques, souvent premiers visés par les productions sarcastiques. En Afrique, notamment, les restrictions et autres atteintes à la liberté d’expression sont monnaie courante pour faire taire ceux qui auraient un point de vue divergeant de la “vérité” officielle.
Dans les pays où la démocratie connaît quelques difficultés à se faire respecter, ou tout simplement à s’imposer, la satire appelle par définition la censure. C’est ce qu’explique Souleymane Bah dans sa thèse sur la satire en Afrique : “Les comportements des politiciens sont en décalage avec les idéaux qu’ils disent défendre. Ces conduites contraires à la norme constituent le facteur qui déclenche le discours caricatural”. Un discours discordant indigeste pour des dirigeants peu enclins à la remise en cause et au changement. Et qui de surcroît font de leur image le principal moyen de rester au pouvoir.
En Tunisie, le plus célèbre exemple est celui du cyberdissident Zouhair Yahyaoui. L’humour et la dérision utilisés sur son site d’informations (TUNeZINE) lancé en juillet 2001 “au royaume de la censure”, selon l’expression employée par Reporters Sans Frontières, étaient rapidement devenus gênant pour le président Ben Ali. Il avait notamment publié à ses débuts la lettre d’un juge dénonçant la mainmise des politiques sur le pouvoir judiciaire. Par la suite, la dénonciation de la censure et des atteintes aux droits de l’homme par le régime avait valu au jeune tunisien une reconnaissance bien au-delà des frontière de son pays. Arrêté le 4 juin 2002, il a été condamné à deux ans de prison.
La preuve d’une réelle influence
Il en va de même dans des pays comme le Gabon ou la Guinée. Dénoncer les abus du pouvoir en place dans l’antre d’Omar Bongo, président du Gabon depuis 1967, n’est pas une mince affaire. Michel Ongoundou, le directeur de publication de l’hebdomadaire satirique La Griffe, en sait quelque chose. Il lui a été interdit d’exercer le journalisme dans son pays, et son journal a été suspendu en février 2001. Exilé en France, il a crée avec d’autres journalistes se battant contre la censure Le Gri-Gri International, qui en est aujourd’hui à sa sixième année d’existence. En Guinée, Le Lynx, “hebdomadaire satirique indépendant”, est également très fréquemment victime de sanctions de la part de l’entourage du président Lansana Conté.
Ces quelques exemples ont au moins le mérite de révéler un aspect positif : pour Marie-Soleil Frère, une politologue belge spécialiste des médias africains, la presse satirique a acquis une réelle influence de l’autre côté de la Méditerranée. Le Cafard libéré au Sénégal ou encore Le Messager Popoli au Cameroun participent également à la désacralisation du pouvoir et à la réflexion sur la société. C’est pour cela que toutes ces publications sont surveillées, si ce n’est harcelées, par des dirigeants soucieux de garder le contrôle sur ce qui doit être dit ou pas publiquement. Il convient cependant de ne pas brocarder à la va-vite l’Afrique du haut de son piédestal européen. La censure existe partout. Ce n’est pas la Russie ni même l’Italie du temps de Sivio Berlusconi qui prouveront le contraire.
La presse satirique est peut être la plus regardée, voire surveillée, car elle dit tout haut ce que les autres ne peuvent ou ne veulent pas dévoiler. Et pour reprendre une formule de Issa Nyaphaga, ancien caricaturiste du Messager Popoli, “tous les dirigeants n’ont malheureusement pas le sens de l’humour”. Mais, malgré les difficultés, la presse sarcastique est florissante en Afrique. Nombre de pays plus riches ne peuvent pas en dire autant.

