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Satire sous haute surveillance en Afrique janvier 4 2008

Publié par Nico in : général , rétrolien

La satire a besoin de liberté pour s’exprimer. Mais ce n’est pas du goût de tous les dirigeants politiques, souvent premiers visés par les productions sarcastiques. En Afrique, notamment, les restrictions et autres atteintes à la liberté d’expression sont monnaie courante pour faire taire ceux qui auraient un point de vue divergeant de la “vérité” officielle.

Dans les pays où la démocratie connaît quelques difficultés à se faire respecter, ou tout simplement à s’imposer, la satire appelle par définition la censure. C’est ce qu’explique Souleymane Bah dans sa thèse sur la satire en Afrique : “Les comportements des politiciens sont en décalage avec les idéaux qu’ils disent défendre. Ces conduites contraires à la norme constituent le facteur qui déclenche le discours caricatural”. Un discours discordant indigeste pour des dirigeants peu enclins à la remise en cause et au changement. Et qui de surcroît font de leur image le principal moyen de rester au pouvoir.

En Tunisie, le plus célèbre exemple est celui du cyberdissident Zouhair Yahyaoui. L’humour et la dérision utilisés sur son site d’informations (TUNeZINE) lancé en juillet 2001 “au royaume de la censure”, selon l’expression employée par Reporters Sans Frontières, étaient rapidement devenus gênant pour le président Ben Ali. Il avait notamment publié à ses débuts la lettre d’un juge dénonçant la mainmise des politiques sur le pouvoir judiciaire. Par la suite, la dénonciation de la censure et des atteintes aux droits de l’homme par le régime avait valu au jeune tunisien une reconnaissance bien au-delà des frontière de son pays. Arrêté le 4 juin 2002, il a été condamné à deux ans de prison.

La preuve d’une réelle influence

Il en va de même dans des pays comme le Gabon ou la Guinée. Dénoncer les abus du pouvoir en place dans l’antre d’Omar Bongo, président du Gabon depuis 1967, n’est pas une mince affaire. Michel Ongoundou, le directeur de publication de l’hebdomadaire satirique La Griffe, en sait quelque chose. Il lui a été interdit d’exercer le journalisme dans son pays, et son journal a été suspendu en février 2001. Exilé en France, il a crée avec d’autres journalistes se battant contre la censure Le Gri-Gri International, qui en est aujourd’hui à sa sixième année d’existence. En Guinée, Le Lynx, “hebdomadaire satirique indépendant”, est également très fréquemment victime de sanctions de la part de l’entourage du président Lansana Conté.

Ces quelques exemples ont au moins le mérite de révéler un aspect positif : pour Marie-Soleil Frère, une politologue belge spécialiste des médias africains, la presse satirique a acquis une réelle influence de l’autre côté de la Méditerranée. Le Cafard libéré au Sénégal ou encore Le Messager Popoli au Cameroun participent également à la désacralisation du pouvoir et à la réflexion sur la société. C’est pour cela que toutes ces publications sont surveillées, si ce n’est harcelées, par des dirigeants soucieux de garder le contrôle sur ce qui doit être dit ou pas publiquement. Il convient cependant de ne pas brocarder à la va-vite l’Afrique du haut de son piédestal européen. La censure existe partout. Ce n’est pas la Russie ni même l’Italie du temps de Sivio Berlusconi qui prouveront le contraire.

La presse satirique est peut être la plus regardée, voire surveillée, car elle dit tout haut ce que les autres ne peuvent ou ne veulent pas dévoiler. Et pour reprendre une formule de Issa Nyaphaga, ancien caricaturiste du Messager Popoli, “tous les dirigeants n’ont malheureusement pas le sens de l’humour”. Mais, malgré les difficultés, la presse sarcastique est florissante en Afrique. Nombre de pays plus riches ne peuvent pas en dire autant.

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